Eglise de France



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La Conférence des évêques de France – ou Conférence épiscopale – est constituée de l’ensemble des cardinaux et évêques en activité exerçant leur charge pastorale en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer (D. O. M.), ainsi que des cardinaux français en retraite résidant en France.

Font également partie de la Conférence épiscopale les évêques placés à la tête des éparchies (diocèses) des Arméniens, des Ukrainiens et des Maronites en France, les vicaires apostoliques et préfets apostoliques des départements d’outre-mer (D. O. M.) et les administrateurs apostoliques et administrateurs diocésains (dans les diocèses momentanément dépourvus d’évêques) exerçant leur charge en France.

La Conférence des évêques de France compte environ 120 membres.

Nous avons la science, puissions-nous avoir la sagesse !

Mgr Aupetit aux parlementaires:
« Nous avons la science,
puissions-nous avoir la sagesse ! »

Lors de la messe annuelle des parlementaires mardi 15 octobre, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, invitait les élus à l’humilité. Une eucharistie célébrée quelques minutes après le vote de la loi sur la bioéthique à l’Assemblée nationale.

Mardi 15 octobre, en fin de journée et après plusieurs semaines de débats, le texte de la loi sur la bioéthique a été adopté en première lecture par l’Assemblée nationale à une large majorité. À l’issue de ce vote, les députés n’avaient que quelques minutes pour quitter l’hémicycle et rejoindre la basilique Sainte-Clotilde pour assister la traditionnelle messe des parlementaires, présidée chaque année par l’archevêque de Paris.

Coïncidence du calendrier qui réunissait les élus le jour de la fête de Thérèse d’Avila, ce que Mgr Michel Aupetit ne manqua pas de rappeler, évoquant la prière de la réformatrice du Carmel : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie. »

Lever un coin du voile

C’est avec chaleur et même un peu d’humour que l’archevêque de Paris a accueilli les parlementaires, au premier rang desquels se trouvait le président du groupe LREM de l’Assemblée nationale Gilles Le Gendre, ou encore Pierre Charon, sénateur LR de Paris. « Nous ne sommes pas aujourd’hui dans la critique mais dans l’action de grâces pour votre travail », confiait Mgr Aupetit dès le début de la célébration. Ce qui n’empêcha pas, après la lecture de l’Évangile de Luc, une homélie sans concession sur la vérité et la science : « Nos connaissances lèvent un coin du voile, mais le danger est toujours d’enfermer la vérité dans le champ étroit de ce que l’on peut comprendre. »

Insistant sur les limites de la science, l’archevêque de Paris a invité à l’humilité : « Toutes ces découvertes fantastiques risquent de nous rendre orgueilleux. L’orgueil nous rend prétentieux et la prétention nous rend dangereux. »

Le bien commun

Il a ensuite fait un parallèle avec le risque écologique : « Nous pensions dominer la nature et voilà qu’elle meurt entre nos mains et par nos mains, a-t-il poursuivi. Nous pensons maîtriser la vie et par là même déterminer la filiation. Cette folie conduira encore aux mêmes errements et dangers que l’écologie dénonce aujourd’hui ».

Citant le pape François et l’encyclique Laudato Si, Mgr Aupetit s’est interrogé : « Est-ce que notre action est ordonnée au bien commun ? », avant de conclure : « Nous avons la science, puissions-nous avoir la sagesse ! »

Christophe Henning, pour La Croix

Obsèques de Jacques Chirac :
l’homélie de Mgr Michel Aupetit

Le 30 septembre 2019, la France a rendu hommage au président Jacques Chirac. Dans son homélie Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris a souligné la nécessité de la fraternité et insisté sur la « conscience éthique » de l’ancien président, ainsi que sur son «amour des gens» et sa « compassion » pour les plus fragiles.

Nous venons d’entendre saint Paul nous expliquer le sens de la cérémonie que nous sommes en train de vivre : « Frères, j’encourage avant tout à faire des prières et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité ». C’est donc une tradition ancestrale de l’Église de prier avec bienveillance et dans l’espérance pour ceux qui nous gouvernent. Si nous prions pour tous ceux qui sont chargés de nous diriger c’est parce qu’ils ont la responsabilité du bien commun, c’est-à-dire de chacune des personnes et de l’ensemble de la communauté afin que tous puissent atteindre leur plein épanouissement. Ce n’est donc pas une prière facultative pour nous, c’est une obligation qui tient à l’amour du prochain. Nous le savons aussi, le bien commun n’est pas l’intérêt général, car l’intérêt général peut supporter le sacrifice et l’oubli du plus faible.

Le président Jacques Chirac, sans doute vous en souvient-il, avait axé sa campagne de 1995 sur le thème de la fracture sociale, portant ainsi son regard sur ceux qui restent sur le bord de la route. La fracture sociale est un mal qu’il est sans doute difficile de traiter puisque, aujourd’hui encore, certains se ressentent comme exclus. Un des rôles de l’Église est de construire la fraternité, cette fraternité qui constitue l’un des trois piliers de notre République et qui permet d’édifier une véritable unité entre nous. Cette fraternité est évidente pour les chrétiens puisqu’elle se réfère à l’unique Paternité de Dieu. C’est au nom de cette Paternité que Dieu, dès le commencement de l’humanité fracturée, demande à Caïn qui vient de tuer son frère Abel : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ». Peut-être cette question s’adresse-t-elle aussi à chacun de nous. Qu’ai-je fait de mon frère ?

« Il y avait chez notre ancien président, un véritable amour des gens »

L’attention aux plus petits, aux plus faibles, aux laissés-pour-compte est une caractéristique du christianisme. Nous l’avons entendu dans cet évangile choisi par la famille : « J’avais faim, tu m’as donné à manger, j’avais soif, tu m’as donné à boire, j’étais nu et tu m’as habillé, j’étais un étranger et tu m’as accueilli, j’étais malade et tu m’as visité, j’étais en prison et tu es venu jusqu’à moi ».

Il y avait chez notre ancien président, cet homme chaleureux soutenu par son épouse Bernadette, un véritable amour des gens. Aussi à l’aise dans les salons de l’Élysée qu’au Salon de l’agriculture, beaucoup en le rencontrant se sentaient considérés. Son amour pour sa famille était profond et, bien que pudique, chacun a pu percevoir la tendre compassion qu’il avait pour la vulnérabilité de sa fille Laurence. Bien des exemples ont été rapportés sur cette attention aux plus faibles. Hier encore, quelqu’un me disait lorsqu’il était maire de Paris, il n’hésitait pas à faire des maraudes la nuit pour aller à la rencontre des gens de la rue.

Mais cette attention aux plus faibles a une raison plus profonde encore que la délicatesse de l’affection. Jésus dit clairement ce que nous venons d’entendre : « Ce que tu fais aux plus petits d’entre les miens c’est à moi que tu le fais ». C’est donc en raison de l’étincelle divine qui réside dans notre humanité, que toute personne, du commencement de sa vie à la conception, jusqu’à sa mort naturelle, est appelée à être aimée et respectée. Cela nous oblige à un changement de regard qui doit aller bien au-delà des apparences et des postures qui caractérisent nos sociétés humaines. Dieu voit le fond du cœur, il convient de se mettre à son école. En effet, les gestes que nous posons vis-à-vis d’un frère en humanité vont bien au-delà de l’entourage et de la dimension sociale et politique, car il passe par le Christ et, par lui, atteint les autres jusqu’aux extrémités du monde.

« Gouverner, c’est prévoir » cette célèbre citation d’Émile de Girardin, le président Jacques Chirac l’a illustrée à plusieurs reprises. En septembre 2002, lors du Sommet de la Terre, avant la prise de conscience écologique forte d’aujourd’hui, il avait dit : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

De même, en février 2001, au Forum mondial des biotechnologies, il avait vu la nécessité d’une conscience éthique, je le cite : « Face à l’importance des enjeux et à la rapidité des progrès, il est essentiel que les avancées de la science s’accompagnent partout d’une conscience démocratique et d’une réflexion politique et morale aussi large que possible ».

« Il avait vu la nécessité d’une conscience éthique »

Enfin, lorsque la France pouvait être engagée dans une guerre injuste et dangereuse pour l’équilibre mondial, il a su librement se démarquer des pays amis qui voulaient entraîner notre patrie dans une aventure imprudente. Puisse-t-il être entendu aujourd’hui sur tous ces sujets.

Mais si nous sommes ici, si nous célébrons cette messe de funérailles demandée par la famille et, je le crois, par tout le pays, qui nous accompagne aujourd’hui, c’est pour présenter cet homme à la Miséricorde de Dieu. Saint Paul nous l’a redit dans la première lecture : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ». Si, en France, tout au moins, tous les hommes « naissent libres et égaux en droit », on sait aussi qu’ils ne naissent pas forcément égaux dans la réalité de leur existence. Tout dépend de la façon dont ils sont accueillis, acceptés, aimés et des conditions dans lesquelles émerge leur jeune vie. En revanche, la mort, ce moment de la mort, est bien le lieu commun de notre humanité et, au fond, l’égalité véritable de notre condition humaine.

Saint Jean de la Croix, ce grand mystique espagnol du XVIe siècle, nous l’avait révélé : « Au Ciel nous serons jugés sur l’amour ». Si nous présentons notre ancien président à Dieu avec tant de confiance, c’est parce que nous savons que seul l’Amour peut juger l’amour. Le Christ, Jésus de Nazareth, nous a révélé l’immensité de cet amour de Dieu qui dépasse infiniment nos connaissances expérimentales et nos capacités intellectuelles de connaître l’au-delà du réel qui nous entoure.

Pour finir, je voudrais citer cette phrase du président Chirac, qui est tellement d’actualité, qu’il a prononcée pour la visite du pape saint Jean-Paul II en 1980, nous sommes alors dans la cathédrale Notre-Dame : « C’est en ces lieux, sous le commandement des tours de Notre-Dame, à portée de la chapelle où Saint-Louis a honoré la Passion, au pied de la montagne Sainte-Geneviève où flotte encore le souvenir de l’antique bergère de Nanterre, patronne de la capitale, sous le regard de la prestigieuse Sorbonne où tant de docteurs ont enseigné, c’est en ces lieux que la France sent le plus fortement battre son cœur ».

Les événements récents et dramatiques survenus à Notre-Dame nous ont montré combien cette intuition était vraie. Adieu et merci M. Chirac.

                           Un texte édité par la Documentation catholique publié par La Croix le 30.09.2019

Bioéthique, ce qu’ont dit les évêques de France aux Bernardins
Lundi 16 septembre, les évêques de France ont affirmé leur position sur le projet de loi de bioéthique, lors d’une rencontre au Collège des Bernardins, à Paris. Avec les envoyés spéciaux de La Croix et en partenariat avec KTO, retrouvez leurs prises de parole et les réactions de l’assistance à ce débat. • Lors de la soirée des évêques de France, ont pris la parole, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la CEF, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris et Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail sur la bioéthique. • Cette soirée s’est déroulée alors que l’examen en commission des lois de bioéthique s’est achevé samedi 14 septembre, et avant les travaux en séance plénière qui reprendront lundi 23 septembre. En savoir plus : Réforme des lois de bioéthique : ce qu’il faut retenir des auditions à l’Assemblée • Cette soirée intervenait également, trois semaines avant la mobilisation appelée par plusieurs associations dont La Manif pour tous, le dimanche 6 octobre.

Publication: «L’Eglise face à ses défis»,
par Mgr Eric de Moulins-Beaufort

«Points d’appui de l’Église de France» (Editions CLD/NRT)

Dans son nouveau livre « L’Eglise face à ses défis » (Editions CLD / Nouvelle revue théologique), Mgr Eric de Moulins-Beaufort décrit notammentquelques points d’appui dont dispose l’Église de France pour faire face aux défis de notre temps et des temps à venir”.

Voici un passage sur ces ressources tiré du livre, sorti en librairie jeudi dernier, 12 septembre 2019 (186 pages – 18 € – isbn 978-2-85443-601-3), que nous reproduisons avec l’aimable autorisation des éditions CLD.

Ce livre s’adresse aux catholiques français et à ceux qui s’intéressent à l’avenir du christianisme. Ce n’est pas un programme mais un outil pour discerner, réfléchir et espérer”, explique l’éditeur qui précise: “Pour Alban Massie, jésuite, directeur de la Nouvelle revue théologique cet ouvrage « sera l’occasion d’un travail de lecture en groupe, communauté, paroisse, mouvement, etc., car il interpelle et vise à mettre l’Eglise en chemin ».

L’ensemble offre un aperçu significatif de la pensée du nouveau président de la Conférence des évêques de France sur des sujets cruciaux : abus sexuels, situation actuelle de l’Eglise, mariage et famille, sacerdoce, même si tous les défis ne peuvent être ici abordés ou traités de manière exhaustive.

Au fil des pages, le lecteur découvre « l’unité et la richesse d’une pensée qui aide à repérer les signes des temps et qui cherche à ouvrir ce que l’auteur appelle des “voies d’espérance” ».

Il explique notamment que « depuis 1965 environ, l’humanité occidentale vit une mutation anthropologique majeure (société basée sur le devoir / société basée sur l’épanouissement personnel) ; – cette mutation a aussi à voir avec le christianisme ; – le Dieu de la Révélation s’adresse toujours aux hommes de notre époque ; – leur rencontre prend souvent l’allure d’un combat spirituel ; – nous vivons, non la crise terminale du christianisme, mais ses débuts, etc », relève CLD.

Rappelons que Mgr Eric de Moulins-Beaufort, cinquante-sept ans, a été nommé évêque auxiliaire de Paris pr le pape Benoît XVI, en 2008, puis archevêque de Reims par le pape François, en 2018. Le 3 avril 2019, il a été élu président de la Conférence des évêques de France.

Voici un passage sur ces « points d’appui de l’Église de France » (pp.63-64), tiré du chapitre II dont voici le schéma et la conclusion.

                                                                                  Anita Bourdin pou ZENIT

« L’Eglise face à ses défis”

Chapitre II

Face aux défis du temps, quelles ressources pour l’Eglise en France?

I. Des défis culturels et spirituels qui transforment la vie de l’Eglise

  1. Des défis culturels et sociaux (…)
  2. Des défis spirituels (…)
  3. Quelques facteurs propres à la France (…)

II. Une lecture théologique de notre temps

  1. De la mission à la missions défis spirituels (…)
  2. Interpréter les signes des temps (…)
  3. Election et sacerdoce (…)

III. Les points d’appui de l’Église de France 

  1. Des ressources spirituelles

Je voudrais citer trois ressources spirituelles :

a) Le sens de l’adoration et la capacité de la prière silencieuse

De plus en plus, nous le constatons, les jeunes catholiques, ceux qui viennent encore à nous, sont capables de passer de l’excitation du chant et de la danse au silence de la prière et à l’adoration. Je le dis sans forfanterie : cette capacité a impressionné les Espagnols lors des JMJ de Madrid. Elle nous émerveille lorsque nous rassemblons à Lourdes les lycéens d’Île-de-France : à 9 ou 10 000 dans la basilique souterraine, ils entrent aujourd’hui dans la prière dès que le Saint-Sacrement est exposé ou tout simplement dès qu’on le leur demande.

b) Un renouvellement de la place des pauvres

De plusieurs expériences a monté, ces dernières années, la conviction que les pauvres ne sont pas seulement ceux à qui les mieux lotis peuvent faire du bien mais sont des fidèles du Christ qui peuvent partager à tous et avec tous leurs richesses spirituelles. Il y suffit, mais c’est exigeant, que les mieux dotés culturellement et socialement fassent l’effort de les écouter et veillent à créer des conditions d’attention mutuelle qui permettent à tous de s’exprimer. Un grand rassemblement de l’Église de France sur le thème de la solidarité s’est tenu à Lourdes en 2013 sous le titre : Diaconia 2013 ; il a ancré cette manière nouvelle dans les esprits et les pratiques. Bien sûr, du temps et du travail sont nécessaires pour que nos œuvres de bienfaisance se transforment en ce sens. Mais la journée mondiale des pauvres est née de l’initiative française de rassembler autour du pape des personnes en précarité. Depuis une dizaine d’années à Paris, des jeunes professionnels choisissent d’habiter un appartement en colocation avec des personnes sorties de la rue, avec une vie tout à fait commune et notamment une vie de prière commune.

c) La place de la Parole de Dieu

Nous progressons dans notre capacité à donner aux fidèles les clefs nécessaires pour que la Parole de Dieu soit pour eux une nourriture vivifiante et éclairante et non pas un livre scellé. L’expérience parisienne des parcours EVEN est impressionnante, mais il en existe d’autres. Là encore, du travail est nécessaire, mais les pistes existent dans les facultés de théologie et en un certain nombre de paroisses ou de diocèses.

  1. La catholicité (…)
  2. Engendrer la liberté spirituelle (…)

Conclusion

Le psaume 64 nous indique l’acte de foi à renouveler toujours. Nous sommes dans une phase d’émondage, de mise à l’épreuve, de transformations. Nous la traversons si nous osons croire que le Seigneur ne nous abandonne pas et qu’il vaut la peine d’avancer sur ses chemins comme nous le pouvons. Car Dieu, lui, ne renonce pas – toute l’histoire d’Israël le prouve – à procurer à son peuple une riche moisson : « Tu couronnes une année de bienfaits; sur ton passage ruisselle l’abondance. »

Copyright : Editions CLD / Nouvelle revue théologique
Source Zenit publication Anita Bourdin

A la messe chrismale,
« le réveil » des chrétiens pour « rebâtir l’Église »

Venus en nombre, mercredi 17 avril, participer à la messe chrismale, délocalisée à Saint-Sulpice à la suite de l’incendie de Notre-Dame, les catholiques parisiens veulent saisir « l’élan » donné par cet événement pour « reconstruire » l’Église, comme cela sera nécessaire pour la cathédrale ravagée par les flammes.

« Notre chère cathédrale est à genoux. » C’est par ces mots que Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, a commencé son homélie au cours de la messe chrismale qu’il présidait mercredi 17 avril à Saint-Sulpice, l’église du quartier de l’Odéon qui accueillera la plupart des liturgies de la Semaine sainte célébrées d’ordinaire à Notre Dame.

Cette célébration, la première publique de l’archevêque après les événements du lundi 15 avril dans la soirée, était très attendue : par les quelque 500 prêtres du diocèse de Paris, tout d’abord, qui chaque année se réunissent à cette occasion, mais aussi par les fidèles, venus particulièrement nombreux. Brigitte Macron, l’épouse du président de la République, Anne Hidalgo, maire de Paris, ou encore Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, étaient également présents, parmi d’autres représentants des autorités civiles.

« Rebâtir la cathédrale » et « relever l’Église »

Pour faire face à l’affluence que l’on prédisait massive, un écran géant avait été installé sur le parvis de Saint-Sulpice. En plus de 2000 personnes installées à l’intérieur de l’église, plusieurs centaines de fidèles étaient aussi présents au pied des marches de l’édifice pour suivre la célébration.

Notre-Dame, a assuré Mgr Aupetit dans son homélie, écoutée dans un silence recueilli, est « bien plus qu’un tas de pierres ». Elle manifeste « une transcendance, une présence divine qui leur confère un caractère sacré ». « Nous allons rebâtir la cathédrale, a soutenu l’archevêque. L’émotion mondiale, l’extraordinaire élan de générosité qu’a suscité l’incendie qui l’a en partie détruite, va nous permettre d’envisager son relèvement, nous pourrions parler en ces temps de Pâques de résurrection certaine. »

Pourtant, au-delà de ce défi, « il nous faut aussi relever l’Église », a souligné l’archevêque, alors que celle-ci traverse depuis plusieurs mois une très grave crise, en raison de révélations en cascade de scandales concernant les abus. « Nous rebâtirons notre Église, nous la refonderons en revenant aux valeurs évangéliques. »

De l’avis des fidèles et des prêtres présents, l’incendie semble en effet avoir ravivé un « réveil spirituel » dans une période « troublée », aussi bien au niveau social que religieux. C’est ce qu’observe Monique, retraitée et paroissienne de Notre-Dame du Rosaire (14e), pour qui cette « tragédie » est une « occasion de se rapprocher de Dieu ». « Vous êtes nombreux à me le dire, beaucoup, au cours des deux derniers jours, sont revenus dans une église, pour prier, se confesser, dont certains après une longue période sans l’avoir fait », a d’ailleurs relevé Mgr Aupetit à l’intention des prêtres.

« L’incendie a concrétisé la crise que nous vivons »

« Dans le contexte actuel, on a tous besoin de se rassembler, de montrer que même si en apparence l’Église va mal, il y a un élan du cœur », confirme Hermine, 21 ans, arrivée récemment à Paris pour un stage. « Cet incendie, je l’ai vécu comme s’il avait concrétisé la crise que nous vivons. Cette messe chrismale montre que l’on peut encore se mobiliser. L’église est pleine, elle déborde : c’est réconfortant, c’est une grande espérance. Mais après l’émotion viendra l’action. »

 « Prêtres et laïcs ressentent la même peine, d’où une très forte unité, avance pour sa part le père Jacques Gagey, aumônier de la Conférence internationale catholique du scoutisme. Cette année, la messe chrismale était moins cléricale, les prêtres se regardent de façon plus douce, plus amicale : personne n’a envie de faire le malin. » « J’ai ressenti quelque chose de chaleureux et de déterminé, abonde Edouard Ducamps, prêtre parisien actuellement en service à Château-Thierry (Aisne). Les événements des derniers mois nous ont bousculés. Après ces tourments, cet incendie est comme un signe qui, au fond, nous libère et nous pousse à reconstruire. L’Église est toujours là, mais on attend d’elle qu’elle soit plus lumineuse. »

           Pour LA CROIX  : Marie Malzac, Claire Lesegretain et Constance Vilanova

Mgr Éric de Moulins-Beaufort,
vent de jeunesse à la tête des évêques de France

Analyse publiée dans « La Croix » le 4 mai 2019

À 57 ans, le nouvel archevêque de Reims, élu par ses pairs mercredi 3 avril au premier jour du scrutin, accède à la présidence de la Conférence des évêques de France dans une période de crise. Intellectuel reconnu pour sa capacité d’analyse, ce proche du cardinal André Vingt-Trois est aussi un pragmatique qui entend aborder sans faux-semblants les défis que doit relever l’Église de France.

Pour ses premiers mots devant la presse en tant que président de la Conférence des évêques de France, au matin du jeudi 4 avril, Mgr Éric de Moulins de Beaufort a exprimé la volonté qu’on lui connaît d’aborder les questions avec pragmatisme et sans se réfugier derrière un excès de langage ecclésial. « Nous ne reviendrons jamais à la société villageoise d’avant 1965 dans laquelle les gens allaient à la messe par devoir. Aujourd’hui, c’est la recherche du plaisir qui gouverne l’ensemble des relations dans la société. C’est ce monde-là que nous devons évangéliser », a-t-il par exemple affirmé, alors qu’il était interrogé sur les chantiers à venir de l’Église de France.

« Pas question de se dérober »

Présenté depuis plusieurs semaines comme l’un des principaux favoris à la succession de Mgr Georges Pontier, dont le double mandat arrive à échéance le 1er juillet, l’archevêque de Reims s’est pourtant dit surpris d’une « élection ni désirée ni attendue ». Avant de préciser aussitôt qu’il n’était pas question de « se dérober en ces temps délicat de la vie de l’Église ». Seul regret : « ne pas pouvoir me consacrer à temps plein durant quelques années au diocèse de Reims, où je ne suis arrivé qu’il y a cinq mois et où un certain nombre de transformations sont à opérer ».

Sur la question des abus sexuels qui minent la vie de l’Église, le futur président de la Conférence des évêques de France n’a pas l’air de vouloir davantage se « dérober ». « Nous devons regarder en face que trop de prêtres se sont mal comportés à l’égard de jeunes sans que personne ne les voie ou qu’ils n’ont pas été rendus inoffensifs quand leurs méfaits étaient connus. Sur ce point, les évêques sont désormais unanimes et nous pouvons avancer ».

C’est donc pour « avancer » dans ce contexte ce contexte difficile de révélations en série d’agressions sexuelles commises par des prêtres que les évêques ont élu, dès le premier jour du scrutin, cet intellectuel confirmé, considéré comme une valeur sûre de l’épiscopat hexagonal.

Un souffle nouveau dans la machine épiscopale

Digne héritier du cardinal André Vingt-Trois, auprès duquel il a acquis une solide expérience de management et dont il partage la vivacité d’esprit, il est aussi confronté, depuis son arrivée dans le diocèse de Reims en octobre dernier (qui comprend une partie de la Marne et les Ardennes), aux problèmes que connaissent bien ses confrères dans les zones moins peuplées du pays, en particulier la raréfaction des prêtres et la fin du « maillage paroissial ».

Son aisance intellectuelle et sa manière d’aborder les problèmes, avec réalisme et sans nostalgie excessive du passé, auront assurément joué dans l’élection. Sans compter qu’il incarne une nouvelle génération, dont ses pairs attendent qu’elle les pousse à impulser un souffle nouveau dans la machine épiscopale (voir plus les repères plus bas).

Enseignant apprécié

Ce Parisien, ordonné en 1991, a été très vite repéré : par ses enseignants au séminaire qui avaient déjà décelé son « potentiel », puis par le cardinal André Vingt-Trois dont il a été le secrétaire particulier pendant trois ans, puis l’évêque auxiliaire et le vicaire général.

Fils d’officier passé par Sciences-Po Paris, membre d’une fratrie de sept enfants, Mgr Éric de Moulins-Beaufort est également un enseignant apprécié, qui a exercé à la Faculté Notre-Dame et au Studium du Séminaire de Paris, et un théologien, que ses confrères avaient d’ailleurs déjà récemment placé à la tête de leur commission doctrinale.

Membre du conseil de direction de l’Association internationale Cardinal Henri de Lubac, il siège également au conseil de rédaction de deux importantes revues, Communio, et la Nouvelle revue théologique (NRT). C’est dans cette dernière qu’il a publiée l’an dernier un article remarqué : « Que nous est-il arrivé ? De la sidérationà l'action devant les abus sexuels dans l'Église » dans lequel il propose des explications à ces crimes et suggère également des pistes juridiques comme pastorales. (*)

L’affaire Anatrella, un tournant

La « commission d’audition » que lui a confiée en 2016 le cardinal Vingt-Trois à propos de l’affaire Tony Anatrella a manifestement constitué un tournant dans sa réflexion. « Les responsables de toutes les institutions doivent désormais parler et agir afin que les générations à venir puissent connaître des relations ajustées dans la vérité », écrivait-il en introduction de son article pour la NRT. « En écrivant cela, nous portons en mémoire nos rencontres ou échanges avec des personnes qui ont été abusées par des prêtres, ou avec leurs familles. Ce que ces personnes ont dû mobiliser en elles-mêmes pour vivre malgré tout monte vers Dieu comme un cri à l’égard de ceux qui n’ont rien su ou rien voulu voir. »

Apprécié des laïcs avec lesquels il a travaillé au sein du diocèse de Paris, il est connu pour son humeur égale et son abord facile, qu’il accompagne volontiers d’humour. Des qualités qui devraient lui être fort utiles dans la tempête qu’affronte actuellement l’Église de France. « Je ne l’ai jamais vu s’énerver, ou alors il fallait qu’on l’y ait poussé ! », s’enthousiasme Karine Dalle, déléguée à l’information du diocèse de Paris et ancienne collaboratrice, qui n’a pas assez de mots pour saluer « une grande nouvelle pour l’Église de France ». Elle met en valeur les « capacités intellectuelles, spirituelles et physiques » de celui qu’elle considère comme « un homme d’équilibre », même si, ajoute-t-elle, « certains le trouvent un peu raide ».

Manifestement conscient de la profondeur de la crise que traverse l’institution, ici comme partout dans le monde, il ne semble pas pour autant homme à céder à l’accablement et affiche sa confiance : ces vives turbulences sont nécessaires à un travail de reconstruction.

Liberté d’esprit

Interrogé par La Croix l’an dernier sur la difficulté à organiser le débat dans l’Église après une prise de position contestée du MRJC sur l’avortement, il se montrait rassurant, affirmant avoir lui-même « toujours pu dire ce qu’il avait eu envie de dire ».

Fin février, après une série de révélations particulièrement éprouvantes, il a pris la plume pour écrire aux catholiques de son diocèse. Dans ce texte, dont la franchise a « agréablement surpris » un théologien parisien, il reconnaît « le dégoût et le découragement » que peut susciter la révélation du mal « commis et caché ». Il fait ensuite une lecture essentiellement spirituelle de la crise, y voyant la preuve que « Dieu n’abandonne pas son Église, au contraire, il travaille à la purifier, y compris du mal qui était en elle et qu’elle s’obstinait à ne pas voir ».

Sur le plan de la lutte contre le cléricalisme à laquelle appelle le pape François, il reconnaît toutefois sa « naïveté » lorsqu’il estimait « qu’avec Vatican II les relations entre prêtres et fidèles laïcs s’étaient profondément renouvelées, qu’elles s’étaient simplifiées, qu’elles étaient de service commun dans la mission donnée par le Christ et non plus de contrôle social et d’encadrement ». Cette liberté d’esprit lui sera, sans aucun doute, d’un grand secours pour conduire ses pairs à affronter lucidement les difficultés qui se présentent ainsi qu’à envisager les réformes de structure de la Conférence des évêques de France, jusque-là repoussées.

Deux vice-présidents

• Mgr Dominique Blanchet, 53 ans, est évêque de Belfort-Montbéliard depuis 2015. Au sein de la CEF, Mgr Blanchet était jusqu’à présent président du Conseil pour les associations et mouvements de fidèles. Ordonné prêtre en 1999 pour le diocèse d’Angers, Mgr Blanchet devint administrateur diocésain en 2008 puis conserva ses fonctions de vicaire général et délégué épiscopal au service des jeunes à la nomination de Mgr Delmas.

Mgr Olivier Leborgne, 55 ans, est évêque d’Amiens depuis 2014. Au sein de la CEF, Mgr Olivier Leborgne était jusqu’à présent président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat. Ordonné prêtre en 1991 pour le diocèse de Versailles, Mgr Leborgne fut nommé vicaire général en 2004 et secrétaire général du synode diocésain entre 2010 et 2012.

Article de Bruno Bouvet et Anne-Bénédicte Hoffner pour La Croix  le 04 avril 2019

(*) Nouvelle revue théologique L'article (PDF) peut être adressé par mail aux personnes intéressées qui en feront la demande.

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Commentaires

15.11 | 10:02

bonjour, étant chez nos enfants à Créhen pour Noël, nous aimerions savoir où seront célébrées les messes anticipées et du Jour de Noël dans la région. merci

...
07.09 | 15:43

Bonjour,
Un seul lien suffit... annoncées sur 2 pages différentes suite à la demande de lecteurs désireux de les trouver plus en début d'arborescence du site.

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04.09 | 08:42

Dommage qu'il faille aller sur plusieurs liens pour trouver les horaires de Messes des dimanches.
Qu'en est-il pour La Paroisse de Plancoët pour dimanche 8 sept

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05.08 | 09:41

MERCI DE VOS PHOTOS ET TEXTE
AU 15 AOUT

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Bonjour !
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