Eglise de France



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La Conférence des évêques de France – ou Conférence épiscopale – est constituée de l’ensemble des cardinaux et évêques en activité exerçant leur charge pastorale en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer (D. O. M.), ainsi que des cardinaux français en retraite résidant en France.

Font également partie de la Conférence épiscopale les évêques placés à la tête des éparchies (diocèses) des Arméniens, des Ukrainiens et des Maronites en France, les vicaires apostoliques et préfets apostoliques des départements d’outre-mer (D. O. M.) et les administrateurs apostoliques et administrateurs diocésains (dans les diocèses momentanément dépourvus d’évêques) exerçant leur charge en France.

La Conférence des évêques de France compte environ 120 membres.

 Incendie de Notre-Dame de Paris
Messages du pape et de plusieurs évêques

 

Chacun ne peut l'ignorer, tant les médias à travers le monde entier l’ont relaté dans la soirée et la nuit du lundi 15 au mardi 16 avril 2019, un terrible incendie, avec un départ de feu localisé dans les combles a ravagé la toiture de Notre-Dame de Paris allant jusqu’à l’effondrement de la flèche, l’effondrement d’une partie de la voûte et l’on craint des vulnérabilités sur certaines structures.

Des images de l'intérieur de Notre-Dame après l'incendie :
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Des témoignages coup de cœur relatés par le le journal Le Monde
Clic ici pour les découvrir

Message de Mgr Michel Aupetit archevêque de Paris

L'archevêque de Paris a adressé un message après le terrible incendie qui a frappé la cathédrale Notre-Dame de Paris dans la nuit du lundi au mardi 16 avril. En cette Semaine sainte, il appelle les fidèles à vivre en frères et à s'unir dans la prière.

  « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » (Is 40,1). Ces paroles du prophète Isaïe raisonnent fortement en cette Semaine sainte où nous accompagnons la Passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ en préparant nos cœurs à la joie de sa Résurrection. Notre-Dame, notre chère cathédrale, témoin de tant d’événements majeurs de notre pays, a été détruite par un incendie effrayant après avoir résisté si longtemps aux péripéties de son histoire. La France pleure et avec elle tous ses amis du monde entier. Elle est touchée au cœur car ses pierres sont le témoignage d’une espérance invincible qui, par le talent, le courage, le génie et la foi des bâtisseurs, a élevé cette dentelle lumineuse de pierres, de bois et de verre. Cette foi demeure la nôtre. C’est elle qui déplace les montagnes et nous permettra de rebâtir ce chef-d’œuvre. Chers frères et sœurs, chers amis, merci de tous ces nombreux signes d’amitié, d’encouragement qui me proviennent de partout.

                                                Mgr Michel AUPETIT, archevêque de Paris


Lettre du pape François à Mgr Michel Aupetit

Le 16 avril 2019, le pape François a faire parvenir un message à Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, appelant « la bénédiction de Dieu sur les habitants de Paris et sur tous les Français ».

« S.E. Mgr Michel Aupetit, Archevêque de Paris

Suite à l’incendie qui a ravagé une grande partie de la cathédrale Notre Dame, je m’associe à votre tristesse, ainsi qu’à celle des fidèles de votre diocèse, des habitants de Paris et de tous les Français. En ces Jours Saints où nous faisons mémoire de la passion de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, je vous assure de ma proximité spirituelle et de ma prière.

Cette catastrophe a gravement endommagé un édifice historique. Mais j’ai conscience qu’elle a aussi affecté un symbole national cher au cœur des Parisiens et des Français dans la diversité de leurs convictions. Car Notre Dame est le joyau architectural d’une mémoire collective, le lieu de rassemblement pour nombre de grands évènements, le témoin de la foi et de la prière des catholiques au sein de la cité.

En saluant le courage et le travail des pompiers qui sont intervenus pour circonscrire l’incendie, je forme le vœu que la cathédrale Notre Dame puisse redevenir, grâce aux travaux de reconstruction et de mobilisation de tous, ce bel écrin au cœur de la cité, signe de la foi de ceux qui l’ont édifié, église-mère de votre diocèse, patrimoine architecturale et spirituel de Paris, de la France et de l’humanité.

Avec cette espérance, je vous accorde de grand cœur la bénédiction apostolique, ainsi qu’aux Evêques de France et aux fidèles de votre diocèse, et j’appelle la bénédiction de Dieu sur les habitants de Paris et sur tous les Français.

 

Paroles du pape François lors de l’audience
du mercredi saint le 17 Avril Place Saint Pierre

Le pape François a rendu  hommage à « tous ceux qui se sont dépensés au péril de leur vie » Des paroles de solidarité qui ont été saluées par les applaudissements de la foule.

 « Chers frères et sœurs, j’ai été très attristé et je me sens très proche de vous tous », a assuré le pape François aux Français. Il a rendu hommage à tous ceux qui ont risqué leur vie pour sauver l’édifice.

 « Je saisis cette occasion, a déclaré le pape en saluant les francophones présents place Saint-Pierre, pour exprimer à la communauté diocésaine de Paris, à tous les parisiens, à tout le peuple français, ma grande affection et ma proximité, suite à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame. » Ces paroles de solidarité qui ont été saluées par les applaudissements de la foule.

 « La gratitude de toute l’Eglise, a-t-il ajouté, va à tous ceux qui se sont dépensés au péril de leur vie pour sauver (la cathédrale). Que la Vierge Marie les bénisse et soutienne le travail de reconstruction. » Et le pape de souhaiter : « Puisse-t-il être une œuvre collective à la louange et à la gloire de Dieu. Que Dieu vous bénisse. »

 Il faut aussi citer son twitt  : « Nous sommes unis aujourd’hui au peuple français, et attendons que la douleur liée au grave incendie se transforme en espérance pour la reconstruction. Sainte Marie, Notre Dame, priez pour nous ».

 

Communiqué des évêques de France :

« Alors que l’incendie dramatique a ravagé la cathédrale Notre-Dame, les évêques de France expriment leur immense tristesse et assure Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris de leur proximité et de leurs prières pour son diocèse.
Ils sont bien conscients que le rayonnement de Notre-Dame de Paris dépasse le cadre de la capitale et qu’elle restera un symbole majeur de la foi catholique et un lieu où tous, croyants et incroyants, peuvent se retrouver aux moments importants de l’histoire de notre pays.
En ce début de semaine sainte, ils invitent les catholiques à être toujours davantage les pierres vivantes de l’Eglise en vivant du mystère de la mort et de la résurrection du Christ, source de notre espérance. »

 

Message de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, président de la Conférence des évêques de France

« C’est une part de notre chair qui est abîmée »
 « Notre-Dame est dans notre paysage intérieur. C’est une part de notre chair qui est abîmée. La France entière est concernée car Notre-Dame de Paris est un lieu de rassemblement pour de nombreux grands événements. Il y a quelque chose de terrible de voir l’œuvre des siècles détruite, surtout cette cathédrale qui fait l’objet de tant de soins attentifs de la part de l’État. Toutefois, rien sur cette terre n’est fait pour durer éternellement. Toutes les cathédrales portent les cicatrices de l’Histoire et ont été incendiées. Celle de Reims avait été bien plus qu’incendiée pendant la Première Guerre, mais l’édifice lui-même avait tenu, ce qui montre la solidité de la construction gothique. Tout avait pu être reconstruit grâce à la générosité des Américains. Je pense beaucoup au diocèse de Paris : la messe chrismale ne pourra pas être célébrée dans la cathédrale cette année, mais je suis sûr que cette catastrophe va créer un élan nouveau. »

 

Message de Mgr Denis Moutel à Mgr Michel Aupetit

Dans une correspondance personnelle à Mgr Michel Aupetit, Mgr Denis Moutel a donc souhaité lui transmettre « la prière fervente des catholiques du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, au moment où le diocèse de Paris est touché en son cœur, avec l’incendie violent de la cathédrale de Paris. Je reçois des messages qui disent l’émotion des costarmoricains bien au-delà des catholiques. Ce qui nous unit est plus grand qu’on ne l’imagine. Notre Dame tire chacun vers le haut, vers le beau, vers le Christ. La cathédrale Notre-Dame sera reconstruite ; que le Seigneur fasse de nous ses fidèles serviteurs pour réparer aussi l’espérance ».

 En cette Semaine sainte, tous les offices qui se dérouleront dans le diocèse de Saint-Brieuc, tout comme la Messe chrismale célébrée mardi 16 avril en la cathédrale de Tréguier, sera l’occasion de porter les prières des catholiques costarmoricains mais aussi de tous ceux qui ont été bouleversés par l’incendie qui a touché Notre-Dame de Paris cette nuit.

A la messe chrismale,
« le réveil » des chrétiens pour « rebâtir l’Église »

Venus en nombre, mercredi 17 avril, participer à la messe chrismale, délocalisée à Saint-Sulpice à la suite de l’incendie de Notre-Dame, les catholiques parisiens veulent saisir « l’élan » donné par cet événement pour « reconstruire » l’Église, comme cela sera nécessaire pour la cathédrale ravagée par les flammes.

Mgr Aupetit, lors de la messe chrismale église St-Sulpice, le 17/04/2019. Corinne SIMON/CIRIC

« Notre chère cathédrale est à genoux. » C’est par ces mots que Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, a commencé son homélie au cours de la messe chrismale qu’il présidait mercredi 17 avril à Saint-Sulpice, l’église du quartier de l’Odéon qui accueillera la plupart des liturgies de la Semaine sainte célébrées d’ordinaire à Notre Dame.

Cette célébration, la première publique de l’archevêque après les événements du lundi 15 avril dans la soirée, était très attendue : par les quelque 500 prêtres du diocèse de Paris, tout d’abord, qui chaque année se réunissent à cette occasion, mais aussi par les fidèles, venus particulièrement nombreux. Brigitte Macron, l’épouse du président de la République, Anne Hidalgo, maire de Paris, ou encore Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, étaient également présents, parmi d’autres représentants des autorités civiles.

« Rebâtir la cathédrale » et « relever l’Église »

Pour faire face à l’affluence que l’on prédisait massive, un écran géant avait été installé sur le parvis de Saint-Sulpice. En plus de 2000 personnes installées à l’intérieur de l’église, plusieurs centaines de fidèles étaient aussi présents au pied des marches de l’édifice pour suivre la célébration.

Notre-Dame, a assuré Mgr Aupetit dans son homélie, écoutée dans un silence recueilli, est « bien plus qu’un tas de pierres ». Elle manifeste « une transcendance, une présence divine qui leur confère un caractère sacré ». « Nous allons rebâtir la cathédrale, a soutenu l’archevêque. L’émotion mondiale, l’extraordinaire élan de générosité qu’a suscité l’incendie qui l’a en partie détruite, va nous permettre d’envisager son relèvement, nous pourrions parler en ces temps de Pâques de résurrection certaine. »

Pourtant, au-delà de ce défi, « il nous faut aussi relever l’Église », a souligné l’archevêque, alors que celle-ci traverse depuis plusieurs mois une très grave crise, en raison de révélations en cascade de scandales concernant les abus. « Nous rebâtirons notre Église, nous la refonderons en revenant aux valeurs évangéliques. »

De l’avis des fidèles et des prêtres présents, l’incendie semble en effet avoir ravivé un « réveil spirituel » dans une période « troublée », aussi bien au niveau social que religieux. C’est ce qu’observe Monique, retraitée et paroissienne de Notre-Dame du Rosaire (14e), pour qui cette « tragédie » est une « occasion de se rapprocher de Dieu ». « Vous êtes nombreux à me le dire, beaucoup, au cours des deux derniers jours, sont revenus dans une église, pour prier, se confesser, dont certains après une longue période sans l’avoir fait », a d’ailleurs relevé Mgr Aupetit à l’intention des prêtres.

« L’incendie a concrétisé la crise que nous vivons »

« Dans le contexte actuel, on a tous besoin de se rassembler, de montrer que même si en apparence l’Église va mal, il y a un élan du cœur », confirme Hermine, 21 ans, arrivée récemment à Paris pour un stage. « Cet incendie, je l’ai vécu comme s’il avait concrétisé la crise que nous vivons. Cette messe chrismale montre que l’on peut encore se mobiliser. L’église est pleine, elle déborde : c’est réconfortant, c’est une grande espérance. Mais après l’émotion viendra l’action. »

 « Prêtres et laïcs ressentent la même peine, d’où une très forte unité, avance pour sa part le père Jacques Gagey, aumônier de la Conférence internationale catholique du scoutisme. Cette année, la messe chrismale était moins cléricale, les prêtres se regardent de façon plus douce, plus amicale : personne n’a envie de faire le malin. » « J’ai ressenti quelque chose de chaleureux et de déterminé, abonde Edouard Ducamps, prêtre parisien actuellement en service à Château-Thierry (Aisne). Les événements des derniers mois nous ont bousculés. Après ces tourments, cet incendie est comme un signe qui, au fond, nous libère et nous pousse à reconstruire. L’Église est toujours là, mais on attend d’elle qu’elle soit plus lumineuse. »

           Pour LA CROIX  : Marie Malzac, Claire Lesegretain et Constance Vilanova

Incendie à Notre-Dame de Paris :
 « Ce drame fait appel à notre âme de bâtisseurs »

Entretien avec le curé de la cathédrale d’Auxerre, le père Arnaud Montoux qui a assisté au « malheureux spectacle » de l’incendie de Notre-Dame depuis le cinquième étage de l’Institut catholique de Paris où il est enseignant-chercheur. Cet historien de l’art revient sur le symbole que représente ce « cœur battant de la France ».

La Croix : Que représente Notre-Dame pour l’historien et le prêtre que vous êtes ?

Père Arnaud Montoux : Notre-Dame est bien sûr le cœur de Paris, mais elle n’appartient pas qu’aux Parisiens, c’est aussi le cœur de la France, un édifice historique qui l’a toujours été et le reste.

C’est une des premières grandes cathédrales gothiques du XIIe siècle. Sa construction a débuté en 1163, un chantier lancé par Mgr Maurice de Sully, l’évêque de Paris de l’époque. C’est un édifice qui s’est construit au moment où le pouvoir royal s’affermissait.

Nous avons vu s’écrouler sous nos yeux hélas sa célèbre flèche, qui est en grande partie l’œuvre de l’architecte Viollet-le-Duc (1814-1879). Notre-Dame n’est pas seulement un symbole du XIIe siècle, mais de ce renouveau du XIXe siècle : la redécouverte de l’art gothique, un mouvement qui est parti de Notre-Dame.

Quels sont les grands moments forts attachés à cette histoire ?

A. M.  : Je retiens les grandes célébrations tout au long de l’Ancien régime évidemment, mais également le sacre de Napoléon. En voulant être sacré à Notre-Dame, il n’a pas fait un trait sur la Révolution, mais il a voulu renouer avec ce qui était un peu l’âme de la France. Après la Révolution, Notre-Dame aurait pu être oubliée, comme un monument du passé, mais elle a toujours revécu, symbole de ces liens très forts qui existent entre la foi chrétienne et ce pays, quelles que soient les opinions qu’on peut avoir.

VIDEO - À Notre-Dame, dans le corps de l’orgue

VIDEO - L'inteview de Mgr Michel Aupetit

Je retiens aussi le Te Deum de la Libération, après cette terrible Seconde guerre mondiale. Après l’écrasement de la France, tout le monde a eu le réflexe de se rassembler vers ce monument. Ce n’était pas seulement la volonté du général de Gaulle, c’était un réflexe quasiment national, et l’on voit bien en cet instant que l’émotion est nationale aussi.

Notre-Dame parle aussi, de manière plus intime, au cœur des croyants avec la conversion de Claudel…

A. M.  : Oui, bien sûr, cette conversion est peut-être le symbole de toutes les conversions qui ont pu avoir lieu dans cette église et dans d’autres. Il y a une sorte de concentration spirituelle à Notre-Dame.

Que dire de cet incendie qui survient au début de la Semaine sainte, alors que l’Église traverse une grave crise ?

A. M.  : Oui, comme catholique, avec toute la douleur de ce que nous vivons en ce moment, je ne peux m’empêcher d’être troublé. Je ne sais quelles sont les forces du mal qui s’acharnent… Dans ce moment de bouleversement que nous traversons, l’incendie de Notre-Dame est terrible. Et en même temps, c’est un appel à l’espérance.

Tout le monde va être obligé de se relever les manches et se rendre compte que cet édifice symbolise peut-être autre chose : pas seulement une gloire ancienne qui part en fumée, mais un appel pour nous tous à reprendre conscience de l’importance que peut avoir aussi notre foi chrétienne dans l’histoire de notre pays. Ce n’est pas le Palais de justice qui brûle, c’est l’église et tout le monde est touché aussi pour cela, tout le monde le ressent. Mais pour moi, ce n’est pas la fin, loin de là. Notre-Dame sera peut-être un phœnix, le symbole d’une renaissance espérée.

Je pense que le pays entier, et bien au-delà, va se mobiliser. C’est à la fois un drame et un appel à se remettre véritablement en chantier. Nous ne sommes pas des gardiens de musée, nous devons être des bâtisseurs : c’est peut-être à notre âme de bâtisseurs que ce drame fait appel maintenant. 

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Les grandes dates de Notre-Dame de Paris

Une première basilique, dédiée à saint Étienne, aurait été édifiée au IVe ou au VIIe siècle à l’emplacement actuel de Notre-Dame.

L’année 1163 est la date traditionnellement retenue pour la pose de la première pierre. La construction sera achevée en 1272.

C’est ici que le roi Philippe Le Bel ouvre les premiers États généraux du royaume de France en 1302.

Durant la période révolutionnaire, la flèche est démontée et de nombreuses statues détruites.

Un nouveau concordat est signé en juillet 1801 et Notre-Dame est rendue au culte catholique romain. Le sacre de Napoléon en présence du pape Pie VII s’y déroule en décembre1804.

En 1831, Victor Hugo publie son roman Notre-Dame de Paris.

En 1844, le gouvernement du roi Louis-Philippe 1er décrète la restauration de la cathédrale et la construction d’une sacristie. Le chantier est confié à deux architectes : Eugène Viollet-le-Duc et Jean-Baptiste Lassus.

Le 26 août 1944, Te Deum pour la libération de Paris et de la France en présence du général de Gaulle

                                                  Recueilli par Céline Hoyeau pour La Croix

Mgr Éric de Moulins-Beaufort,
vent de jeunesse à la tête des évêques de France


Mgr Eric Moulins-Beaufort entouré de Mgr Olivier Leborgne & Mgr Dominique Blanchet

Analyse publiée dans « La Croix » le 4 mai 2019

À 57 ans, le nouvel archevêque de Reims, élu par ses pairs mercredi 3 avril au premier jour du scrutin, accède à la présidence de la Conférence des évêques de France dans une période de crise. Intellectuel reconnu pour sa capacité d’analyse, ce proche du cardinal André Vingt-Trois est aussi un pragmatique qui entend aborder sans faux-semblants les défis que doit relever l’Église de France.

Pour ses premiers mots devant la presse en tant que président de la Conférence des évêques de France, au matin du jeudi 4 avril, Mgr Éric de Moulins de Beaufort a exprimé la volonté qu’on lui connaît d’aborder les questions avec pragmatisme et sans se réfugier derrière un excès de langage ecclésial. « Nous ne reviendrons jamais à la société villageoise d’avant 1965 dans laquelle les gens allaient à la messe par devoir. Aujourd’hui, c’est la recherche du plaisir qui gouverne l’ensemble des relations dans la société. C’est ce monde-là que nous devons évangéliser », a-t-il par exemple affirmé, alors qu’il était interrogé sur les chantiers à venir de l’Église de France.

« Pas question de se dérober »

Présenté depuis plusieurs semaines comme l’un des principaux favoris à la succession de Mgr Georges Pontier, dont le double mandat arrive à échéance le 1er juillet, l’archevêque de Reims s’est pourtant dit surpris d’une « élection ni désirée ni attendue ». Avant de préciser aussitôt qu’il n’était pas question de « se dérober en ces temps délicat de la vie de l’Église ». Seul regret : « ne pas pouvoir me consacrer à temps plein durant quelques années au diocèse de Reims, où je ne suis arrivé qu’il y a cinq mois et où un certain nombre de transformations sont à opérer ».

Sur la question des abus sexuels qui minent la vie de l’Église, le futur président de la Conférence des évêques de France n’a pas l’air de vouloir davantage se « dérober ». « Nous devons regarder en face que trop de prêtres se sont mal comportés à l’égard de jeunes sans que personne ne les voie ou qu’ils n’ont pas été rendus inoffensifs quand leurs méfaits étaient connus. Sur ce point, les évêques sont désormais unanimes et nous pouvons avancer ».

C’est donc pour « avancer » dans ce contexte ce contexte difficile de révélations en série d’agressions sexuelles commises par des prêtres que les évêques ont élu, dès le premier jour du scrutin, cet intellectuel confirmé, considéré comme une valeur sûre de l’épiscopat hexagonal.

Un souffle nouveau dans la machine épiscopale

Digne héritier du cardinal André Vingt-Trois, auprès duquel il a acquis une solide expérience de management et dont il partage la vivacité d’esprit, il est aussi confronté, depuis son arrivée dans le diocèse de Reims en octobre dernier (qui comprend une partie de la Marne et les Ardennes), aux problèmes que connaissent bien ses confrères dans les zones moins peuplées du pays, en particulier la raréfaction des prêtres et la fin du « maillage paroissial ».

Son aisance intellectuelle et sa manière d’aborder les problèmes, avec réalisme et sans nostalgie excessive du passé, auront assurément joué dans l’élection. Sans compter qu’il incarne une nouvelle génération, dont ses pairs attendent qu’elle les pousse à impulser un souffle nouveau dans la machine épiscopale (voir plus les repères plus bas).

Enseignant apprécié

Ce Parisien, ordonné en 1991, a été très vite repéré : par ses enseignants au séminaire qui avaient déjà décelé son « potentiel », puis par le cardinal André Vingt-Trois dont il a été le secrétaire particulier pendant trois ans, puis l’évêque auxiliaire et le vicaire général.

Fils d’officier passé par Sciences-Po Paris, membre d’une fratrie de sept enfants, Mgr Éric de Moulins-Beaufort est également un enseignant apprécié, qui a exercé à la Faculté Notre-Dame et au Studium du Séminaire de Paris, et un théologien, que ses confrères avaient d’ailleurs déjà récemment placé à la tête de leur commission doctrinale.

Membre du conseil de direction de l’Association internationale Cardinal Henri de Lubac, il siège également au conseil de rédaction de deux importantes revues, Communio, et la Nouvelle revue théologique (NRT). C’est dans cette dernière qu’il a publiée l’an dernier un article remarqué : « Que nous est-il arrivé ? De la sidérationà l'action devant les abus sexuels dans l'Église » dans lequel il propose des explications à ces crimes et suggère également des pistes juridiques comme pastorales. (*)

L’affaire Anatrella, un tournant

La « commission d’audition » que lui a confiée en 2016 le cardinal Vingt-Trois à propos de l’affaire Tony Anatrella a manifestement constitué un tournant dans sa réflexion. « Les responsables de toutes les institutions doivent désormais parler et agir afin que les générations à venir puissent connaître des relations ajustées dans la vérité », écrivait-il en introduction de son article pour la NRT. « En écrivant cela, nous portons en mémoire nos rencontres ou échanges avec des personnes qui ont été abusées par des prêtres, ou avec leurs familles. Ce que ces personnes ont dû mobiliser en elles-mêmes pour vivre malgré tout monte vers Dieu comme un cri à l’égard de ceux qui n’ont rien su ou rien voulu voir. »

Apprécié des laïcs avec lesquels il a travaillé au sein du diocèse de Paris, il est connu pour son humeur égale et son abord facile, qu’il accompagne volontiers d’humour. Des qualités qui devraient lui être fort utiles dans la tempête qu’affronte actuellement l’Église de France. « Je ne l’ai jamais vu s’énerver, ou alors il fallait qu’on l’y ait poussé ! », s’enthousiasme Karine Dalle, déléguée à l’information du diocèse de Paris et ancienne collaboratrice, qui n’a pas assez de mots pour saluer « une grande nouvelle pour l’Église de France ». Elle met en valeur les « capacités intellectuelles, spirituelles et physiques » de celui qu’elle considère comme « un homme d’équilibre », même si, ajoute-t-elle, « certains le trouvent un peu raide ».

Manifestement conscient de la profondeur de la crise que traverse l’institution, ici comme partout dans le monde, il ne semble pas pour autant homme à céder à l’accablement et affiche sa confiance : ces vives turbulences sont nécessaires à un travail de reconstruction.

Liberté d’esprit

Interrogé par La Croix l’an dernier sur la difficulté à organiser le débat dans l’Église après une prise de position contestée du MRJC sur l’avortement, il se montrait rassurant, affirmant avoir lui-même « toujours pu dire ce qu’il avait eu envie de dire ».

Fin février, après une série de révélations particulièrement éprouvantes, il a pris la plume pour écrire aux catholiques de son diocèse. Dans ce texte, dont la franchise a « agréablement surpris » un théologien parisien, il reconnaît « le dégoût et le découragement » que peut susciter la révélation du mal « commis et caché ». Il fait ensuite une lecture essentiellement spirituelle de la crise, y voyant la preuve que « Dieu n’abandonne pas son Église, au contraire, il travaille à la purifier, y compris du mal qui était en elle et qu’elle s’obstinait à ne pas voir ».

Sur le plan de la lutte contre le cléricalisme à laquelle appelle le pape François, il reconnaît toutefois sa « naïveté » lorsqu’il estimait « qu’avec Vatican II les relations entre prêtres et fidèles laïcs s’étaient profondément renouvelées, qu’elles s’étaient simplifiées, qu’elles étaient de service commun dans la mission donnée par le Christ et non plus de contrôle social et d’encadrement ». Cette liberté d’esprit lui sera, sans aucun doute, d’un grand secours pour conduire ses pairs à affronter lucidement les difficultés qui se présentent ainsi qu’à envisager les réformes de structure de la Conférence des évêques de France, jusque-là repoussées.

Deux vice-présidents

• Mgr Dominique Blanchet, 53 ans, est évêque de Belfort-Montbéliard depuis 2015. Au sein de la CEF, Mgr Blanchet était jusqu’à présent président du Conseil pour les associations et mouvements de fidèles. Ordonné prêtre en 1999 pour le diocèse d’Angers, Mgr Blanchet devint administrateur diocésain en 2008 puis conserva ses fonctions de vicaire général et délégué épiscopal au service des jeunes à la nomination de Mgr Delmas.

Mgr Olivier Leborgne, 55 ans, est évêque d’Amiens depuis 2014. Au sein de la CEF, Mgr Olivier Leborgne était jusqu’à présent président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat. Ordonné prêtre en 1991 pour le diocèse de Versailles, Mgr Leborgne fut nommé vicaire général en 2004 et secrétaire général du synode diocésain entre 2010 et 2012.

Article de Bruno Bouvet et Anne-Bénédicte Hoffner pour La Croix  le 04 avril 2019

(*) Nouvelle revue théologique L'article (PDF) peut être adressé par mail aux personnes intéressées qui en feront la demande.

Conférence des évêques à Lourdes,
ce qu’il faut retenir du discours de Mgr Pontier

Pour son dernier discours en tant que président de la Conférence des évêques de France, l’archevêque de Marseille a ouvert, mardi 2 avril au matin, l’Assemblée plénière de printemps des évêques de Lourdes.

Crise des abus sexuels, mouvement des « Gilets jaunes », lois de bioéthique, avenir de l’Europe : sur un ton grave, ne masquant aucune des difficultés qui se présentent à l’Église comme à la société, il a toutefois invité à l’espérance, « plus forte que tout ».

Voici les principaux extraits du discours.

La crise de l’Église

(…) « Dans notre pays, le classement sans suite prononcé d’abord par le procureur de la République de Lyon au sujet du cardinal Barbarin, puis la condamnation de celui-ci, suivie de l’appel engagé par ses avocats, l’attente de la fin du processus judiciaire de la part du Pape pour examiner la remise de sa démission par la cardinal Barbarin, le manque de clarté de la nouvelle gouvernance du diocèse de Lyon, les réactions vives de certaines victimes d’abus, tout cela marque nos Églises diocésaines.

Et je ne parle pas des reportages ou des publications. La mise au grand jour de l’horreur vécue par des religieuses agressées par des prêtres diocésains ou religieux, ou parfois même par leurs propres supérieures, exige que nous unissions nos efforts avec la Corref pour permettre aux victimes d’être entendues et accompagnées, pour dénoncer avec force ces actes abjects.

Chacun commente les événements et prend position. Ce phénomène est amplifié par le caractère universel de notre Église : tout ce qui touche un pays a un retentissement dans tous les autres. Il n’est pas étonnant qu’un trouble profond se soit emparé de beaucoup : évêques, prêtres, personnes victimes, religieux, fidèles laïcs, observateurs de la vie en société.
Nous-mêmes, évêques, nous nous efforçons d’exercer notre exigeante mission.

Nous avons rappelé l’appel à la conversion qui résonne dans l’Évangile en ce temps de Carême. Le mensonge profond qui peut marquer des vies, même celles de prêtres ou consacrés, est à l’origine des fautes, des péchés, de bien des souffrances dans notre Église comme dans la société. Nous nous laissons nous-mêmes interpeller dans la manière d’exercer notre ministère d’autorité dans nos diocèses et nous invitons aussi les prêtres à en faire autant.

Le pape François nous rappelait, dans sa lettre du mois d’août, que les abus sexuels sur mineurs étaient aussi des abus de pouvoir et des abus de conscience sur les victimes. Ce point de vigilance devient un appel à la conversion personnelle et à la conversion de notre Église sur sa manière de présenter la place des ministres ordonnés et celle de l’exercice de ce ministère indispensable de gouvernement des communautés qui nous sont confiées. Ces points se révèlent de plus en plus comme des points d’attention nécessaires pour que la juste place de chacun, prêtres ou laïcs, hommes ou femmes, soit vécue dans la vie de nos communautés chrétiennes. Le pape François a désigné le cléricalisme sous toutes ses formes comme une expression et une cause majeure de ces dysfonctionnements dans la vie des communautés chrétiennes.

Tout cela suscite les interrogations que peuvent se poser les prêtres ou les personnes victimes. (…) Nous leur disons qu’un pas a été franchi. Nous avons pleine conscience de notre responsabilité par rapport aux enfants et aux jeunes que l’Église accueille, ainsi qu’à l’égard des personnes déjà victimes. Nous ne reviendrons pas en arrière. Le Seigneur nous le demande comme un devoir de justice, une œuvre de conversion, une nécessité missionnaire. Leur souffrance devient celle de toute l’Église. Leur détermination est devenue la nôtre, l’écoute de leur témoignage, une interpellation et une communion. Nous reconnaissons l’œuvre de l’Esprit Saint qui purifie l’Église, et en elle, ceux qui sont chargés de la conduire dans la suite du Christ. (…)

Le mouvement des « gilets jaunes »

Le climat social et politique ajoute à l’incertitude, à l’inquiétude. L’expression portée par ceux que l’on appelle « les gilets jaunes » a rejoint les préoccupations de beaucoup de nos concitoyens : inégalités croissantes, sentiment d’abandon dans certains territoires urbains ou ruraux, revenus en baisse, chômage toujours élevé, impression de ne pas être pris en considération. Le fait d’avoir un travail salarié ne garantit plus la possibilité de faire vivre sa famille.

Malheureusement la violence, parfois extrême, a entaché ce mouvement et donné une mauvaise image de notre pays. On a entendu des propos scandaleux et vu des gestes intolérables à l’encontre des forces de l’ordre et des médias. Ces dernières semaines, des débats se sont déroulés après l’appel lancé en décembre par le Conseil permanent et par le gouvernement dans le cadre du grand débat national. De multiples propositions ont été émises. Aucune décision ne pourra apaiser le climat si on ne sent pas qu’elle est prise au nom de la recherche du bien commun, avec une attention particulière pour ceux qui sont les plus en difficulté. Ceux qui exercent la responsabilité du pouvoir et ceux qui sont engagés en politique ont une grave responsabilité : celle de redonner confiance au politique. Ce mouvement national est parti de la base. Aucune organisation existante ne l’a suscité et aucune structure lisible ne le représente encore. (…)

Les lois de bioéthique

(…) La bioéthique ajouterait-elle à ces remous de fond ? Très vraisemblablement, si elle se contentait de chercher les solutions juridiques pour répondre positivement à toutes les nouvelles demandes. On pratiquerait alors une sorte d’éthique du curseur. Et si ce curseur était gouverné par le seul principe de non-discrimination, l’usage des techniques ne connaîtrait pas de limite.

Pour traverser nos remous sociétaux, la bioéthique, pour sa part, exige un regard plus profond. Elle se fonde sur une ample et solide conception de l’être humain, notamment sur la personne indissociable de son corps. Elle reconnaît et protège l’humanité présente en tout être humain. Elle institue des liens entre des personnes. Elle engage des corps sociaux, comme le corps médical. Elle contribue au bonheur durable et responsable grâce à la considération vigilante de la famille, cellule vitale de la société, et grâce au respect de l’humanité partagée chez tous, ce qui oblige à la fraternité. Elle postule donc que nous assumions collectivement et positivement des renoncements : ils seront le signe de la priorité que nous donnons à une vision commune de la grandeur de l’être humain et de sa vocation sociale.

Où notre fraternité trouvera-t-elle sa garantie ? Dans notre capacité à prendre soin du plus fragile. (…)

Penser la bioéthique, c’est refuser que l’eugénisme libéral imprègne insidieusement nos mentalités. Les progrès de la génétique rendent tellement facile la mise à exécution, de façon légale, du désir de l’être humain le plus performant et du refus de celui qui serait jugé inconvenant ou inapte ! Au contraire, la récente Journée européenne de la trisomie 21 a apporté un précieux encouragement pour un projet de société irriguée par la solidarité, l’hospitalité et la bienveillance. (…)

L’avenir de l’Europe

Dans deux mois auront lieu les élections européennes. Ici encore le climat ambiant s’est obscurci. La sortie des Britanniques de l’Union européenne, la montée des populismes très critiques envers Bruxelles, la question des migrants dans plusieurs pays, le débat sur les compétences confiées au Parlement et à la Commission européenne et sur celles que doivent conserver les États membres seront bien sûr décisifs. Les difficultés qu’éprouvent le gouvernement et les parlementaires du Royaume-Uni à se mettre d’accord sur les conditions du Brexit, le fait même que trois ans après le référendum, le Brexit soit décalé, l’incertitude où nous sommes encore de savoir s’il aura lieu, le risque d’un Brexit sans accord, tout ceci indique à tous les Européens continentaux que quitter l’Union est un saut dans l’inconnu et qu’il y a énormément à perdre à se séparer des autres.

Après des décennies d’avancées et de confiance en l’Europe, voici que nous sommes entrés dans une période de turbulences, voire de repli sur soi et de peurs diverses. Les tendances nationalistes progressent et la notion de Bien commun européen n’est plus évidente. Beaucoup d’ignorances au sujet de l’Europe et tout autant de faussetés affirmées parfois même par des responsables politiques font peser un doute sur le bien-fondé du projet européen. Il n’est pas rare que l’on pense à l’Europe en voyant d’abord les intérêts nationaux, sans prendre en compte la perspective du moyen ou du long terme et du Bien commun européen. L’Europe a besoin de retrouver un élan nouveau. Une réflexion sur le Bien commun européen peut être une utile contribution au débat actuel. (…)

Une des racines du bien commun européen fut la recherche de la paix. Même si la paix s’est instaurée entre les grandes puissances européennes, on peut s’interroger sur la solidité de cet objectif. (…) Ne pensons pas trop vite que la paix est assurée, surtout si les replis nationalistes s’amplifient. »
                                                        Source La CROIX le 3 avril 2019

 

Élections européennes :
quelle Europe voulons-nous ?

Et pourtant, il nous semble important d’inviter les catholiques, et au-delà l’ensemble des citoyens, à participer aux élections des députés au parlement européen et à s’exprimer, non d’abord sur des enjeux nationaux, mais en fonction des projets portés par les différentes listes qui se présenteront au suffrage des électeurs. Il ne s’agit pas de s’enfermer dans un schéma manichéen (pour ou contre l’Europe) mais de dire quelle Europe nous voulons, le modèle économique, social, culturel et spirituel qui nous semble le plus adapté pour notre continent aujourd’hui.

Les pouvoirs du Parlement européen ont été accrus au fil des ans et il est bon de nous rappeler que beaucoup de décisions européennes influent sur notre vie quotidienne, par les politiques communes (agricole par exemple), l’échange des biens et services, la circulation des personnes, la mise en place depuis vingt ans d’une monnaie commune, l’harmonisation des réglementations, la politique commerciale internationale.

L’Europe est un continent marqué par son histoire, douloureuse et conflictuelle. Pas moins de trois guerres franco-allemandes en moins d’un siècle, deux guerres mondiales y ont été déclenchées, les totalitarismes du XXème siècle y sont nés. L’Église catholique a toujours été attentive à cette consolidation de la paix dans la construction européenne. Nous en voyons encore la fragilité, particulièrement après avoir commémoré le centenaire de la fin de la première guerre mondiale, en nous souvenant des millions de morts qu’elle a entraînés. Si la paix en Europe semble aujourd’hui acquise pour les jeunes générations, rappelons-nous que la guerre est aussi à notre porte, hier dans les Balkans, aujourd’hui en Ukraine.

Cette histoire difficile et complexe a aussi permis de progresser en Europe vers une vision de l’homme et de la société qui comporte un grand nombre de valeurs et de principes communs entre nos pays (droits humains, respect de la personne, solidarité et recherche d’un bien commun), dont beaucoup sont issus du christianisme. « Personne et communauté, comme le disait le pape François, sont donc les fondements de l’Europe que, en tant que chrétiens nous voulons et pouvons contribuer à construire. Les pierres de cet édifice s’appellent : dialogue, inclusion, solidarité, développement et paix. » (1)

Chacun voit bien que certaines solutions ne peuvent être trouvées sur une seule base nationale. Ainsi en est-il de la question des migrants. Le pape François l’a rappelé aux responsables européens : « On ne peut pas penser que le processus migratoire soit un processus sans discernement et sans règles, mais on ne peut pas non plus ériger des murs d’indifférence ou de peur ». (2)

Un autre aspect qu’il nous faut souligner dans les enjeux actuels du débat européen est la question de la place de l’Europe dans le monde et dans le fonctionnement d’une économie mondialisée. Plus que nous ne le pensons et l’imaginons, l’Europe est attendue et regardée par d’autres pays et d’autres ensembles en construction (Amérique du Sud, Asie…). « En vingt ans le monde a profondément changé et il est clair qu’il n’est plus centré sur l’Europe. La question est bien de voir si ce que l’Europe a pu apporter au monde dans sa compréhension de l’homme, de sa dignité inaliénable, de ses droits fondamentaux, de sa capacité relationnelle et solidaire, pourra encore être affirmé demain et proposé comme un idéal sur d’autres continents. » (3) . Devant les mutations très rapides des équilibres géopolitiques entre les grandes puissances, si nous plaidons pour des relations internationales mieux organisées et davantage régulées, tant au point de vue politique qu’économique et commercial, c’est bien l’Europe, et sans doute elle seule aujourd’hui, qui peut en être la cheville ouvrière et le fer de lance.

Nous avons à aider les citoyens européens à discerner la nature des choix à effectuer pour que l’Europe réponde davantage à leurs attentes mais aussi à sa mission propre dans l’évolution du monde. Catholiques de France et d’Europe, prions les saints patrons de notre continent pour ses habitants et ses élus (4).


Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France
Publié le 25 mars 2019         

Abus sexuels, de pouvoir et de conscience : message du Conseil permanent
des évêques de France

Une « grande opération-vérité », « une profonde prise de conscience »

« Une grande opération-vérité s’est ouverte… C’est douloureux car le mal est profond. Avec le Pape François, nous disons qu’il s’agit d’abus de pouvoir, de conscience et d’abus sexuels. » C’est ce qu’écrivent les 10 membres du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, dans un message publié le 12 mars 2019.

Ils y évoquent « les révélations faites au sujet des actes parfois criminels commis par ministres ordonnés ou des consacrés sur des mineurs ou même des adultes dans l’Église universelle et chez nous aussi » : « Ces comportements immoraux nous scandalisent et atteignent notre confiance dans l’Église ». Ils remercient les personnes victimes « d’avoir osé parler » et affirment : « Grâce à leur témoignage, une profonde prise de conscience s’est réalisée. »

« Nous allons continuer notre effort de conversion dans les domaines où certains ont péché, assurent les évêques. Nous allons poursuivre notre écoute des personnes victimes et travailler avec elles. Nous aurons besoin de chacun pour être des acteurs de vérité, pour apporter ses compétences pour rendre notre Église plus sainte dans la vie de tous ses membres et dans sa manière de vivre. »

Message du Conseil permanent

« Grandir dans la vérité, grandir dans l’espérance »

Chers frères et sœurs baptisés, fidèles de l’Église catholique présente en France,

Réunis comme tous les mois, évêques membres du Conseil permanent, nous souhaitons vous adresser un message au début de ce temps de carême qui est un temps de conversion. Le jour du mercredi des Cendres, en nous marquant le célébrant nous a dit : « Convertis-toi et crois à l’Évangile. »

Nous sommes, ensemble, très affectés et troublés par les révélations faites au sujet des actes parfois criminels commis par ministres ordonnés ou des consacrés sur des mineurs ou même des adultes dans l’Église universelle et chez nous aussi. Ces comportements immoraux nous scandalisent et atteignent notre confiance dans l’Église, dans ceux et celles qui pourtant ont consacré leur vie à Dieu. Des personnes victimes, souvent membres de nos communautés, ont révélé ce qu’elles ont subi et leur profonde blessure qu’elle soit psychologique, spirituelle ou corporelle. Nous les remercions d’avoir osé parler. Grâce à leur témoignage, une profonde prise de conscience s’est réalisée. Une grande opération-vérité s’est ouverte. Dans notre foi, la parole du Christ « La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32) est à l’œuvre. C’est douloureux car le mal est profond. Avec le Pape François, nous disons qu’il s’agit d’abus de pouvoir, de conscience et d’abus sexuels.

Nous savions que l’Église est sainte de la sainteté de Dieu, mais qu’en elle se trouvent aussi des hommes et des femmes pécheurs, appelés pourtant par Dieu à être cette communauté qui, dans le temps de l’histoire, porte l’espérance des hommes et rend témoignage à sa bonté. Il est à l’origine de toute vie et par son Fils Jésus Il nous sauve du mensonge de nos vies et nous libère du poids du péché, de celui de la violence faite aux autres. Nous avons confiance en Lui et en son Église.

La fête de l’appel des catéchumènes, ce premier dimanche de carême, nous a fait vivre la fécondité de l’Église. Elle a accompagné l’œuvre de l’Esprit dans le cœur d’hommes et de femmes qui ont reconnu sa présence et se sont tournés vers elle pour être accompagnés dans leur expérience nouvelle. Les communautés chrétiennes les ont accueillis et guidés. De nombreux prêtres, des diacres, des consacrés, des fidèles laïcs leur ont donné le meilleur d’eux-mêmes, c’est-à-dire la Parole de Dieu, le témoignage sur Jésus, la vie en communauté, le souci des petits et des pauvres et encore la manière de trouver Dieu dans la prière du cœur et dans l’assemblée chrétienne !

Le message de Pâques déjà nous éclaire : « Ne craignez pas, c’est moi. La Paix soit avec vous ! ». Nous ne sommes pas abandonnés, nous sommes purifiés. Nous sommes remis devant notre vocation de baptisés !

Poursuivons notre mission de porteurs d’espérance. Nous allons continuer notre effort de conversion dans les domaines où certains ont péché. Nous allons poursuivre notre écoute des personnes victimes et travailler avec elles. Nous aurons besoin de chacun pour être des acteurs de vérité, pour apporter ses compétences pour rendre notre Église plus sainte dans la vie de tous ses membres et dans sa manière de vivre.

Oui, chers Frères et Sœurs, le Seigneur nous aime. Il nous renouvelle dans notre mission de baptisés. Entendons son appel : « Vous donc vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48).

Bon Carême, bonne montée vers Pâques à la suite du Christ-Sauveur.

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France

Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, président de la CEF
Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, vice-président de la CEF
Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF
Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris
Mgr Jean-Pierre BATUT, Évêque de Blois
Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez
Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise
Mgr Philippe MOUSSET, Évêque de Périgueux
Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d’Autun
Mgr Pascal WINTZER, Archevêque de Poitiers

Source Zenit le 12 mars 2019 15:55

 

Les évêques de l’UE lancent une déclaration
en vue des élections européennes de 2019

Les évêques européens publient aujourd’hui la déclaration « Reconstruire la communauté en Europe », appelant tous les citoyens européens à s’engager dans le processus politique, à exercer leur discernement et à voter aux élections européennes, afin de poursuivre ensemble le projet européen.    Du 23 au 26 mai 2019, tous les citoyens européens du […]