La parole du pape François

« Fratelli tutti »: la vérité pour boussole, non à la « manipulation »!

« Fratelli tutti »:
la vérité pour boussole,
non à la « manipulation »!

Et la bienveillance comme condition du dialogue

Pour qu’une société ait un « avenir », le pape François invite à « démasquer les divers genres de manipulation, de déformation et de dissimulation de la vérité, dans les domaines publics et privés » et à vivre de la bienveillance que cette vérité fonde. Il réfute tout « relativisme ».

Au coeur de son encyclique « Fratelli tutti« , publiée ce 4 octobre 2020, et élaborée, comme la précédente – « Laudato si' » en 2015 – à l’école de saint François d’Assise, le pape François place « le dialogue » et « l’amitié sociale » (ch. 6), un maître mot du document, qui l’emploie une quinzaine de fois, mais un dialogue et une amitié « en vérité ».

Prétendue tolérance
Car cette amitié, vigoureuse, n’a rien d’un consensus mou, et n’engendre pas du « relativisme », ne liquéfie pas la société, au contraire, affirme le pape, « le relativisme n’est pas une solution. Sous le couvert d’une prétendue tolérance, il finit par permettre que les valeurs morales soient interprétées par les puissants selon les convenances du moment » (206).

Il met en garde, avec Laudato si’, contre une culture corrompue: « En définitive, ‘s’il n’existe pas de vérités objectives ni de principes solides hors de la réalisation de projets personnels et de la satisfaction de nécessités immédiates […], nous ne pouvons pas penser que les projets politiques et la force de la loi seront suffisants […]. Lorsque la culture se corrompt et qu’on ne reconnaît plus aucune vérité objective ni de principes universellement valables, les lois sont comprises uniquement comme des impositions arbitraires et comme des obstacles à contourner’ (LS 123) » (206).

La pierre de touche, c’est la vérité sur la personne humaine: « Est-il possible de prêter attention à la vérité, de rechercher la vérité qui correspond à notre réalité la plus profonde ? Qu’est-ce que la loi sans la conviction, acquise après un long cheminement de réflexion et de sagesse, que tout être humain est sacré et inviolable ? »

La raison et la conscience
Voilà le fondement le plus solide de l’interdit de tuer: « Pour qu’une société ait un avenir, il lui faut cultiver le sens du respect en ce qui concerne la vérité de la dignité humaine à laquelle nous nous soumettons. Par conséquent, on n’évitera pas de tuer quelqu’un uniquement pour éluder la réprimande de la société et le poids de la loi, mais par conviction. C’est une vérité incontournable que nous reconnaissons par la raison et que nous acceptons par la conscience. Une société est noble et respectable aussi par son sens de quête de la vérité et son attachement aux vérités les plus fondamentales » (207).

Avec la vérité pour jauge, le pape invite au discernement des manipulations: « Il faut s’exercer à démasquer les divers genres de manipulation, de déformation et de dissimulation de la vérité, dans les domaines publics et privés » (208).

Le pape a déjà parlé de « l’illusion de la communication » et de la « sagesse de l’information » dans le premier chapitre. D’abord pour déplorer cette intrusion: « Dans la communication numérique, on veut tout montrer et chaque personne devient l’objet de regards qui fouinent, déshabillent et divulguent, souvent de manière anonyme. Le respect de l’autre a volé en éclats, et ainsi, en même temps que je le déplace, l’ignore et le tiens à distance, je peux sans aucune pudeur envahir sa vie de bout en bout » (42).

Et les distorsions de la réalité: « La vraie sagesse suppose la conformité avec la réalité. Mais aujourd’hui tout peut être produit, dissimulé, altéré » (47).

Ici, le pape François précise que ce qui est en jeu ce n’est pas seulement la vérité de l’information, mais la reconnaissance des « vérités fondamentales »: « Ce que nous appelons “vérité”, ce n’est pas seulement la diffusion de faits par la presse. C’est avant tout la recherche des fondements les plus solides de nos options ainsi que de nos lois. Cela suppose qu’on admette que l’intelligence humaine puisse aller au-delà des convenances du moment et saisir certaines vérités qui ne changent pas, qui étaient vraies avant nous et le seront toujours. En explorant la nature humaine, la raison découvre des valeurs qui sont universelles parce qu’elles en dérivent » (208).

« La charité a besoin de la lumière de la vérité (…) sans relativisme », dit le pape  (185) en citant abondamment Benoît XVI dans le chapitre précédent sur l’amour en politique (cf. Caritas in veritate).

Ni privilège ni exception
Il cite aussi l’encyclique de Jean-Paul II « Veritatis splendor » pour rappeler la force des « exigences morales »: « S’ajoute au relativisme le risque que le puissant ou le plus rusé finisse par imposer une prétendue vérité. » Par contre, « par rapport aux normes morales qui interdisent le mal intrinsèque, il n’y a de privilège ni d’exception pour personne. Que l’on soit le maître du monde ou le dernier des misérables sur la face de la terre, cela ne fait aucune différence : devant les exigences morales, nous sommes tous absolument égaux » (209).

Il déplore la « logique perverse et vide » d’une « assimilation de l’éthique et de la politique à la physique »: « Le bien et le mal en soi n’existent pas, mais seulement un calcul d’avantages et de désavantages. Ce glissement de la raison morale a pour conséquence que le droit ne peut pas se référer à une conception essentielle de la justice mais qu’il devient le reflet des idées dominantes. Nous entrons là dans une dégradation : avancer “en nivelant par le bas” au moyen d’un consensus superficiel et négocié. Ainsi triomphe en définitive la logique de la force » (210).

Des valeurs permanentes, non-négociables
Le dialogue social que prône l’encyclique à tous les niveaux ne peut se déployer qu’à partir de cette vérité: « Dans une société pluraliste, le dialogue est le chemin le plus adéquat pour parvenir à reconnaître ce qui doit toujours être affirmé et respecté, au-delà du consensus de circonstance. Nous parlons d’un dialogue qui a besoin d’être enrichi et éclairé par des justifications, des arguments rationnels, des perspectives différentes, par des apports provenant de divers savoirs et points de vue, un dialogue qui n’exclut pas la conviction qu’il est possible de parvenir à certaines vérités élémentaires qui doivent ou devraient être toujours soutenues. Accepter qu’existent des valeurs permanentes, même s’il n’est pas toujours facile de les connaître, donne solidité et stabilité à une éthique sociale. »

Le dialogue permet justement d’affirmer ces valeurs « non négociables » qui le fonde: « Même lorsque nous les avons reconnues et acceptées grâce au dialogue et au consensus, nous voyons que ces valeurs fondamentales sont au-dessus de tout consensus ; nous les reconnaissons comme des valeurs qui transcendent nos contextes et qui ne sont jamais négociables. Notre compréhension de leur signification et de leur portée pourra croître – et en ce sens le consensus est une chose dynamique – mais, en elles-mêmes, elles sont considérées comme stables en raison de leur sens intrinsèque » (211).

La survie même d’une société se fonde sur la reconnaissance de ces vérités: « Si quelque chose est toujours souhaitable pour le bon fonctionnement de la société, n’est-ce pas parce que derrière se trouve une vérité permanente que l’intelligence peut saisir ? » (212).

La méthode du dialogue
Le pape prône un réalisme social et politique et un dialogue qui aide à découvrir ce socle solide: « Dans la réalité même de l’être humain et de la société, dans leur nature intime, réside une série de structures fondamentales qui soutiennent leur développement et leur survie. Il en découle certaines exigences qui peuvent être découvertes grâce au dialogue, bien qu’elles ne soient pas strictement le fruit d’un consensus. »

La dignité humaine « inviolable » fait partie de ce socle, que le dialogue peut aider à découvrir: « Que tout être humain possède une dignité inaliénable est une vérité qui correspond à la nature humaine indépendamment de tout changement culturel. C’est pourquoi l’être humain a la même dignité inviolable en toute époque de l’histoire et personne ne peut se sentir autorisé par les circonstances à nier cette conviction ou à ne pas agir en conséquence. L’intelligence peut donc scruter la réalité des choses, à travers la réflexion, l’expérience et le dialogue, pour reconnaître, dans cette réalité qui la transcende, le fondement de certaines exigences morales universelles » (213).

Ces vérités sont à découvrir dans le dialogue, à déployer dans le dialogue, que l’on soit agnostique ou croyant et sans « fixisme éthique »: « Ce fondement pourra paraître suffisant aux agnostiques pour conférer aux principes éthiques fondamentaux et non négociables une validité universelle ferme et stable en mesure d’empêcher de nouvelles catastrophes. Pour les croyants, cette nature humaine, source de principes éthiques, a été créée par Dieu qui, en définitive, donne un fondement solide à ces principes. Cela ne conduit pas au fixisme éthique non n’implique l’imposition d’un quelconque système moral, vu que les principes moraux élémentaires et universellement valides peuvent générer diverses normes pratiques. Mais cela laisse toujours de la place au dialogue » (214).

Des étoiles dans l’obscurité
Alors, le dialogue, la rencontre, « le bonheur de reconnaître l’autre », la bienveillance s’appuient sur ce fondement solide. Car le pape conclut le chapitre en invitant à « retrouver la bienveillance », contrairement à ce que produit « l’individualisme consumériste »: « L’individualisme consumériste provoque beaucoup de violations. Les autres sont considérés comme de vrais obstacles à une douce tranquillité égoïste. On finit alors par les traiter comme des entraves et l’agressivité grandit. Cela s’accentue et atteint le paroxysme lors des crises, des catastrophes, dans les moments difficiles où l’esprit du “sauve qui peut” apparaît en pleine lumière. Il est cependant possible de choisir de cultiver la bienveillance. Certaines personnes le font et deviennent des étoiles dans l’obscurité. »

La vraie bienveillance est un « fruit de l’Esprit Saint », fait observer le pape en citant l’épître de Paul aux Galates: « C’est une manière de traiter les autres qui se manifeste sous diverses formes telles que : la bienveillance dans le comportement, l’attention pour ne pas blesser par des paroles ou des gestes, l’effort d’alléger le poids aux autres. Cela implique qu’on dise « des mots d’encouragements qui réconfortent, qui fortifient, qui consolent qui stimulent », au lieu de « paroles qui humilient, qui attristent, qui irritent, qui dénigrent» » (223).

Plus encore, la bienveillance désarme la « cruauté » que le pape François dénonce souvent dans tel ou tel événement de l’actualité: « La bienveillance est une libération de la cruauté qui caractérise parfois les relations humaines, de l’anxiété qui nous empêche de penser aux autres, de l’empressement distrait qui ignore que les autres aussi ont le droit d’être heureux » (224).

Le pape va jusqu’à employer l’expression du « miracle d’une personne aimable » et rien d’hypocrite dans cette attitude qui désamorce les conflits, c’est un « effort » de la volonté qui se révèle fécond: « Cet effort, vécu chaque jour, est capable de créer une cohabitation saine qui l’emporte sur les incompréhensions et qui prévient les conflits. Cultiver la bienveillance n’est pas un détail mineur ni une attitude superficielle ou bourgeoise. Puisqu’elle suppose valorisation et respect, elle transfigure profondément le mode de vie, les relations sociales et la façon de débattre et de confronter les idées, lorsqu’elle devient culture dans une société. Elle facilite la recherche du consensus et ouvre des chemins là où l’exaspération détruit tout pont. »

Les pistes du pape François pour « guérir le monde »

Les pistes du pape François pour « guérir le monde »

Loup Besmond de Senneville  envoyé  spécial permanent pour La Croix

Au fil d’une série de catéchèses hebdomadaires, le pape esquisse sa vision du monde d’après la pandémie. Un avant-goût de la future encyclique, Fratelli tutti.

Comment construire le monde d’après ? À cette question épineuse, à laquelle les dirigeants du monde entier sont durement confrontés alors que le monde n’est pas encore sorti de la pandémie de Covid-19, le pape François tente de répondre depuis plusieurs semaines. Dans un cycle de catéchèse commencé début août et qui doit s’achever ce mercredi 30 septembre, le pape a pris le temps, en neuf semaines, de déplier progressivement sa pensée sur la sortie de crise. À l’occasion de ses audiences hebdomadaires, d’abord enregistrées dans la bibliothèque, puis tenues dans le cadre extraordinaire de la cour Saint-Damase, François a clairement exposé sa conviction selon laquelle la pandémie constituait une occasion historique pour changer le monde. Une conviction qui devrait également être bien présente dans sa future encyclique, Fratelli tutti, publiée dimanche 4 octobre.

Car il ne s’agit surtout pas, martèle souvent l’évêque de Rome, de reconstruire le monde d’après en reproduisant le monde d’avant. « La pandémie est une crise, et on ne sort pas pareils d’une crise : nous sortons meilleurs ou nous sortons pires », répète-t-il. « Après la crise, est-ce que nous continuerons avec ce système économique d’injustice sociale et de mépris pour la sauvegarde de l’environnement, de la création, de la maison commune ? Réfléchissons-y. »

Comment faire ? En s’appuyant sur « certains principes sociaux » fondamentaux. Et ce afin de soigner le monde à la fois de la pandémie mais aussi des « plus amples pathologies sociales » apparues à la faveur de cette crise. « Nous devons soigner un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité d’opportunités, de la marginalisation et du manque de protection des plus faibles », insiste François.

L’ancien archevêque de Buenos Aires estime que « la foi, l’espérance et l’amour nous poussent nécessairement vers cette préférence pour les plus nécessiteux ». Cette priorité donnée aux pauvres doit notamment se traduire dans la distribution du futur vaccin à tous, et pas seulement aux populations les plus riches. Ainsi, « la solidarité est précisément une voie pour sortir meilleurs de la crise », passant notamment par une réforme du système économique. Et c’est sur cette solidarité, « roc du bien commun », qu’une nouvelle société « saine, inclusive, juste et pacifique » pourra émerger.

Cependant, alerte le pape, une telle reconstruction ne pourra advenir sans une attention particulière à la « maison commune », c’est-à-dire à la planète et à tout ce qui y vit. « Nos frères les plus pauvres et notre mère la terre gémissent à cause des dommages et de l’injustice que nous avons provoqués, et ils réclament une autre route. » Il faut donc « prendre soin » de la terre, non sans avoir auparavant pris le temps de la « contemplation » afin de constater que « nous sommes à l’intérieur de la nature, nous faisons partie de la nature ».

Tous, explique-t-il encore, doivent être impliqués dans « ce processus de guérison ». Y compris les « corps intermédiaires » dont les familles et les associations. Mais aussi les plus pauvres eux-mêmes, dans le respect du « principe de subsidiarité » cher au pape. « Le premier pas est de laisser les pauvres te dire comment ils vivent, de quoi ils ont besoin : il faut laisser parler tout le monde ! »

Doux rêveur, le pape ? François assume : « Encourageons-nous à rêver, cherchant ces idéaux, dit-il. N’essayons pas de reconstruire le passé, en particulier celui qui était déjà injuste et déjà malade. »

 

« LE RAGOT EST UNE PESTE PIRE QUE LA COVID »

Angélus du 6 septembre 2020 © Vatican Media

            « Le ragot est une peste pire que la Covid ! »

Le pape recommande « silence et prière »
pour ceux qui agissent mal

« Le ragot est une peste pire que la Covid ! Faisons un effort : pas de médisance », a insisté le pape François en célébrant l’angélus de ce dimanche 6 septembre 2020. Il a recommandé « silence et prière » pour ceux qui agissent mal, mais « jamais de médisance ».

Méditant sur l’Évangile du jour depuis une fenêtre du palais apostolique donnant place Saint-Pierre, le pape a invité à remettre les chrétiens qui ne reconnaissent pas leur faute « entre les mains de Dieu » : « Il faut un amour plus grand pour retrouver ce frère. »

« Les médisances, a-t-il aussi mis en garde, ferment le cœur à la communauté, empêchent l’unité de l’Eglise. Le grand bavard c’est le diable, qui dit toujours de mauvaises choses sur les autres. »

Voici notre traduction de sa méditation.

Paroles du pape à l’angélus

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’Évangile de ce dimanche (cf. Mt 18,15-20) est tiré du quatrième discours de Jésus dans le récit de Matthieu, connu comme discours “communautaire” ou “ecclésial”. Le passage d’aujourd’hui parle de la correction fraternelle, et nous invite à réfléchir sur la double dimension de l’existence chrétienne : la dimension communautaire, qui exige la protection de la communion, c’est-à-dire l’unité de l’Eglise, et la dimension personnelle, qui impose de l’attention et du respect pour toute conscience individuelle.

Pour corriger son frère qui a commis une faute, Jésus suggère une pédagogie du rattrapage. La pédagogie de Jésus est toujours pour nos récupérer, il cherche toujours à nous retrouver, nous sauver. Et cette pédagogie est articulée en trois passages. Il dit en premier lieu : « Va lui faire des reproches seul à seul. » (v. 15), c’est-à-dire sans faire étalage de son péché. Il s’agit d’aller voir son frère discrètement, non pas pour le juger mais pour l’aider à se rendre compte de ce qu’il a fait. Nous avons souvent eu cette expérience : quelqu’un vient et nous dit : “Mais, écoute, là tu t’es trompé. Tu devrais changer un peu comme cela”. Nous nous fâchons peut-être au début, mais ensuite nous remercions, parce c’est un geste de fraternité, de communion, d’aide, de récupération.

Il n’est pas facile de mettre en pratique cet enseignement de Jésus, pour différentes raisons. Nous craignons que notre frère ou notre sœur réagisse mal ; parfois la confiance n’est pas suffisante entre nous et lui ou elle… Et d’autres raisons. Mais à chaque fois que nous avons fait cela, nous avons senti que c’était le chemin du Seigneur.

Cependant, il peut arriver que, malgré mes bonnes intentions, la première intervention échoue. Dans ce cas il est bon de ne pas renoncer – et de dire “qu’il se débrouille je m’en lave les mains”. Non, ce n’est pas chrétien. Ne pas renoncer, mais recourir à l’appui d’un autre frère ou d’une autre sœur. Jésus dit : «S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.» (v. 16). C’est un précepte de la loi mosaïque (cf. Dt 19,15). Bien que cela puisse sembler contre l’accusé, cela servait en réalité à le protéger de faux accusateurs. Mais Jésus va au-delà : les deux témoins sont sollicités non pas pour accuser et juger, mais pour aider. “Mettons-nous d’accord, toi et moi, allons parler à celui-ci, à celle-ci qui se trompe, qui se ridiculise. Allons lui parler en frères”. C’est la main tendue que Jésus nous demande. Jésus envisage que cette deuxième approche avec les témoins peut également échouer, à la différence de la loi mosaïque, pour laquelle le témoignage de deux ou trois était suffisant pour la condamnation.

En effet, même l’amour de deux ou trois frères peut être insuffisant, parce qu’il ou elle est têtu. Dans ce cas – ajoute Jésus –, « dis-le à l’assemblée de l’Église » (v. 17). Dans certaines situations, toute la communauté est impliquée. Il y a des choses qui ne peuvent pas laisser les autres frères indifférents : il faut un amour plus grand pour retrouver ce frère. Mais parfois, même cela ne suffit pas. Jésus dit : « S’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. » (ibid.). Cette expression, en apparence si méprisante, invite en réalité à remettre ce frère entre les mains de Dieu : seul le Père pourra montrer un amour plus grand que celui de tous les frères rassemblés.

Cet enseignement de Jésus nous aide beaucoup, car – pensons à un exemple – quand nous voyons une faute, un défaut, une chute chez ce frère ou cette sœur, habituellement la première chose que nous faisons est d’aller le raconter aux autres, en médisant. Et les médisances ferment le cœur à la communauté, empêchent l’unité de l’Eglise. Le grand bavard c’est le diable, qui dit toujours de mauvaises choses sur les autres, car il est le menteur qui cherche à désunir l’Eglise, à éloigner les frères et à ne pas faire communauté. S’il vous plaît, frères et sœurs, faisons un effort pour ne pas médire. Le ragot est une peste pire que la Covid ! Faisons un effort : pas de médisance. Voilà l’amour de Jésus, qui a accueilli des publicains et des païens, en scandalisant les bien-pensants de l’époque. Il ne s’agit pas d’une condamnation sans appel, mais de reconnaître que parfois, nos tentatives humaines peuvent échouer, et que seul le fait de se trouver devant Dieu peut mettre notre frère face à sa conscience et à la responsabilité de ses actes. Si ça ne va pas, silence et prière pour le frère ou pour la sœur qui se trompent, mais jamais de médisance.

Que la Vierge Marie nous aide à faire de la correction fraternelle une saine habitude, afin que dans nos communautés l’on puisse instaurer de nouvelles relations fraternelles, fondées sur le pardon réciproque et surtout sur la force invincible de la miséricorde de Dieu.

© Traduction de Zenit, Anne Kurian-Montabone

Prière spéciale du pape
pour les malades du coronavirus

En célébrant la Passion du Seigneur, ce 10 avril 2020, le pape François a prié spécialement pour les malades du Coronavirus Covid-19 : une intention de prière ajoutée exceptionnellement cette année à la dizaine d’intentions traditionnelles du Vendredi Saint.

« Prions, a invité le diacre, pour tous ceux qui souffrent des conséquences de la pandémie actuelle: que Dieu notre Père accorde la santé aux malades, la force au personnel soignant, le réconfort aux familles et le salut à toues les personnes qui ont trouvé la mort. »

Le pape a alors prié :

« Dieu éternel et tout-puissant, refuge de ceux
qui souffrent,
regarde avec compassion la détresse
de tes enfants atteints par cette pandémie,

soulage la douleur des malades,
donne la force à ceux qui les soignent,
accueille dans ta paix ceux qui sont mort,
et, en ce temps d’épreuve,
accorde à tous le réconfort de ta miséricorde.
Par le Christ, notre Seigneur.
Amen. »

Bénédiction Urbi et Orbi

Semaine Sainte:
le pape François encourage les familles

La « tendresse » et la « créativité de l’amour »

Le pape François adresse ses encouragements aux familles en ce temps de confinement, et il lance un appel à la « créativité de l’amour ». A l’avant-veille de la Semaine Sainte, il rappelle la foi dans la victoire du Christ sur la mort, source d’une espérance « qui ne déçoit pas ». Il recommande des gestes de tendresse pour faire un bon usage de ce temps de souffrance. Il salue les « héros » quotidiens et de chaque heure que cette épreuve suscite.

Le message vidéo, de moins de cinq minutes, dans lequel le pape parle en italien – et non pas en espagnol comme dans La Vidéo du Pape – a été publié par le Vatican ce vendredi 3 avril 2020 peu après 20h: le pape souhaite à tous un bon dîner.

Nous avons repris ci-dessous, thème par thème, les paroles du pape François transcrites et traduites par nous.

Des héros, à chaque heure du jour

Le pape a évoqué la vie nouvelle vécue par les familles du fait de la pandémie et toutes les personnes auxquelles il pense: « Chers amis, bonsoir! Ce soir, j’ai la possibilité d’entrer dans vos maisons d’une façon hors de l’ordinaire. Si vous le permettez je voudrais parler avec vous quelques instants en cette période de difficultés et de souffrances. Je vous imagine dans vos famille en train de vivre une vie inhabituelle pour éviter la contagion. Je pense à la vivacité des enfants, des adolescents, qui ne peuvent pas sortir, fréquenter l’école, avoir leur vie. J’ai dans le coeur toutes les familles spécialement celles qui ont une personne chère malade, ou qui ont hélas connu des deuils en raison du coronavirus ou d’autres causes. Ces jours-ci je pense souvent aux personnes seules, pour lesquelles c’est plus difficile d’affronter ces moments. Surtout, je pense aux personnes âgées qui me sont si chères. Je ne peux pas oublier qui est malade du coronavirus, les personnes hospitalisées. J’ai présente à l’esprit la générosité de qui s’expose pour soigner cette pandémie et pour garantir les services essentiels de la société. Combien de héros, de chaque jour, chaque heure! Je pense aussi à ceux qui souffrent de restrictions économiques, et je suis préoccupé pour le travail et pour l’avenir. Ma pensée va aussi vers les détenus dans les prisons à la douleur desquels s’ajoute la peur de la pandémie,  pour eux-mêmes et pour leurs proches. Je pense aux sans-abri, qui n’ont pas de maison pour les protéger. »

La créativité de l’amour

Le pape a suggéré qu’il était possible de faire un bon usage de ce temps (très) difficile, avec la « créativité de l’amour »: « C’est un moment difficile pour nous tous. Pour beaucoup, c’est très difficile. Le pape le sait et par ces paroles il veut dire à tous sa proximité et son affection. Cherchons, si nous le pouvons d’utiliser ce temps au mieux: soyons généreux, aidons qui en a besoin autour de nous, cherchons éventuellement par téléphone, ou par les réseaux sociaux, les personnes les plus seules, prions le Seigneur pour ceux qui sont éprouvés, en Italie et dans le monde. Même si nous sommes isolés, la pensée et l’esprit peuvent aller loin, grâce à la créativité de l’amour. C’est ce dont on a besoin aujourd’hui, la créativité de l’amour. »

La victoire du Christ

A l’approche de Pâques, le pape rappelle la victoire du Christ sur la mort : »Nous célébrerons de la Semaine Sainte d’une manière vraiment inhabituelle: elle manifeste et résume de message de l’Evangile, celui de l’amour de Dieu, sans limites. Dans le silence de nos villes, l’Evangile de Pâques résonnera. L’apôtre Paul dit: « Il est mort pour tous afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. En Jésus ressuscité, la vie a vaincu la mort. Cette fois pascale nourrit notre espérance. »

L’espérance ne déçoit pas

Et le pape a invité à l’espérance: « Je voudrais la partager avec vous ce soir. C’est l’espérance de temps meilleurs, où être nous-mêmes meilleurs, enfin libérés du mal et de cette pandémie. C’est une espérance. L’espérance ne déçoit pas. Ce n’est pas une illusion, c’est une espérance. Les uns à côté des autres, dans l’amour et dans la patience, nous pouvons préparer ces jours-ci des temps meilleurs. »

Un geste de tendresse

Sur un ton qui rappelle le « discours à la lune » de saint Jean XXIII qui disait, le 11 octobre 1962, aux parents de rapporter chez eux une caresse du pape pour leurs enfants, le pape François a ajouté: « Je vous remercie de m’avoir permis d’entrer dans vos maisons. Faites un geste de tendresse pour qui souffre, pour les enfants, pour les personnes âgées. Dites-leur que le pape est proche et prie pour que le Seigneur nous libère vite tous de ce mal. Et vous, priez pour moi. Bon dîner. A bientôt. »

Publié le 4 avril 2020 par Zenit

Traduction par Anita Bourdin :
Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (Bruxelles), théologie biblique (Rome), lettres classiques (Paris).

Message du pape françois aux jeunes servants d'autel de France
Dans un message vidéo enregistré exceptionnellement en langue française, le Pape invite les jeunes servants d'autel de France à un pèlerinage qui se tiendra à Rome du 24 au 28 août 2020. Voici le texte de ce message du Pape François: «Cher ami, Je suis heureux de m'adresser à toi, qui assures dans ta paroisse le service de l'autel, pour t'inviter à participer au grand pèlerinage des servants d'autel, organisé par l'Eglise de France à Rome, l'été prochain. Le Seigneur Jésus t'a appelé à le servir dans la liturgie de la Messe. C'est une occasion unique pour toi de le rencontrer, de l'aimer davantage, de t'engager pour lui. Mais, tu l'as remarqué, la Messe se termine par les paroles du prêtre : «Allez !» Après avoir servi Jésus à la Messe, nous sommes tous appelés à le servir dans notre vie de tous les jours, dans la rencontre avec nos frères et sœurs: nous sommes envoyés en mission. Nous sommes envoyés en mission, n’oublie pas ! En participant à ce pèlerinage à Rome tu te rendras sur les tombeaux de Saint Pierre et de Saint Paul, eux aussi envoyés en mission par Jésus, et qui ont donné ici leur vie pour lui. Leur courageux témoignage sera pour toi un encouragement à persévérer dans ton engagement et dans ta vie chrétienne, malgré les contradictions et les critiques que tu rencontres peut-être autour de toi, malgré les questions que tu te poses, malgré les efforts que cela te demande. Nous aurons la joie de nous rencontrer, tous ensemble. Et tu rencontreras aussi d'autres jeunes que tu ne connais pas encore, mais qui accomplissent le même service, partagent la même foi. Invite aussi ceux qui auraient envie de s'engager comme toi ! On n'est pas chrétien tout seul : tous ensemble on est plus fort, on a plus de courage, on va plus loin. Je t'attends donc à Rome, du 24 au 28 août de l’année prochaine. D'ici là, je prie pour toi et pour tous ceux qui t'entourent, et, je te le demande, n'oublie pas de prier pour moi. J’en ai besoin, ce travail n’est pas facile ! Que la Vierge Marie te garde et que Dieu te bénisse !»

Le pape François écrit aux jeunes du monde:
« Christus vivit »

Neuf chapitres pour les jeunes et pour tous

« Il est vivant ! » : le pape François adresse aux jeunes du monde entier – et pas seulement les catholiques – une vraie « lettre » pour leur parler du Dieu qui lui a parlé dès sa jeunesse, est toujours « jeune » et l’ « ami » des jeunes. Elle est publiée ce mardi 2 aveil 2019, en l’anniversaire de la mort de saint Jean-Paul II, le pape des JMJ, et auteur de « Ma vocation, don et mystère ».

Cette lettre en guise d’ « exhortation apostolique post-synodale » est une façon inédite pour un pape de nouer la gerbe du synode des évêquess d’octobre 2018 sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations ».

Signée le 25 mars dernier, dans la maison de la Vierge Marie à Lorette, elle s’intitule : « Il vit, le Christ ». Le titre se prolonge : « notre espérance », « il est la plus belle jeunesse de ce monde ».

« Il te veut vivant »

Le pape lance en le tutoyant un appel à la vie pour le jeune qui le lit : « Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. Les premières paroles que je voudrais adresser à chacun des jeunes chrétiens sont donc : Il vit et il te veut vivant ! »

Deuxième point. Le Vivant est présent, toujours et partout : « Il est en toi, il est avec toi et jamais ne t’abandonne. Tu as beau t’éloigner, le Ressuscité est là, t’appelant et t’attendant pour recommencer. Quand tu te sens vieilli par la tristesse, les rancœurs, les peurs, les doutes ou les échecs, il sera toujours là pour te redonner force et espérance. »

Elle est faite de « certaines convictions de foi », pour encourager « à grandir en sainteté et dans l’engagement de sa propre vocation ». Le synode avait pour titre on s’en souvient : « Les jeunes, la foi et le discernement des vocations ».

Troisième point. Cette lettre profitera aussi à tout le Peuple de Dieu : « Je m’adresse en même temps à tout le peuple de Dieu, à ses pasteurs et à ses fidèles, car la réflexion sur les jeunes et pour les jeunes nous interpelle et nous stimule tous ».

Une lettre à « mille voix »

Le ton est donné : le pape raconte aux jeunes le Christ qui est vivant, en 168 petites pages, en 9 chapitres et 299 paragraphes. Le pape y inclut des « propositions » du synode qui lui ont semblées « significatives », en sorte que cette lettre se révèle être à « mille voix » avec des « croyants du monde entier » et même des  « jeunes non croyants, qui ont voulu y prendre part », « ont soulevé des questions qui ont suscité en moi de nouvelles interrogations ».

Il conclut en leur demandant de « courir ! » : « Chers jeunes, je serai heureux en vous voyant courir plus vite qu’en vous voyant lents et peureux. Courez, « attirés par ce Visage tant aimé, que nous adorons dans la sainte Eucharistie et que nous reconnaissons dans la chair de notre frère qui souffre. Que l’Esprit Saint vous pousse dans cette course en avant. L’Église a besoin de votre élan, de vos intuitions, de votre foi. Nous en avons besoin! Et quand vous arriverez là où nous ne sommes pas encore arrivés, ayez la patience de nous attendre »

La Parole de Dieu parle des jeunes

Le premier chapitre est biblique (nn. 5-21). Elle braque sa caméra sur ces jeunes qui font la Bible et sont encore vivants en quelque sorte( dans la vie de l’Eglise : Joseph, Gédéon, Samuel, David, Salomon, Jérémie,  la jeune et sage servante de Naman le Syrien, la jeune Ruth, aux côtés de Noémie.

Le « jeune » fils prodigue, le « jeune pécheur », Jésus lui-même « l’éternel jeune », Timothée : « Que personne ne méprise ton jeune âge ». Les jeunes filles prudentes… Le fils de la veuve…

« Jésus Christ toujours jeune »

Au chapitre 2 (nn. 22-63), le pape parcourt ensuite les Evangiles à la recherche de la « jeunesse de Jésus » soulignant la relation de Jésus avec « le Père » tout en étant un « jeune homme ordinaire de son peuple ».  « Ces aspects de la vie de Jésus peuvent inspirer tout jeune qui grandit et se prépare pour réaliser sa mission » fait observer le pape.

Il ajoute : « Vous les jeunes, Jésus ne vous éclaire pas de loin ou du dehors, mais dans votre jeunesse même qu’il partage avec vous. » Plus encore « Jésus est ressuscité et il veut nous faire participer à la nouveauté de sa résurrection ».

Quant à l’Eglise, si « ancienne », « elle peut se renouveler et se rajeunir ». Et le pape suggère cette prière : « Demandons au Seigneur de délivrer l’Église des personnes qui veulent la faire vieillir, la scléroser dans le passé, la figer, l’immobiliser. »

L’Eglise, Marie, les jeunes saints

Il donne le secret de la jeunesse de l’Eglise : « Il est nécessaire que l’Église ne soit pas trop attentive à elle-même mais qu’elle reflète surtout Jésus-Christ. »

Le pape, qui a voulu signer cette lettre de jour de la fête de l’Annonciation, qui rappelle le « oui » de Marie au plan de Dieu, indique Marie comme le « grand modèle pour une Église jeune ».

Les saint jeunes « montrent de quoi sont capables les jeunes quand ils s’ouvrent à la rencontre avec le Christ », fait ensuite observer le pape qui cite Sébastien, François d’Assise, Jeanne d’Arc, André Phû Yên (Vietnam), Kateri Tekakwita, Dominique Savio, Thérèse de Lisieux, Ceferino Namancura, (Argentine), Isidore Bakanja (Congo), Pier Giorgio Frassati, Marcel Callo, Chiara Badano, et « beaucoup d’autres jeunes qui ont vécu à fond l’Evangile dans le silence et l’anonymat ».

Les jeunes, « aujourd’hui de Dieu », leur souffrance

Le pape François insiste au chapitre 3 (nn. 64-110) sur le fait que les jeunes ne sont pas « l’avenir » mais « le présent » du monde, et qu’ils représentent une « pluralité » de jeunesses, avec une répartition inégale selon les pays et les continents. Et il met en garde : « la « jeunesse » n’existe pas », mais « des jeunes avec leurs vies concrètes » et qui « grandissent dans un monde en crise ».

Beaucoup « souffrent de marginalisation et d’exclusion sociale », spécialement pour les jeunes femmes, constate le pape, avec le synode et il cite « la situation difficile d’adolescentes et de jeunes filles qui se trouvent enceintes, la plaie de l’avortement, de même que la diffusion du VIH, les diverses formes de dépendance (drogues, jeux de hasard, pornographie, etc.) et la situation des enfants et des jeunes de la rue, qui n’ont ni maison, ni famille, ni ressources économiques ». Cette souffrance est parfois « déchirante et elle « nous gifle ».

Le pape cite encore le synode sur les questions de la sexualité des jeunes, leurs interrogations et leur « perception du corps ». Mais il y a aussi les « blessures » gravées dans l’âme, le désir de Dieu, de fraternité, et de ces « points de départ » en attente « d’encouragement ».

« Trois thèmes d’une grande importance » 

Le pape aborde ensuite, avec le synode, le numérique, les migrants, les abus. Il invite à un diagnostic précis de la réalité pour fonder la pastorale des jeunes : » « J’exhorte les communautés à examiner, avec respect et sérieux, leur réalité la plus proche concernant la jeunesse, afin de pouvoir discerner les voies pastorales les plus adéquates.

Et aux jeunes il ouvre une espérance : « Je te rappelle la bonne nouvelle que le matin de la Résurrection nous a offert : à savoir qu’il y a une issue à toutes les situations difficiles ou douloureuses. »

« N’oublie pas qu’il y a des jeunes qui sont aussi créatifs, et parfois géniaux » insiste le pape qui cite le jeune italien Carlo Acutis.

Il indique la voie du don de soi : « Tu as besoin de savoir une chose fondamentale: la jeunesse, ce n’est pas seulement la recherche de plaisirs passagers et de succès superficiels. Pour que la jeunesse atteigne sa finalité dans le parcours de ta vie, elle doit être un temps de don généreux, d’offrande sincère, de sacrifice qui coûtent mais qui nous rendent féconds. »

« Dieu est amour »

Au chapitre 4 (nn. 111-133), le pape développe « la grande annonce pour tous les jeunes » : ce que Dieu est –  « Un Dieu qui est Amour » -, ce que Dieu fait – « le Christ qui te sauve » -, pour arriver au cœur du message de cette lettre : « Il est vivant » et cette vie ce communique – « l’Esprit donne la vie » -.

Alors, peuvent s’ouvrir de « chemins de jeunesse », au chapitre 5 (nn. 134-178), car « Dieu est l’auteur de la jeunesse et il œuvre en chaque jeune » qui est appelé à vivre ce « temps de rêves et de choix », d’ « envie de vivre et d’expérimenter ». Et il propose « l’amitié avec le Christ », une amitié « indéfectible », pour affronter « la croissance et le mûrissement », « grandir » en empruntant « des sentiers de fraternité », et en s’engageant, en devenant « des missionnaires courageux ».

Avec des racines

Un thème cher au pape François apparaît au chapitre 6 : « des jeunes avec des racines » (nn. 179-201). Il développe la métaphore de l’arbre qui a besoin de racines pour fleurir et porter du fruit. Cela passe par la relation à la « terre », aux « personnes âgées ». Le pape commente le passage du prophète Joël sur les « vissions » des jeunes et les « songes » des anciens.

« Ne nous laissons entraîner ni par les jeunes qui pensent que les adultes sont un passé qui ne compte plus, déjà caduque, ni par les adultes qui croient savoir toujours comment doivent se comporter les jeunes », avertit le pape qui reprend l’image de la « pirogue » proposée par les jeunes de Samoa.

Le chapitre 7 propose des voies pour le renouveau de la « pastorale des jeunes » (nn. 202-248). Il insiste notamment sur la qualité des « formateurs » et sur, par exemple, les lieux offerts aux jeunes, des lieux qui leur soient propres « qu’ils puissent aménager à leur goût, et où ils puissent entrer et sortir librement, des lieux qui les accueillent et où ils puissent se rendre spontanément et avec confiance à la rencontre d’autres jeunes, tant dans les moments de souffrance ou de lassitude, que dans les moments où ils désirent célébrer leurs joies ».

Le pape met notamment en garde contre « la phobie » du changement, dans les institutions éducatives.

Il encourage l’école catholique comme « essentielle » pour « l’évangélisation des jeunes » et recommande comme principe éducatif le développement de « la capacité à intégrer les savoirs de la tête, du cœur et des mains » : on reconnaît ses recommandation à « Scholas Occurrentes ».

Il recommande d’encourager aussi les capacités des jeunes «à aimer le silence et l’intimité avec Dieu », mais aussi le sport, le rapport à la création…

Le pape incite à promouvoir une « pastorale populaire des jeunes », qui soit « plus ample et plus flexible qui stimule, dans les différents lieux où les jeunes se déplacent, ces leaderships naturels et ces charismes que l’Esprit Saint a déjà semés en eux », de former des « leaders populaires », de créer « des espaces inclusifs », et d’aider les jeunes à devenir « missionnaires ».

L’appel à la vie

Le chapitre 8 était au cœur du synode : « la vocation » (nn. 248-277), un « appel de Dieu » qui inclut « l’appel à la  vie, l’appel à l’amitié avec lui, l’appel à la sainteté », à « être pour les autres ».

Le pape aborde les questions de « l’amour et la famille », du travail : « Je demande aux jeunes de ne pas espérer vivre sans travailler, en dépendant de l’aide des autres ». Et puis au sens précis, le pape invite le jeune à « ne pas exclure la possibilité de se consacrer à Dieu dans le sacerdoce, dans la vie religieuse ou dans d’autres formes de consécration ».

« Le discernement »

Une autre dimension du synode consistait à baliser le « discernement » des vocations : le pape y consacre le dernier chapitre, le chapitre 9 (nn.278-298), renvoyant à « Gaudete et Exsultate ».

Le premier point recommandé par le pape c’est « la formation de la conscience qui permet au discernement de grandir en profondeur et dans la fidélité à Dieu », ce qui « implique de se laisser transformer par le Christ » et de se réserver pour cela « des espaces de solitude et de silence, parce qu’il s’agit d’une décision très personnelle que d’autres ne peuvent pas prendre pour quelqu’un ».

Et puis il faut se poser les bonnes questions : « Il ne faut pas commencer par se demander où l’on pourrait gagner le plus d’argent, ou bien où l’on pourrait obtenir le plus de notoriété et de prestige social, ni commencer par se demander quelles tâches donneraient plus de plaisir à quelqu’un. »

« Il faut reconnaître que cette vocation est l’appel d’un ami : Jésus », rappelle le pape, et pour avancer dans le discernement, il est indispensable de se référer à l’accompagnement spirituel, qui soit attentif « à la personne », dans l’écoute, et justement la capacité à discerner entre « la grâce » ou la « tentation », de façon à ce que le jeune découvre en profondeur « vers quoi » il veut aller.

La liberté spirituelle implique « de susciter et d’accompagner des processus, et non pas d’imposer des parcours », recommande le pape.

Le pape conclut (299) en confiant les jeunes du monde à la force l’Esprit Saint:  » Que l’Esprit Saint vous pousse dans cette course en avant. L’Église a besoin de votre élan, de vos intuitions, de votre foi. Nous en avons besoin!  »

                                                Source Zenit Traduction et texte d'Anita Bourdin

Texte intégral ici : https://fr.zenit.org/articles/le-christ-vit-texte-integral-de-lexhortation-apostolique/

On ne plaisante pas avec l'amour.

 Catéchèse sur le 6e commandement :
« On ne plaisante pas avec l’amour »
(traduction complète)

Pas de relation humaine authentique sans fidélité

« C’est toute la vie qui se joue dans l’amour et on ne plaisante pas avec l’amour », a affirmé le pape François. En effet, « l’être humain a besoin d’être aimé sans conditions ». C’est pourquoi, a expliqué le pape, « aucune relation humaine n’est authentique sans fidélité et loyauté » : « la fidélité est la caractéristique de la relation humaine libre, mûre, responsable. Un ami aussi se démontre authentique parce qu’il reste tel dans n’importe quelle situation, sinon ce n’est pas un ami ».

Le pape François a poursuivi sa catéchèse sur les Commandements, au cours de l’audience générale, sur la Place Saint-Pierre très ensoleillée de ce mercredi 24 octobre 2018, en présence des milliers de pèlerins et de fidèles rassemblés, comme chaque semaine. Il a commenté le sixième commandement : « Tu ne commettras pas d’adultère » : « un rappel immédiat à la fidélité », a-t-il indiqué.

Devant le risque « d’appeler “amour” des relations naissantes et immatures », le pape conseille, avant le mariage, « une préparation soignée, je dirais un catéchuménat » parce que les fiancés « ont besoin de se baser sur le terrain solide de l’amour fidèle de Dieu ». « L’appel à la vie conjugale, insiste le pape, requiert par conséquent un discernement soigné sur la qualité de la relation et un temps de fiançailles pour la vérifier ». Et les fiancés doivent aussi  « mûrir la certitude que la main de Dieu est sur leur lien ».

Voici notre traduction intégrale de la catéchèse en italien du pape François.

HG

Catéchèse du pape François 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre parcours de catéchèses sur les Commandements, nous arrivons aujourd’hui à la sixième parole, qui concerne la dimension affective et sexuelle et qui affirme : « Tu ne commettras pas d’adultère ».

C’est un rappel immédiat à la fidélité et, en effet, aucune relation humaine n’est authentique sans fidélité et loyauté.

On ne peut aimer seulement tant que « cela convient » ; l’amour se manifeste justement au-delà du seuil du profit personnel, quand on donne tout sans réserve. Comme l’affirme le Catéchisme : « L’amour veut être définitif. Il ne peut être “jusqu’à nouvel ordre” » (n.1646). La fidélité est la caractéristique de la relation humaine libre, mûre, responsable. Un ami aussi se démontre authentique parce qu’il reste tel dans n’importe quelle situation, sinon ce n’est pas un ami. Le Christ révèle l’amour authentique, lui qui vit de l’amour sans limite du Père, et en vertu de ceci il est l’Ami fidèle qui nous accueille même quand nous nous trompons et qui veut toujours notre bien, même lorsque nous ne le méritons pas.

L’être humain a besoin d’être aimé sans conditions et celui qui ne reçoit pas cet accueil porte en lui une certaine incomplétude, souvent sans le savoir. Le cœur humain cherche à remplir ce vide avec des succédanés, acceptant des compromis et une médiocrité qui n’ont qu’un vague goût d’amour. Le risque est d’appeler « amour » des relations naissantes et immatures, avec l’illusion de trouver une lumière de vie dans quelque chose qui, dans le meilleur des cas, n’en est qu’un reflet.

Il arrive ainsi que l’on surévalue, par exemple, l’attraction physique qui est en soi un don de Dieu, mais qui est finalisée à préparer la voie à une relation authentique et fidèle avec la personne. Comme le disait saint Jean-Paul II, l’être humain « est appelé à la spontanéité pleine et mûre des relations » qui « est le fruit graduel du discernement des impulsions de son cœur ». C’est quelque chose qui est à conquérir, à partir du moment où chaque être humain « doit avec persévérance et cohérence apprendre ce qu’est la signification du corps » (cf. Catéchèse, 12 novembre 1980).

L’appel à la vie conjugale requiert par conséquent un discernement soigné sur la qualité de la relation et un temps de fiançailles pour la vérifier. Pour accéder au sacrement du mariage, les fiancés doivent mûrir la certitude que la main de Dieu est sur leur lien, lui qui les précède et les accompagne, et qui leur permettra di dire : « Avec la grâce du Christ, je promets de t’être toujours fidèle ». Ils ne peuvent pas se promettre fidélité « dans la joie et dans la douleur, dans la santé et dans la maladie » et de s’aimer et s’honorer tous les jours de leur vie, uniquement sur la base de leur bonne volonté ou de l’espérance que « cela marche ».

Ils ont besoin de se baser sur le terrain solide de l’amour fidèle de Dieu. Et pour cela, avant de recevoir le sacrement du mariage, il faut une préparation soignée, je dirais un catéchuménat, parce que c’est toute la vie qui se joue dans l’amour et on ne plaisante pas avec l’amour. On ne peut appeler « préparation au mariage » trois ou quatre conférences données en paroisse ; non, ce n’est pas une préparation : c’est une fausse préparation. Et la responsabilité de celui qui fait cela retombe sur lui : sur le curé, sur l’évêque qui permet cela. La préparation doit être mûre et il faut du temps. Ce n’est pas un acte formel : c’est un sacrement. Mais il faut le préparer par un véritable catéchuménat.

En effet, la fidélité est une manière d’être, un style de vie. On travaille avec loyauté, on parle avec sincérité, on reste fidèle à la vérité dans ses pensées, dans ses actions. Une vie tissée de fidélité s’exprime dans toutes les dimensions et conduit à être des hommes et des femmes fidèles et fiables en toute circonstance.

Mais pour arriver à une vie aussi belle, notre nature humaine ne suffit pas, il faut que la fidélité de Dieu entre dans notre existence, soit contagieuse. Cette sixième parole nous appelle à poser notre regard sur le Christ qui, par sa fidélité, peut ôter de nous un cœur adultère et nous donner un cœur fidèle. En lui, et en lui seulement, se trouve l’amour sans réserve et sans rétraction, le don complet sans parenthèses et la ténacité de l’accueil jusqu’au bout.

Notre fidélité découle de sa mort et de sa résurrection, la constance dans les relations découle de son amour inconditionnel. La communion entre nous et la capacité à vivre nos liens dans la fidélité découlent de la communion avec lui, avec le Père et avec le Saint-Esprit.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Synode 2018 pour les jeunes

Dicours du pape pour l'ouverture des travaux du synode
« Ne nous laissons pas tenter par les “prophéties de malheur”
(Traduction d'Anita Bourdin pour Zenit)

https://bit.ly/2DWL9nh

«L’espérance nous interpelle»
homélie du pape François à l’ouverture du synode des jeunes
Texte complet de l'homélie traduite par Anita Bourdin pour Zénit)

https://bit.ly/2IDWOWC

                 Le Pape demande un effort spirituel aux catholiques en octobre 2018.  (©darval - stock.adobe.com)

En octobre, le Pape souhaite que les catholiques prient pour l'Église

Le Pape François a demandé à tous les catholiques de prier davantage en ce mois d’octobre, particulièrement pour l'Église et contre le diable qui divise.

Un mois de rosaire pour protéger l’Église en ces temps difficiles. Le Pape François a ainsi transmis à son Réseau Mondial de Prière d’aider tous les fidèles à prier davantage pendant ce mois d’octobre. Après les révélations d’abus sexuels et de pouvoir en tout genre, «il convient de donner plus de temps à la prière» car nous faisons «l’expérience de la désolation par ces plaies ecclésiales», explique le père Frédéric Fornos, cheville ouvrière de l’initiative.

Durant ce mois d’octobre, le Saint-Père demande donc à tous les fidèles un plus grand effort dans la prière personnelle et communautaire. «Il nous invite à prier le Rosaire chaque jour, pour que la Vierge Marie aide l’Eglise en ces temps de crise, et à prier l’Archange Saint Michel afin qu’il la défende des attaques du démon», poursuit le prêtre jésuite.

Entretien avec le père Frédéric Fornos

L’intégralité du communiqué:

Le Pape François a demandé à son Réseau Mondial de Prière d’aider tous les fidèles à prier davantage pendant ce mois d’octobre. Ces dernières années et ces derniers mois, l’Église a vécu des situations difficiles, entre autres la révélation des abus sexuels, de pouvoir et de conscience de la part de clercs, de personnes consacrées et de laïcs, provoquant des divisions internes.

Sans nul doute, elles sont favorisées par le «mauvais esprit» qui trouve complicité en nous : «ennemi mortel de la nature humaine» (Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola, n° 136). Dans la tradition chrétienne, diverses figures représentent la présence et la manifestation du mal dans le monde, par exemple, celle de «Satan», qui en hébreu signifie «adversaire», ou bien celle du diable, «Diabolos» en grec, c'està-dire celui qui divise et sème la discorde. La tradition biblique le nomme aussi le «séducteur du monde», le «père du mensonge», ou «Lucifer», celui qui se présente comme un ange de lumière, mais qui, sous l’apparence du bien, cherche à tromper.

Comme nous l’observons, le mal se manifeste de différentes façons et la mission d’évangélisation de l’Église devient plus difficile, et même discréditée de par nos connivences. Nous portons d’ailleurs une part de responsabilité en nous laissant entraîner par des passions qui n’ouvrent pas à la vraie vie ; parmi elles : la richesse, la vanité et l’orgueil. Ce sont des étapes par lesquelles le mal veut entraîner, et nous séduire. A partir de bonnes pensées et de bonnes intentions il conduit peu à peu les personnes vers ses intentions perverses (discordes, mensonges, etc…)

Le Pape François rappelait dans sa Lettre au Peuple de Dieu, du 20 août 2018 : «"Si un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui"… Lorsque nous faisons l’expérience de la désolation que nous causent ces plaies ecclésiales, avec Marie il nous est bon "de donner plus de temps à la prière" (Saint Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, 319), cherchant à grandir davantage dans l’amour et la fidélité à l’Église». Durant ce mois d’octobre, la Saint-Père demande à tous les fidèles un plus grand effort dans la prière personnelle et communautaire. Il nous invite à prier le Rosaire chaque jour, pour que la Vierge Marie aide l’Église en ces temps de crise, et à prier l’Archange Saint Michel afin qu’il la défende des attaques du démon. Selon la tradition spirituelle, Michel est le chef des armées célestes et le protecteur de l’Église (Apocalypse 12, 7-9)

Le Pape François nous invite à conclure le Rosaire avec une des plus anciennes invocations à la Sainte Mère de Dieu, «Sub Tuum Praesidium», et avec la prière traditionnelle à Saint Michel, écrite par Léon XIII : «Sous l’abri de ta miséricorde, Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers délivre-nous toujours, Vierge glorieuse et bénie. Amen Prière à l’Archange Saint Michel Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat et soyez notre protecteur contre la méchanceté et les embûches du démon. Que Dieu exerce sur lui son empire, nous vous en supplions ; et vous, Prince de la Milice Céleste, par le pouvoir divin qui vous a été confié, précipitez au fond des enfers Satan et les autres esprits mauvais qui parcourent le monde pour la perte des âmes. AMEN.»

Lettre du Pape François au Peuple de Dieu

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor 12,26).

Ces paroles de saint Paul résonnent avec force en mon cœur alors que je constate, une fois encore, la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, commis par un nombre important de clercs et de personnes consacrées. Un crime qui génère de profondes blessures faites de douleur et d’impuissance, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté, qu’elle soit composée de croyants ou d’incroyants. Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables.

1. Si un membre souffre

Ces derniers jours est paru un rapport détaillant le vécu d’au moins mille personnes qui ont été victimes d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience, perpétrés par des prêtres pendant à peu près soixante-dix ans. Bien qu’on puisse dire que la majorité des cas appartient au passé, la douleur de nombre de ces victimes nous est parvenue au cours du temps et nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités et à redoubler d’efforts pour éradiquer cette culture de mort, les blessures ne connaissent jamais de «prescription». La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. Un cri qui fut entendu par le Seigneur en nous montrant une fois encore de quel côté il veut se tenir. Le Cantique de Marie ne dit pas autre chose et comme un arrière-fond, continue à parcourir l’histoire parce que le Seigneur se souvient de la promesse faite à nos pères: «Il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides» (Lc 1, 51-53); et nous ressentons de la honte lorsque nous constatons que notre style de vie a démenti et dément ce que notre voix proclame.

Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. Je fais miennes les paroles de l’alors cardinal Ratzinger lorsque, durant le Chemin de Croix écrit pour le Vendredi Saint de 2005, il s’unit au cri de douleur de tant de victimes en disant avec force: «Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! […] La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu’à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri: Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous (cf. Mt 8, 25)» (Neuvième Station).

2. Tous les membres souffrent avec lui

L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. S’il est important et nécessaire pour tout chemin de conversion de prendre connaissance de ce qui s’est passé, cela n’est pourtant pas suffisant. Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. Si par le passé l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité, entendue dans son acception plus profonde et exigeante, caractérise notre façon de bâtir le présent et l’avenir, en un espace où les conflits, les tensions et surtout les victimes de tout type d’abus puissent trouver une main tendue qui les protège et les sauve de leur douleur (Cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.228). Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, «car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite: la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2Co11,14) » (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.165). L’appel de saint Paul à souffrir avec celui qui souffre est le meilleur remède contre toute volonté de continuer à reproduire entre nous les paroles de Caïn: «Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère?» (Gn 4,9).

Je suis conscient de l’effort et du travail réalisés en différentes parties du monde pour garantir et créer les médiations nécessaires pour apporter sécurité et protéger l’intégrité des mineurs et des adultes vulnérables, ainsi que de la mise en œuvre de la tolérance zéro et des façons de rendre compte de la part de tous ceux qui commettent ou dissimulent ces délits. Nous avons tardé dans l’application de ces mesures et sanctions si nécessaires, mais j’ai la conviction qu’elles aideront à garantir une plus grande culture de la protection pour le présent et l’avenir.

Conjointement à ces efforts, il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. Une telle transformation nécessite la conversion personnelle et communautaire et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur. Ainsi saint Jean-Paul II se plaisait à dire: «Si nous sommes vraiment repartis de la contemplation du Christ, nous devrons savoir le découvrir surtout dans le visage de ceux auxquels il a voulu lui-même s’identifier» (Lett. ap. Novo Millenio Ineunte, n.49). Apprendre à regarder dans la même direction que le Seigneur, à être là où le Seigneur désire que nous soyons, à convertir notre cœur en sa présence. Pour cela, la prière et la pénitence nous aideront. J’invite tout le saint peuple fidèle de Dieu à l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne, conformément au commandement du Seigneur1, pour réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du «jamais plus» à tout type et forme d’abus.

Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie2. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui «annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l'Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple»3. Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.

Il est toujours bon de rappeler que le Seigneur, «dans l’histoire du salut, a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine sans l’appartenance à un peuple. C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine: Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple» (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.6). Ainsi, le seul chemin que nous ayons pour répondre à ce mal qui a gâché tant de vies est celui d’un devoir qui mobilise chacun et appartient à tous comme peuple de Dieu. Cette conscience de nous sentir membre d’un peuple et d’une histoire commune nous permettra de reconnaitre nos péchés et nos erreurs du passé avec une ouverture pénitentielle susceptible de nous laisser renouveler de l’intérieur.

Tout ce qui se fait pour éradiquer la culture de l’abus dans nos communautés sans la participation active de tous les membres de l’Eglise ne réussira pas à créer les dynamiques nécessaires pour obtenir une saine et effective transformation. La dimension pénitentielle du jeûne et de la prière nous aidera en tant que peuple de Dieu à nous mettre face au Seigneur et face à nos frères blessés, comme des pécheurs implorant le pardon et la grâce de la honte et de la conversion, et ainsi à élaborer des actions qui produisent des dynamismes en syntonie avec l’Évangile. Car «chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui» (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.11).

Il est essentiel que, comme Eglise, nous puissions reconnaitre et condamner avec douleur et honte les atrocités commises par des personnes consacrées, par des membres du clergé, mais aussi par tous ceux qui ont la mission de veiller sur les plus vulnérables et de les protéger. Demandons pardon pour nos propres péchés et pour ceux des autres. La conscience du péché nous aide à reconnaitre les erreurs, les méfaits et les blessures générés dans le passé et nous donne de nous ouvrir et de nous engager davantage pour le présent sur le chemin d’une conversion renouvelée.

En même temps, la pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux. Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées. Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. Un jeûne qui nous secoue et nous fasse nous engager dans la vérité et dans la charité envers tous les hommes de bonne volonté et envers la société en général, afin de lutter contre tout type d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience.

De cette façon, nous pourrons rendre transparente la vocation à laquelle nous avons été appelés d’être «le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain» (Conc. OEcum. Vat.II, Lumen Gentium, n.1).

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui », nous disait saint Paul. Au moyen de la prière et de la pénitence, nous pourrons entrer en syntonie personnelle et communautaire avec cette exhortation afin que grandisse parmi nous le don de la compassion, de la justice, de la prévention et de la réparation. Marie a su se tenir au pied de la croix de son fils. Elle ne l’a pas fait de n’importe quelle manière mais bien en se tenant fermement debout et à son coté. Par cette attitude, elle exprime sa façon de se tenir dans la vie. Lorsque nous faisons l’expérience de la désolation que nous causent ces plaies ecclésiales, avec Marie il nous est bon «de donner plus de temps à la prière» (S. Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, 319),cherchant à grandir davantage dans l’amour et la fidélité à l’Eglise. Elle, la première disciple, montre à nous tous qui sommes disciples comment nous devons nous comporter face à la souffrance de l’innocent, sans fuir et sans pusillanimité. Contempler Marie c’est apprendre à découvrir où et comment le disciple du Christ doit se tenir.

Que l’Esprit Saint nous donne la grâce de la conversion et l’onction intérieure pour pouvoir exprimer, devant ces crimes d’abus, notre compassion et notre décision de lutter avec courage.

Du Vatican, le 20 août 2018.

FRANÇOIS

JOIE PRIÈRE GRATITUDE
TROIS ATTITUDES POUR PREPARER NOEL

Joie, prière, gratitude

Joie, prière, gratitude, ce sont les trois attitudes que le pape François a recommandées pour se préparer à Noël, lors de l’angélus du troisième Dimanche de l’Avent, ce 17 décembre 2017.

Introduisant la prière mariale depuis une fenêtre du palais apostolique donnant place Saint-Pierre, en présence de quelque 25 000 personnes, le pape a souligné que « la joie du chrétien ne s’achète pas, elle ne peut pas s’acheter : elle vient de la foi et de la rencontre avec Jésus Christ, raison de notre bonheur ».

« Plus nous sommes enracinés en Christ, plus nous retrouvons la sérénité intérieure, même au milieu des contradictions quotidiennes », a-t-il affirmé : le chrétien « ne peut pas être un prophète de malheur, mais un témoin et un héraut de joie. Une joie à partager avec les autres ; une joie contagieuse qui rend le chemin de la vie moins pénible ».

Voici notre traduction des paroles que le pape a prononcées avant l’angélus.

Paroles du pape François avant l’angélus

Chers frères et sœurs, bonjour !

Ces derniers dimanches, la liturgie a souligné ce que signifie se mettre dans une attitude de veille et ce qu’implique concrètement de préparer le chemin du Seigneur. Dans ce troisième dimanche de l’Avent, dit “dimanche de la joie” (Gaudete), la liturgie nous invite à saisir l’esprit avec lequel tout cela arrive, c’est-à-dire, justement, la joie. Saint Paul nous invite à préparer la venue du Seigneur en assumant trois attitudes. Ecoutez-bien : trois attitudes. D’abord, la joie constante ; deuxièmement, la prière persévérante ; troisièmement, l’action de grâce continuelle. Joie constante, prière persévérante, action de grâce continuelle.

La première attitude est la joie constante : « soyez toujours dans la joie » (1 T 5,16), dit saint Paul. Cela signifie rester toujours dans la joie, même quand les choses ne vont pas selon nos désirs ; mais il y a cette joie profonde, qui est la paix  : elle est aussi joie, elle est à l’intérieur. Et la paix est une joie “au niveau du sol”, mais c’est une joie. Les angoisses, les difficultés et les souffrances traversent la vie de chacun, nous les connaissons tous ; et si souvent, la réalité qui nous entoure semble être inhospitalière et aride, semblable au désert dans lequel résonnait la voix de Jean le Baptiste, comme le rappelle l’Evangile d’aujourd’hui (cf. Jn 1,23). Mais justement, les paroles du Baptiste révèlent que notre joie s’appuie sur la certitude que ce désert est habité : « au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (v. 26). Il s’agit de Jésus, l’envoyé du Père qui vient, comme le souligne Isaïe, « annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » (61,1-2). Ces paroles, que Jésus fera siennes dans le discours de la synagogue de Nazareth (cf. Lc 4,16-19), précisent que sa mission dans le monde consiste dans la libération du péché et des esclavages personnels et sociaux qu’il produit. Il est venu sur la terre pour redonner aux hommes la dignité et la liberté des enfants de Dieu, que Lui seul peut communiquer, et pour donner la joie, par cela.

La joie qui caractérise l’attente du Messie se fonde sur la prière persévérante : c’est la deuxième attitude. Saint Paul dit : « Priez sans relâche » (1 Ts 5,17). Par la prière, nous pouvons entrer dans une relation stable avec Dieu, qui est la source de la vraie joie. La joie du chrétien ne s’achète pas, elle ne peut pas s’acheter : elle vient de la foi et de la rencontre avec Jésus Christ, raison de notre bonheur. Plus nous sommes enracinés en Christ, plus nous retrouvons la sérénité intérieure, même au milieu des contradictions quotidiennes. Pour cela le chrétien, en ayant rencontré Jésus, ne peut pas être un prophète de malheur, mais un témoin et un héraut de joie. Une joie à partager avec les autres ; une joie contagieuse qui rend le chemin de la vie moins pénible.

La troisième attitude indiquée par Paul est l’action de grâce continuelle, c’est-à-dire l’amour reconnaissant vis-à-vis de Dieu. Il est en effet très généreux avec nous, et nous sommes invités à toujours reconnaître ses bienfaits, son amour miséricordieux, sa patience et sa bonté, en vivant ainsi dans une action de grâce incessante.

Joie, prière et gratitude sont trois attitudes qui nous préparent à vivre Noël de façon authentique. Joie, prière, gratitude. Disons-le tous ensemble : joie, prière et gratitude [La foule répète]. Encore une fois ! [Ils répètent] Dans cette dernière étape du temps de l’Avent, nous nous confions à l’intercession maternelle de la Vierge Marie. Elle est “cause de notre joie”, non seulement parce qu’elle a fait naître Jésus, mais parce qu’elle nous renvoie constamment à Lui.

Traduction de Zenit, Anne Kurian

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sofia sofia | Réponse 06.01.2020 13.30

Mon mari a changé radicalement vers moi, ne communique plus. Il me manque de respect et m'accuse faussement d'infidélité à cause de potins méchants ... mais je suis simplement stupéfait par les résultats du prêtre manuka qui a fait le charme de la réunion

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Commentaires

25.08 | 11:19

paroissienne futur proche

...
29.06 | 11:02

Bonjour Monsieur Jean-Baptiste LUCAS?
Je vous ai adressé un message internet (courriel) sur votre boîte personnel.
SVP l'avez-vous bien reçu ?
Merci d'avance

...
18.02 | 11:33

Bonjour serais t-il possible d'avoir les date pour cette année pour batise une petite emma qui est née le 23 décembre 2019 on est de bourseul merci

...
18.01 | 10:24

Bonjour,
Je souhaiterais connaître les dates et lieux de baptême pour un enfant de moins de 2 ans en mai/juin 2020. Merci

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