La parole du pape François

Des blessures qui « ne connaîtront jamais de ‘prescription’ »

Message du Pape François aux évêques de France,
 pour l’Assemblée plénière de novembre 2018 à Lourdes

Publié le 6 novembre 2018

Des blessures qui « ne connaîtront jamais de ‘prescription’ »

Son Excellence Monseigneur Georges Pontier, président de la Conférence des Evêques de France,

A l’occasion de l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, réunie à Lourdes, Sa Sainteté le Pape François tient à vous assurer de sa prière et de sa proximité spirituelle.

Dans un contexte rendu difficile, à cause notamment des fautes graves commises par certains membres de l’Église, le Saint-Père vous encourage à persévérer dans votre lutte contre la pédophilie, sans jamais oublier de reconnaître et de soutenir l’humble fidélité au quotidien vécue, avec la grâce de Dieu, par tant de prêtres, de religieux et de religieuses, de consacrés et de fidèles laïcs.

Que l’accueil et l’écoute des victimes, dont les blessures ne connaîtront jamais de ‘prescription’, puissent affermir votre détermination dans la mise en œuvre de la tolérance zéro et votre travail pour que « chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin » (Cf. Lettre au Peuple de Dieu, 20 aout 2018).

Le Pape tient aussi à s’associer à votre action de grâce pour tout ce que l’Eglise en France a déjà accompli au service de l’accompagnement et de l’évangélisation des jeunes, en particulier au sein de l’Enseignement catholique.

Dans cet élan, il vous invite à invoquer fortement l’Esprit Saint pour que les travaux du récent Synode contribuent, en France et dans le monde, à ouvrir « des voies nouvelles en syntonie avec [les] attentes [des jeunes] et avec la recherche de d’une spiritualité profonde et d’un sens d’appartenance plus concret » (Evangelii gaudium, n.105).

Enfin, le Saint-Père vous encourage à promouvoir une culture de la rencontre au sein de la société française, en reconnaissant notamment ces pierres d’attente qui peuvent contribuer à faire jaillir l’eau vive de Jésus-Christ dans le cœur de nos contemporains qui continuent à chercher la réponse à la question du sens de la vie.

Avec cette espérance, en confiant les évêques de France, ainsi que leurs collaborateurs et leurs diocésains à l’intercession de Notre Dame de Lourdes, de sainte Bernadette et de tous les saints qui ont marqué l’histoire de votre pays, le Saint-Père vous adresse de grand cœur la Bénédiction apostolique.

Cardinal Pietro Parolin

On ne plaisante pas avec l'amour.

 

Catéchèse sur le 6e commandement :
« On ne plaisante pas avec l’amour »
(traduction complète)

Pas de relation humaine authentique sans fidélité

« C’est toute la vie qui se joue dans l’amour et on ne plaisante pas avec l’amour », a affirmé le pape François. En effet, « l’être humain a besoin d’être aimé sans conditions ». C’est pourquoi, a expliqué le pape, « aucune relation humaine n’est authentique sans fidélité et loyauté » : « la fidélité est la caractéristique de la relation humaine libre, mûre, responsable. Un ami aussi se démontre authentique parce qu’il reste tel dans n’importe quelle situation, sinon ce n’est pas un ami ».

Le pape François a poursuivi sa catéchèse sur les Commandements, au cours de l’audience générale, sur la Place Saint-Pierre très ensoleillée de ce mercredi 24 octobre 2018, en présence des milliers de pèlerins et de fidèles rassemblés, comme chaque semaine. Il a commenté le sixième commandement : « Tu ne commettras pas d’adultère » : « un rappel immédiat à la fidélité », a-t-il indiqué.

Devant le risque « d’appeler “amour” des relations naissantes et immatures », le pape conseille, avant le mariage, « une préparation soignée, je dirais un catéchuménat » parce que les fiancés « ont besoin de se baser sur le terrain solide de l’amour fidèle de Dieu ». « L’appel à la vie conjugale, insiste le pape, requiert par conséquent un discernement soigné sur la qualité de la relation et un temps de fiançailles pour la vérifier ». Et les fiancés doivent aussi  « mûrir la certitude que la main de Dieu est sur leur lien ».

Voici notre traduction intégrale de la catéchèse en italien du pape François.

HG

Catéchèse du pape François 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre parcours de catéchèses sur les Commandements, nous arrivons aujourd’hui à la sixième parole, qui concerne la dimension affective et sexuelle et qui affirme : « Tu ne commettras pas d’adultère ».

C’est un rappel immédiat à la fidélité et, en effet, aucune relation humaine n’est authentique sans fidélité et loyauté.

On ne peut aimer seulement tant que « cela convient » ; l’amour se manifeste justement au-delà du seuil du profit personnel, quand on donne tout sans réserve. Comme l’affirme le Catéchisme : « L’amour veut être définitif. Il ne peut être “jusqu’à nouvel ordre” » (n.1646). La fidélité est la caractéristique de la relation humaine libre, mûre, responsable. Un ami aussi se démontre authentique parce qu’il reste tel dans n’importe quelle situation, sinon ce n’est pas un ami. Le Christ révèle l’amour authentique, lui qui vit de l’amour sans limite du Père, et en vertu de ceci il est l’Ami fidèle qui nous accueille même quand nous nous trompons et qui veut toujours notre bien, même lorsque nous ne le méritons pas.

L’être humain a besoin d’être aimé sans conditions et celui qui ne reçoit pas cet accueil porte en lui une certaine incomplétude, souvent sans le savoir. Le cœur humain cherche à remplir ce vide avec des succédanés, acceptant des compromis et une médiocrité qui n’ont qu’un vague goût d’amour. Le risque est d’appeler « amour » des relations naissantes et immatures, avec l’illusion de trouver une lumière de vie dans quelque chose qui, dans le meilleur des cas, n’en est qu’un reflet.

Il arrive ainsi que l’on surévalue, par exemple, l’attraction physique qui est en soi un don de Dieu, mais qui est finalisée à préparer la voie à une relation authentique et fidèle avec la personne. Comme le disait saint Jean-Paul II, l’être humain « est appelé à la spontanéité pleine et mûre des relations » qui « est le fruit graduel du discernement des impulsions de son cœur ». C’est quelque chose qui est à conquérir, à partir du moment où chaque être humain « doit avec persévérance et cohérence apprendre ce qu’est la signification du corps » (cf. Catéchèse, 12 novembre 1980).

L’appel à la vie conjugale requiert par conséquent un discernement soigné sur la qualité de la relation et un temps de fiançailles pour la vérifier. Pour accéder au sacrement du mariage, les fiancés doivent mûrir la certitude que la main de Dieu est sur leur lien, lui qui les précède et les accompagne, et qui leur permettra di dire : « Avec la grâce du Christ, je promets de t’être toujours fidèle ». Ils ne peuvent pas se promettre fidélité « dans la joie et dans la douleur, dans la santé et dans la maladie » et de s’aimer et s’honorer tous les jours de leur vie, uniquement sur la base de leur bonne volonté ou de l’espérance que « cela marche ».

Ils ont besoin de se baser sur le terrain solide de l’amour fidèle de Dieu. Et pour cela, avant de recevoir le sacrement du mariage, il faut une préparation soignée, je dirais un catéchuménat, parce que c’est toute la vie qui se joue dans l’amour et on ne plaisante pas avec l’amour. On ne peut appeler « préparation au mariage » trois ou quatre conférences données en paroisse ; non, ce n’est pas une préparation : c’est une fausse préparation. Et la responsabilité de celui qui fait cela retombe sur lui : sur le curé, sur l’évêque qui permet cela. La préparation doit être mûre et il faut du temps. Ce n’est pas un acte formel : c’est un sacrement. Mais il faut le préparer par un véritable catéchuménat.

En effet, la fidélité est une manière d’être, un style de vie. On travaille avec loyauté, on parle avec sincérité, on reste fidèle à la vérité dans ses pensées, dans ses actions. Une vie tissée de fidélité s’exprime dans toutes les dimensions et conduit à être des hommes et des femmes fidèles et fiables en toute circonstance.

Mais pour arriver à une vie aussi belle, notre nature humaine ne suffit pas, il faut que la fidélité de Dieu entre dans notre existence, soit contagieuse. Cette sixième parole nous appelle à poser notre regard sur le Christ qui, par sa fidélité, peut ôter de nous un cœur adultère et nous donner un cœur fidèle. En lui, et en lui seulement, se trouve l’amour sans réserve et sans rétraction, le don complet sans parenthèses et la ténacité de l’accueil jusqu’au bout.

Notre fidélité découle de sa mort et de sa résurrection, la constance dans les relations découle de son amour inconditionnel. La communion entre nous et la capacité à vivre nos liens dans la fidélité découlent de la communion avec lui, avec le Père et avec le Saint-Esprit.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Synode 2018 pour les jeunes

Dicours du pape pour l'ouverture des travaux du synode
« Ne nous laissons pas tenter par les “prophéties de malheur”
(Traduction d'Anita Bourdin pour Zenit)

https://bit.ly/2DWL9nh

«L’espérance nous interpelle»
homélie du pape François à l’ouverture du synode des jeunes
Texte complet de l'homélie traduite par Anita Bourdin pour Zénit)

https://bit.ly/2IDWOWC

Le Pape demande un effort spirituel
 aux catholiques en octobre 2018.                 Le Pape demande un effort spirituel aux catholiques en octobre 2018.  (©darval - stock.adobe.com)

En octobre, le Pape souhaite que les catholiques prient pour l'Église

Le Pape François a demandé à tous les catholiques de prier davantage en ce mois d’octobre, particulièrement pour l'Église et contre le diable qui divise.

Un mois de rosaire pour protéger l’Église en ces temps difficiles. Le Pape François a ainsi transmis à son Réseau Mondial de Prière d’aider tous les fidèles à prier davantage pendant ce mois d’octobre. Après les révélations d’abus sexuels et de pouvoir en tout genre, «il convient de donner plus de temps à la prière» car nous faisons «l’expérience de la désolation par ces plaies ecclésiales», explique le père Frédéric Fornos, cheville ouvrière de l’initiative.

Durant ce mois d’octobre, le Saint-Père demande donc à tous les fidèles un plus grand effort dans la prière personnelle et communautaire. «Il nous invite à prier le Rosaire chaque jour, pour que la Vierge Marie aide l’Eglise en ces temps de crise, et à prier l’Archange Saint Michel afin qu’il la défende des attaques du démon», poursuit le prêtre jésuite.

Entretien avec le père Frédéric Fornos

L’intégralité du communiqué:

Le Pape François a demandé à son Réseau Mondial de Prière d’aider tous les fidèles à prier davantage pendant ce mois d’octobre. Ces dernières années et ces derniers mois, l’Église a vécu des situations difficiles, entre autres la révélation des abus sexuels, de pouvoir et de conscience de la part de clercs, de personnes consacrées et de laïcs, provoquant des divisions internes.

Sans nul doute, elles sont favorisées par le «mauvais esprit» qui trouve complicité en nous : «ennemi mortel de la nature humaine» (Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola, n° 136). Dans la tradition chrétienne, diverses figures représentent la présence et la manifestation du mal dans le monde, par exemple, celle de «Satan», qui en hébreu signifie «adversaire», ou bien celle du diable, «Diabolos» en grec, c'està-dire celui qui divise et sème la discorde. La tradition biblique le nomme aussi le «séducteur du monde», le «père du mensonge», ou «Lucifer», celui qui se présente comme un ange de lumière, mais qui, sous l’apparence du bien, cherche à tromper.

Comme nous l’observons, le mal se manifeste de différentes façons et la mission d’évangélisation de l’Église devient plus difficile, et même discréditée de par nos connivences. Nous portons d’ailleurs une part de responsabilité en nous laissant entraîner par des passions qui n’ouvrent pas à la vraie vie ; parmi elles : la richesse, la vanité et l’orgueil. Ce sont des étapes par lesquelles le mal veut entraîner, et nous séduire. A partir de bonnes pensées et de bonnes intentions il conduit peu à peu les personnes vers ses intentions perverses (discordes, mensonges, etc…)

Le Pape François rappelait dans sa Lettre au Peuple de Dieu, du 20 août 2018 : «"Si un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui"… Lorsque nous faisons l’expérience de la désolation que nous causent ces plaies ecclésiales, avec Marie il nous est bon "de donner plus de temps à la prière" (Saint Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, 319), cherchant à grandir davantage dans l’amour et la fidélité à l’Église». Durant ce mois d’octobre, la Saint-Père demande à tous les fidèles un plus grand effort dans la prière personnelle et communautaire. Il nous invite à prier le Rosaire chaque jour, pour que la Vierge Marie aide l’Église en ces temps de crise, et à prier l’Archange Saint Michel afin qu’il la défende des attaques du démon. Selon la tradition spirituelle, Michel est le chef des armées célestes et le protecteur de l’Église (Apocalypse 12, 7-9)

Le Pape François nous invite à conclure le Rosaire avec une des plus anciennes invocations à la Sainte Mère de Dieu, «Sub Tuum Praesidium», et avec la prière traditionnelle à Saint Michel, écrite par Léon XIII : «Sous l’abri de ta miséricorde, Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers délivre-nous toujours, Vierge glorieuse et bénie. Amen Prière à l’Archange Saint Michel Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat et soyez notre protecteur contre la méchanceté et les embûches du démon. Que Dieu exerce sur lui son empire, nous vous en supplions ; et vous, Prince de la Milice Céleste, par le pouvoir divin qui vous a été confié, précipitez au fond des enfers Satan et les autres esprits mauvais qui parcourent le monde pour la perte des âmes. AMEN.»

La croix, c’est « Jésus élevé et Satan détruit »

Messe à Sainte-Marthe © Vatican Media
Messe à Sainte-Marthe © Vatican Media

La croix, c’est « Jésus élevé
et Satan détruit »

Homélie pour la Croix glorieuse

La croix, c’est « Jésus élevé et Satan détruit », a affirmé le pape François en célébrant la messe matinale à la Maison Sainte-Marthe, ce 14 septembre 2018, fête de la Croix glorieuse.

Dans la croix, faillit « tout ce que Jésus avait fait dans sa vie », a souligné le pape : « N’ayons pas peur de contempler la croix comme un moment de défaite, d’échec. Quand il réfléchit sur le mystère de Jésus, Paul nous dit des choses fortes, il nous dit que Jésus s’anéantit lui-même, se fait péché jusqu’à la fin, assume tout notre péché, tout le péché du monde : c’était un “torchon”, un condamné. Paul n’avait pas peur de montrer cette défaite et cela aussi peut éclairer un peu nos moment difficiles, nos moments d’échec. »

Mais la croix, a poursuivi le pape dans son homélie rapportée par Vatican News, est aussi « un signe de victoire pour nous chrétiens » : « Jésus fait péché a vaincu l’auteur du péché, il a vaincu le serpent ». Et Satan, le Vendredi Saint, était « si heureux qu’il ne s’est pas aperçu » du piège « de l’histoire dans lequel il était tombé ».

Satan « vit Jésus ainsi défait, cassé » mais « à ce moment-là, Satan est détruit pour toujours. Il n’a pas la force. La croix, à ce moment-là, devient signe de victoire ». « Notre victoire est la croix de Jésus, victoire devant notre ennemi, le grand serpent antique, le Grand Accusateur ». Dans la croix, « nous avons été sauvés, dans ce parcours que Jésus a voulu faire jusqu’au plus bas, mais avec la force de la divinité ».

La croix, a ajouté le pape, c’est « Jésus élevé et Satan détruit ». Et d’inviter à « la regarder, parce qu’elle est la force pour continuer à avancer. » Certes, « le serpent antique détruit aboie encore, il menace encore mais, comme disaient les Pères de l’Eglise, c’est un chien enchaîné : ne t’approche pas et il ne te mordra pas ; mais si tu vas le caresser parce que la fascination t’y conduit comme si c’était un petit toutou, prépare-toi, il te détruira ».

« La croix nous enseigne cela, que dans la vie il y a l’échec et la victoire. Nous devons être capables de supporter les défaites, de les porter avec patience, les échecs, même nos péchés parce qu’Il a payé pour nous. Les supporter en Lui, demander pardon en Lui mais jamais ne se laisser séduire par ce chien enchaîné », a insisté le pape.

Il a recommandé en conclusion : « Aujourd’hui il serait beau si chez soi, tranquillement, nous prenions 5,10,15 minutes devant le crucifix… : le regarder, il est notre signe de défaite, qui provoque les persécutions, il est aussi notre signe de victoire parce que c’est là que Dieu a vaincu. »

traduction Anne Kurian pour Zenit

Message du Saint-Père pour la journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création

Le 1er septembre 2018

Chers frères et sœurs !

En cette Journée de Prière, je souhaite avant tout remercier le Seigneur pour le don de la maison commune et pour tous les hommes de bonne volonté qui œuvrent à la protéger. Je suis aussi reconnaissant pour les nombreux projets visant à promouvoir l’étude et la protection des écosystèmes, pour les efforts en vue du développement d’une agriculture plus durable et d’une alimentation plus responsable, pour les diverses initiatives éducatives, spirituelles et liturgiques qui, dans le monde entier, engagent de nombreux chrétiens pour la sauvegarde de la création.

Nous devons le reconnaître: nous n’avons pas su prendre soin de la création de manière responsable. La situation de l’environnement, au niveau global ainsi qu’en de nombreux endroits spécifiques, ne peut être jugée satisfaisante. Avec raison, se fait sentir la nécessité d’une relation renouvelée et saine entre l’humanité et la création, la conviction que seule une vision de l’homme, authentique et intégrale, nous permettra de prendre mieux soin de notre planète au bénéfice de la génération présente et de celles à venir, car « il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate » (Lett. Enc. Laudato si’, n. 118).

En cette Journée Mondiale de Prière pour la sauvegarde de la création que l’Église catholique célèbre, depuis quelques années, en union avec les frères et les sœurs orthodoxes, et avec l’adhésion d’autres Églises et Communautés chrétiennes, je souhaite attirer l’attention sur la question de l’eau, élément si simple et si précieux, dont malheureusement l’accès est difficile sinon impossible pour beaucoup de personnes. Pourtant, « l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce que c’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable » (ibid, n. 30).

L’eau nous invite à réfléchir sur nos origines. Le corps humain est composé en majeure partie d’eau ; et beaucoup de civilisations, dans l’histoire, sont nées près de grands cours d’eau qui en ont marqué l’identité. L’image utilisée au début du Livre de la Genèse, où il est dit qu’au commencement l’esprit du Créateur « planait sur les eaux » (1, 2), est significative.

En pensant à son rôle fondamental dans la création et dans le développement de l’homme, je sens le besoin de rendre grâce à Dieu pour ‘‘soeur eau’’, simple et utile comme rien d’autre pour la vie sur la planète. Précisément pour cela, prendre soin des sources et des bassins hydriques est un impératif urgent. Aujourd’hui plus que jamais, il faut un regard qui aille au-delà de l’immédiat (cf. Laudato si’, n. 36), au-delà d’un « critère utilitariste d’efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel » (ibid, n. 159). Il faut de toute urgence des projets communs et des gestes concrets, prenant en compte le fait que toute privatisation du bien naturel de l’eau au détriment du droit humain de pouvoir y avoir accès est inacceptable.

Pour nous chrétiens, l’eau représente un élément essentiel de purification et de vie. La pensée se dirige immédiatement vers le Baptême, sacrement de notre renaissance. L’eau sanctifiée par l’Esprit est la matière par laquelle Dieu nous a vivifiés et renouvelés ; c’est la source bénie d’une vie qui ne meurt plus. Le Baptême représente aussi, pour les chrétiens de diverses confessions, le point de départ réel et inaliénable pour vivre une fraternité toujours plus authentique tout au long du chemin vers la pleine unité. Jésus, au cours de sa mission, a promis une eau à même d’étancher pour toujours la soif de l’homme (cf Jn 4, 14) et a promis : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jn 7, 37). Aller à Jésus, s’abreuver de lui signifie le rencontrer personnellement comme Seigneur, en puisant dans sa Parole le sens de la vie. Que vibrent en nous avec force ces paroles qu’il a prononcées sur la croix : « J’ai soif » (Jn 19, 38) ! Le Seigneur demande encore à étancher sa soif, il a soif d’amour. Il nous demande de lui donner à boire dans les nombreuses personnes qui ont soif aujourd’hui, pour nous dire ensuite : « J’avais soif, et vous m’avez donné à boire » (Mt 25, 35). Donner à boire, dans le village global, ne comporte pas uniquement des gestes personnels de charité, mais des choix concrets et un engagement constant pour garantir à tous le bien fondamental de l’eau.

Je voudrais aborder également la question des mers et des océans. Il faut remercier le Créateur pour l’imposant et merveilleux don des grandes eaux et de tout ce qu’elles contiennent (cf. Gn 1, 20-21 ; Ps 145, 6), et le louer pour avoir revêtu la terre d’océans (cf. Ps 103, 6). Orienter nos pensées vers les immenses étendues des mers, en mouvement continuel, est aussi, dans un certain sens, une occasion pour penser à Dieu qui accompagne constamment sa création en la faisant aller de l’avant, en la maintenant dans l’existence (cf. S. Jean-Paul II, Catéchèse, 7 mai 1986).

Prendre soin chaque jour de ce bien inestimable constitue aujourd’hui une responsabilité inéluctable, un vrai et propre défi : il faut une coopération réelle entre les hommes de bonne volonté pour collaborer à l’œuvre continue du Créateur. Tant d’efforts, malheureusement, sont réduits à rien par manque de règlementation et de contrôles effectifs, surtout en ce qui concerne la protection des zones marines au-delà des territoires nationaux (cf. Laudato si’, n. 174). Nous ne pouvons pas permettre que les mers et les océans se couvrent d’étendues inertes de plastique flottantes. En raison de cette même urgence, nous sommes appelés à nous engager, de manière active, en priant comme si tout dépendait de la Providence divine et en œuvrant comme si tout dépendait de nous.

Prions pour que les eaux ne soient pas un signe de séparation entre les peuples, mais de rencontre pour la communauté humaine. Prions pour que soient sauvés ceux qui risquent leur vie sur les flots à la recherche d’un avenir meilleur. Demandons au Seigneur et à ceux qui exercent le haut service de la politique de faire en sorte que les questions les plus délicates de notre époque, telles que celles liés aux migrations, aux changements climatiques, au droit pour tous de jouir des biens fondamentaux, soient affrontées de manière responsable, clairvoyante en regardant l’avenir, avec générosité et dans un esprit de collaboration, surtout entre les pays qui ont plus de moyens. Prions pour ceux qui se consacrent à l’apostolat de la mer, pour ceux qui aident à réfléchir sur les problèmes touchant les écosystèmes marins, pour ceux qui contribuent à l’élaboration et à l’application des normes internationales concernant les mers susceptibles de protéger les personnes, les pays, les biens, les ressources naturelles – je pense par exemple à la faune et à la flore piscicoles, ainsi qu’aux barrières de corail (cf. ibid., n. 41) ou aux fonds marins – et garantir un développement intégral dans la perspective du bien commun de la famille humaine tout entière et non d’intérêts particuliers. Souvenons-nous aussi de ceux qui oeuvrent pour la sauvegarde des zones marines, pour la protection des océans et de leurs biodiversités, afin qu’ils accomplissent cette tâche de manière responsable et honnête.

Enfin, ayons présent à l’esprit les jeunes générations et prions pour elles afin qu’elles grandissent dans la connaissance et dans le respect de la maison commune et avec le désir de prendre soin du bien essentiel de l’eau en faveur de tous. Mon souhait est que les communautés chrétiennes contribuent toujours davantage et toujours plus concrètement afin que tout le monde puisse jouir de cette ressource indispensable, dans la sauvegarde respectueuse des dons reçus du Créateur, en particulier des cours d’eau, des mers et des océans.

Du Vatican, le 1er septembre 2018
Pape François

Lettre du Pape François au Peuple de Dieu

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor 12,26).

Ces paroles de saint Paul résonnent avec force en mon cœur alors que je constate, une fois encore, la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, commis par un nombre important de clercs et de personnes consacrées. Un crime qui génère de profondes blessures faites de douleur et d’impuissance, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté, qu’elle soit composée de croyants ou d’incroyants. Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables.

1. Si un membre souffre

Ces derniers jours est paru un rapport détaillant le vécu d’au moins mille personnes qui ont été victimes d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience, perpétrés par des prêtres pendant à peu près soixante-dix ans. Bien qu’on puisse dire que la majorité des cas appartient au passé, la douleur de nombre de ces victimes nous est parvenue au cours du temps et nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités et à redoubler d’efforts pour éradiquer cette culture de mort, les blessures ne connaissent jamais de «prescription». La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. Un cri qui fut entendu par le Seigneur en nous montrant une fois encore de quel côté il veut se tenir. Le Cantique de Marie ne dit pas autre chose et comme un arrière-fond, continue à parcourir l’histoire parce que le Seigneur se souvient de la promesse faite à nos pères: «Il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides» (Lc 1, 51-53); et nous ressentons de la honte lorsque nous constatons que notre style de vie a démenti et dément ce que notre voix proclame.

Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. Je fais miennes les paroles de l’alors cardinal Ratzinger lorsque, durant le Chemin de Croix écrit pour le Vendredi Saint de 2005, il s’unit au cri de douleur de tant de victimes en disant avec force: «Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! […] La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu’à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri: Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous (cf. Mt 8, 25)» (Neuvième Station).

2. Tous les membres souffrent avec lui

L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. S’il est important et nécessaire pour tout chemin de conversion de prendre connaissance de ce qui s’est passé, cela n’est pourtant pas suffisant. Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. Si par le passé l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité, entendue dans son acception plus profonde et exigeante, caractérise notre façon de bâtir le présent et l’avenir, en un espace où les conflits, les tensions et surtout les victimes de tout type d’abus puissent trouver une main tendue qui les protège et les sauve de leur douleur (Cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.228). Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, «car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite: la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2Co11,14) » (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.165). L’appel de saint Paul à souffrir avec celui qui souffre est le meilleur remède contre toute volonté de continuer à reproduire entre nous les paroles de Caïn: «Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère?» (Gn 4,9).

Je suis conscient de l’effort et du travail réalisés en différentes parties du monde pour garantir et créer les médiations nécessaires pour apporter sécurité et protéger l’intégrité des mineurs et des adultes vulnérables, ainsi que de la mise en œuvre de la tolérance zéro et des façons de rendre compte de la part de tous ceux qui commettent ou dissimulent ces délits. Nous avons tardé dans l’application de ces mesures et sanctions si nécessaires, mais j’ai la conviction qu’elles aideront à garantir une plus grande culture de la protection pour le présent et l’avenir.

Conjointement à ces efforts, il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. Une telle transformation nécessite la conversion personnelle et communautaire et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur. Ainsi saint Jean-Paul II se plaisait à dire: «Si nous sommes vraiment repartis de la contemplation du Christ, nous devrons savoir le découvrir surtout dans le visage de ceux auxquels il a voulu lui-même s’identifier» (Lett. ap. Novo Millenio Ineunte, n.49). Apprendre à regarder dans la même direction que le Seigneur, à être là où le Seigneur désire que nous soyons, à convertir notre cœur en sa présence. Pour cela, la prière et la pénitence nous aideront. J’invite tout le saint peuple fidèle de Dieu à l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne, conformément au commandement du Seigneur1, pour réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du «jamais plus» à tout type et forme d’abus.

Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie2. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui «annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l'Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple»3. Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.

Il est toujours bon de rappeler que le Seigneur, «dans l’histoire du salut, a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine sans l’appartenance à un peuple. C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine: Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple» (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.6). Ainsi, le seul chemin que nous ayons pour répondre à ce mal qui a gâché tant de vies est celui d’un devoir qui mobilise chacun et appartient à tous comme peuple de Dieu. Cette conscience de nous sentir membre d’un peuple et d’une histoire commune nous permettra de reconnaitre nos péchés et nos erreurs du passé avec une ouverture pénitentielle susceptible de nous laisser renouveler de l’intérieur.

Tout ce qui se fait pour éradiquer la culture de l’abus dans nos communautés sans la participation active de tous les membres de l’Eglise ne réussira pas à créer les dynamiques nécessaires pour obtenir une saine et effective transformation. La dimension pénitentielle du jeûne et de la prière nous aidera en tant que peuple de Dieu à nous mettre face au Seigneur et face à nos frères blessés, comme des pécheurs implorant le pardon et la grâce de la honte et de la conversion, et ainsi à élaborer des actions qui produisent des dynamismes en syntonie avec l’Évangile. Car «chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui» (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.11).

Il est essentiel que, comme Eglise, nous puissions reconnaitre et condamner avec douleur et honte les atrocités commises par des personnes consacrées, par des membres du clergé, mais aussi par tous ceux qui ont la mission de veiller sur les plus vulnérables et de les protéger. Demandons pardon pour nos propres péchés et pour ceux des autres. La conscience du péché nous aide à reconnaitre les erreurs, les méfaits et les blessures générés dans le passé et nous donne de nous ouvrir et de nous engager davantage pour le présent sur le chemin d’une conversion renouvelée.

En même temps, la pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux. Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées. Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. Un jeûne qui nous secoue et nous fasse nous engager dans la vérité et dans la charité envers tous les hommes de bonne volonté et envers la société en général, afin de lutter contre tout type d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience.

De cette façon, nous pourrons rendre transparente la vocation à laquelle nous avons été appelés d’être «le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain» (Conc. OEcum. Vat.II, Lumen Gentium, n.1).

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui », nous disait saint Paul. Au moyen de la prière et de la pénitence, nous pourrons entrer en syntonie personnelle et communautaire avec cette exhortation afin que grandisse parmi nous le don de la compassion, de la justice, de la prévention et de la réparation. Marie a su se tenir au pied de la croix de son fils. Elle ne l’a pas fait de n’importe quelle manière mais bien en se tenant fermement debout et à son coté. Par cette attitude, elle exprime sa façon de se tenir dans la vie. Lorsque nous faisons l’expérience de la désolation que nous causent ces plaies ecclésiales, avec Marie il nous est bon «de donner plus de temps à la prière» (S. Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, 319),cherchant à grandir davantage dans l’amour et la fidélité à l’Eglise. Elle, la première disciple, montre à nous tous qui sommes disciples comment nous devons nous comporter face à la souffrance de l’innocent, sans fuir et sans pusillanimité. Contempler Marie c’est apprendre à découvrir où et comment le disciple du Christ doit se tenir.

Que l’Esprit Saint nous donne la grâce de la conversion et l’onction intérieure pour pouvoir exprimer, devant ces crimes d’abus, notre compassion et notre décision de lutter avec courage.

Du Vatican, le 20 août 2018.

FRANÇOIS

Le rêve de Dieu pour les familles

Dublin 2018: le «rêve» de Dieu pour les familles

« Honnêteté et courage pour combattre les abus »

Audience 29/8/2018 @ Vatican Media

Chers frères et sœurs, bonjour !

En fin de semaine dernière, j’ai effectué un voyage en Irlande pour participer à la Rencontre mondiale des familles : je suis certain que vous l’avez vu à la télévision. Ma présence voulait surtout confirmer les familles chrétiennes dans leur vocation et leur mission. Les milliers de familles – époux, grands-parents et enfants – rassemblées à Dublin, dans toute la diversité de leurs langues, cultures et expériences, ont été le signe éloquent de la beauté du rêve de Dieu pour la famille humaine entière. Et nous le savons : le rêve de Dieu est l’unité, l’harmonie et la paix dans les familles et dans le monde, fruit de la fidélité, du pardon et de la réconciliation qu’il nous a donnés dans le Christ. Il appelle les familles à participer à ce rêve et à faire du monde une maison où personne ne soit seul, personne ne soit non-voulu, personne ne soit exclu. C’est pourquoi le thème de cette Rencontre mondiale était très approprié. Elle était intitulée ainsi : « L’Évangile de la famille, joie pour le monde ».

Je suis reconnaissant envers le président de l’Irlande, le premier ministre, les différentes autorités du gouvernement civiles et religieuses et envers toutes les personnes de haut niveau qui ont aidé à préparer et à réaliser les événements de cette Rencontre. Et merci beaucoup aux évêques qui ont tellement travaillé. En m’adressant aux autorités, au Château de Dublin, j’ai réaffirmé que l’Église est une famille de familles et que, comme un corps, elle soutient ses cellules dans leur rôle indispensable pour le développement d’une société fraternelle et solidaire.

Les véritables « points lumineux » de ces journées ont été les témoignages d’amour conjugal donnés par des couples de tous les âges. Leurs histoires nous ont rappelé que l’amour du mariage est un don particulier de Dieu, à cultiver chaque jour dans l’ « Église domestique » qu’est la famille. Comme le monde a besoin d’une révolution d’amour, d’une révolution de tendresse, qui nous sauve de la culture actuelle du provisoire ! Et cette révolution commence au cœur de la famille.

Dans la pro-cathédrale de Dublin, j’ai rencontré des époux engagés dans l’Église et de nombreux couples de jeunes époux, ainsi que beaucoup de petits enfants. J’ai ensuite rencontré des familles qui font face à des défis et difficultés particuliers. Grâce aux frères capucins, qui sont toujours proches du peuple, et à la famille ecclésiale élargie, ils font l’expérience de la solidarité et du soutien qui sont le fruit de la charité.

Le moment culminant de ma visite a été la grande fête avec les familles, samedi soir, au stade de Dublin, suivie dimanche de la messe au Phoenix Park. La veille, nous avons écouté les témoignages très touchants de familles qui ont souffert des guerres, de familles renouvelées par le pardon, de familles que l’amour a sauvées de la spirale des dépendances, de familles qui ont appris à bien employer les téléphones portables et les tablettes et à donner la priorité au temps passé ensemble. Et cela a fait ressortir la valeur de la communication entre les générations et le rôle spécifique des grands-parents qui est de consolider les liens familiaux et de transmettre le trésor de la foi.

Aujourd’hui – c’est dur de dire cela – mais il semble que les grands-parents dérangent. Dans cette culture du déchet, les grands-parents sont « rejetés », on les éloigne. Mais les grands-parents sont la sagesse, ils sont la mémoire d’un peuple, la mémoire des familles ! Et les grands-parents doivent transmettre cette mémoire à leurs petits-enfants. Les jeunes et les enfants doivent parler avec leurs grands-parents pour faire avancer l’histoire. S’il vous plaît, ne rejetez pas les grands-parents. Qu’ils soient proches de vos enfants, de leurs petits-enfants.

Dans la matinée de dimanche, j’ai fait le pèlerinage au sanctuaire marial de Knock, si cher au peuple irlandais. Là, dans la chapelle construite sur le lieu d’une apparition de la Vierge, j’ai confié à sa protection maternelle toutes les familles, en particulier celles d’Irlande. Et bien que mon voyage n’ait pas comporté une visite en Irlande du nord, j’ai adressé des salutations cordiales à son peuple et j’ai encouragé le processus de réconciliation, de pacification, d’amitié et de coopération œcuménique.

Cette visite que j’ai faite en Irlande, outre la grande joie, devait aussi se charger de la douleur et de l’amertume pour les souffrances causées dans ce pays par différentes formes d’abus, y compris de la part de membres de l’Église, et du fait que les autorités ecclésiastiques n’ont pas toujours su, dans le passé, affronter ces crimes de manière adéquate. La rencontre avec quelques survivants – ils étaient huit – a laissé une marque profonde ; et à plusieurs reprises j’ai demandé pardon au Seigneur pour ces péchés, pour le scandale et le sentiment de trahison qu’ils ont causés. Les évêques irlandais ont entrepris un sérieux parcours de purification et de réconciliation avec ceux qui ont souffert d’abus et, avec l’aide des autorités nationales, ils ont établi une série de normes sévères pour garantir la sécurité des jeunes.

Et puis, lors de ma rencontre avec les évêques, je les ai encouragés dans leur effort pour remédier aux défaillances du passé avec honnêteté et courage, confiant dans les promesses du Seigneur et comptant sur la foi profonde du peuple irlandais, pour inaugurer une saison de renouveau de l’Église en Irlande. En Irlande, il y a la foi, il y a des personnes de foi : une foi avec de grandes racines. Mais savez-vous ? Il y a peu de vocations au sacerdoce. Comment donc cette foi ne réussit-elle pas ? À cause de ces problèmes, les scandales, tant de choses… Nous devons prier pour que le Seigneur envoie de saints prêtres en Irlande, qu’il envoie de nouvelles vocations. Et nous le ferons ensemble en priant un « Je vous salue Marie » à la Vierge de Knock. [Récitation du « Je vous salue Marie »]. Seigneur Jésus, envoie-nous de saints prêtres.

Chers frères et sœurs, la Rencontre mondiale des familles à Dublin a été une expérience prophétique, réconfortante, de nombreuses familles engagées dans la voie évangélique du mariage et de la vie familiale ; des familles disciples et missionnaires, ferment de bonté, de sainteté, de justice et de paix. N’oublions pas toutes ces familles – elles sont nombreuses ! – qui portent leur famille, les enfants, avec fidélité, en se demandant pardon quand il y a des problèmes. Oublions pourquoi aujourd’hui, c’est à la mode dans les revues, dans les journaux, de parler ainsi : « Il a divorcé d’une telle… Elle d’un tel… Et la séparation… ». Mais s’il vous plaît, c’est triste. C’est vrai. Je respecte chacun, nous devons respecter les gens, mais l’idéal n’est pas le divorce, l’idéal n’est pas la séparation, l’idéal n’est pas la destruction de la famille. L’idéal est la famille unie. Avançons ainsi : c’est cela, l’idéal !

La prochaine Rencontre mondiale des familles se tiendra à Rome en 2021. Confions-les toutes à la protection de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, pour que chez elles, dans leurs paroisses et dans leurs communautés, elles puissent être vraiment « joie pour le monde ».

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Pape François : Jeunes... Pas de pessimisme. Risquer, rêver et en avant.

« Un jeune qui ne sait pas rêver est un jeune anesthésié ; il ne pourra pas comprendre la vie, la force de la vie ».

« Les grands rêves, a affirmé le pape François, sont ceux qui donnent une fécondité, qui sont capables de semer la paix et de semer la fraternité, de semer la joie ». Sur ce sujet qui lui est familier lorsqu’il s’adresse aux jeunes, le pape a précisé : « Les vrais rêves sont les rêves du ‘nous’. Les grands rêves incluent, impliquent, sont extravertis, partagent, génèrent une nouvelle vie ».

Le pape François a rencontré les jeunes issus de presque 200 diocèses italiens, au Cirque Maxime, ce samedi soir 11 avril 2018. Arrivé sur le site vers 18h30, le pape a d’abord fait plusieurs tours en papamobile, avant d’écouter les paroles de salutations d’un jeune représentant. Puis il a entamé un dialogue en répondant à trois questions avant de délivrer son discours de salutations.

Cette rencontre était organisée par la Conférence épiscopale italienne, en préparation de la XVème Assemblée générale ordinaire du synode des évêques qui se tiendra à Rome du 2 au 28 octobre 2018, sur le thème : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ».

Le pape a donné en exemple Saint François d’Assise, un jeune qui « a commencé à rêver et à rêver grand ». François, « un jeune comme nous », « a changé l’histoire de l’Italie ». Il « a risqué pour rêver grand ; il ne connaissait pas les frontières » et « il a fait beaucoup de bien et continue à en faire ». Le pape a conclu en encourageant les jeunes présents à être « des pèlerins sur la route » de leurs rêves et à prendre « le risque de ce chemin » sans peur.

Voici notre traduction de la réponse à la première question, posée par Letizia et Luccamatteo, à propos de la difficulté à réaliser leurs rêves concernant l’avenir.

HG

Réponse du pape François à la première question

Bonsoir ! Je vous dis la vérité : je connaissais les questions et j’ai fait une ébauche de réponse, mais aussi, en les entendant, j’ajouterai spontanément quelque chose. Parce que la manière dont ils ont posé leur question va au-delà de ce qui est écrit.

Toi, Letizia, tu as employé un mot important qui est « le rêve ». Et tous les deux, vous en avez employé un autre très important : « peur ». Ces deux mots nous éclaireront un peu.

Les rêves sont importants. Ils gardent notre regard large, ils nous aident à embrasser l’horizon, à cultiver l’espérance dans toutes nos actions quotidiennes. Et les rêves des jeunes sont les plus importants de tous. Un jeune qui ne sait pas rêver est un jeune anesthésié ; il ne pourra pas comprendre la vie, la force de la vie. Les rêves te réveillent, d’emmènent plus loin, ce sont les étoiles les plus lumineuses, celles qui indiquent un chemin différent pour l’humanité. Voilà, vous avez dans le cœur ces étoiles brillantes que sont vos rêves : ils sont votre responsabilité et votre trésor. Faites qu’ils soient aussi votre avenir ! Et c’est le travail que vous devez fournir : transformer les rêves d’aujourd’hui dans la réalité de l’avenir et pour cela, il faut du courage, comme nous l’avons entendu de tous les deux. À elle, on disait : « Non, non ; étudie l’économie parce qu’avec cela tu vas mourir de faim » et à lui « oui, le projet est bon mais enlevons ce morceau et celui-ci et celui-là… » et à la fin il ne restait plus rien. Non ! Mener à bien avec courage, le courage devant les résistances, les difficultés, tout ce qui fait que nos rêves sont éteints.

Certes, il faut que nos rêves grandissent, qu’ils soient purifiés, mis à l’épreuve et qu’ils soient aussi partagés. Mais vous-êtes-vous jamais demandé d’où viennent vos rêves ? Mes rêves, d’où viennent-ils ? Sont-ils nés lorsque je regardais la télévision ? J’écoutais un ami ? Je rêvais les yeux ouverts ? Est-ce que ce sont des rêves grands ou des rêves petits, misérables, qui se contentent du moins possible ? Les rêves du confort, les rêves du seul bien-être : « Non, non, je vais bien comme cela, je ne vais pas plus loin ». Mais ces rêves te feront mourir, dans la vie ! Ils feront que ta vie ne sera pas quelque chose de grand ! Les rêves de tranquillité, les rêves qui endorment les jeunes et qui font d’un jeune courageux un jeune de canapé. C’est triste de voir des jeunes sur leur canapé, qui regardent passer la vie sous leurs yeux. Les jeunes – je l’ai dit d’autres fois – sans rêves, qui partent à la retraite à 20, 22 ans : mais que c’est triste un jeune à la retraite ! En revanche, le jeune qui rêve de grandes choses va de l’avant, il ne part pas tôt à la retraite. Compris ? C’est comme cela, les jeunes.

Et la Bible nous dit que les grands rêves sont ceux qui sont capables d’êtres féconds : les grands rêves sont ceux qui donnent une fécondité, qui sont capables de semer la paix et de semer la fraternité, de semer la joie, comme aujourd’hui ; voilà, ce sont de grands rêves parce qu’ils pensent à tout le monde avec le « NOUS ». Une fois, un prêtre m’a posé une question : « Dites-moi, quel est le contraire de ‘je’ ». Et moi, ingénu, je suis tombé dans le piège et j’ai dit : « Le contraire de ‘je’, c’est ‘tu’ ». « Non, Père, ceci, c’est le germe de la guerre. Le contraire de ‘je’, c’est ‘nous’ ». Si je dis : le contraire, c’est toi, je fais la guerre. Si je dis que le contraire de l’égoïsme est le ‘nous’, je fais la paix, je fais la communauté, je fais avancer les rêves de l’amitié, de la paix. Réfléchissez : les vrais rêves sont les rêves du ‘nous’. Les grands rêves incluent, impliquent, sont extravertis, partagent, génèrent une nouvelle vie. Et les grands rêves, pour le rester, ont besoin d’une source inépuisable d’espérance, d’un Infini qui souffle dedans et les dilate. Les grands rêves ont besoin de Dieu pour ne pas devenir des mirages ou un délire de toute-puissance. Tu peux rêver de grandes choses, mais tout seul, c’est dangereux, parce que tu pourras tomber dans le délire de la toute-puissance. Mais avec Dieu, n’aie pas peur : avance. Rêve en grand !

Et puis, le mot que vous avez employé tous les deux : « peur ». Vous savez ? Les rêves des jeunes font un peu peur aux adultes. Ils font peur parce que, quand un jeune rêve, il va loin. Peut-être parce qu’ils ont cessé de rêver et de risquer. Souvent, la vie fait que les adultes cessent de rêver, ils cessent de risquer ; peut-être parce que vos rêves remettent en cause leurs choix de vie, des rêves qui vous poussent à exprimer une critique, à les critiquer. Mais ne vous laissez pas voler vos rêves. Il y a un jeune, ici en Italie, vingt ans, vingt-deux, qui a commencé à rêver et à rêver grand. Et son papa, un grand homme d’affaires, a cherché à le convaincre, mais lui : « Non, je veux rêver. Je rêve ce que je sens en moi ». Et à la fin, il est parti, pour rêver. Et son papa l’a suivi. Et ce jeune s’est réfugié à l’évêché, il s’est dépouillé de ses vêtements et les a donnés à son père : « Laisse-moi suivre mon chemin ». Ce jeune, un Italien du XIIIème siècle, s’appelait François et il a changé l’histoire de l’Italie. François a risqué pour rêver grand ; il ne connaissait pas les frontières et il a fini sa vie en rêvant. Réfléchissez : c’était un jeune comme nous. Mais comme il rêvait ! On disait qu’il était fou parce qu’il rêvait ainsi. Et il a fait beaucoup de bien et continue à en faire. Les jeunes font un peu peur aux adultes parce que les adultes ont cessé de rêver, ils ont cessé de risquer, ils se sont bien installés. Mais, comme je vous l’ai dit, vous, ne vous laissez pas voler vos rêves. « Et comment faire, Père, pour ne pas me laisser voler mes rêves ? » Cherchez de bons maîtres capables de vous aider à les comprendre et à les rendre concrets graduellement et dans la sérénité. Soyez à votre tour de bons maîtres, des maîtres d’espérance et de confiance à l’égard des nouvelles générations qui vous suivent. « Mais comment puis-je devenir un maître ? » Oui, un jeune qui est capable de rêver devient un maître, par son témoignage. Parce que c’est un témoignage qui secoue, qui fait bouger les cœurs et fait voir des idéaux que la vie courante recouvre. Ne cessez pas de rêver et soyez des maîtres en rêves. Le rêve a une grande force. « Père, et où puis-je acheter les pastilles qui me feront rêver ? » Non, celles-là, non ! Celles-ci te font rêver : elle endorment ton cœur ! Elles te brûlent les neurones. Elles te ruinent la vie. « Et où puis-je acheter les rêves ? » Les rêves ne s’achètent pas. Les rêves sont un don, un don de Dieu, un don que Dieu sème dans vos cœurs. Les rêves nous sont donnés gratuitement, mais parce que nous les donnons aussi gratuitement aux autres. Offrez vos rêves : personne, en les prenant, ne vous appauvrira. Offrez-les aux autres gratuitement.

Chers jeunes, « non » à la peur. Ce que t’a dit ce professeur ! Il avait peur ? Et oui, peut-être avait-il peur ; mais lui, il était déjà installé, il était tranquille. Mais parce qu’il ne voulait pas qu’une jeune suive son chemin ? Il t’a fait peur. Et que t’a-t-il dit ? « Fais des études d’économie, tu gagneras plus ». C’est un piège, le piège de l’avoir, de s’installer dans un bien-être et de ne pas être un pèlerin sur la route de nos rêves. Chers jeunes, soyez des pèlerins sur la route de vos rêves. Prenez le risque de ce chemin : n’ayez pas peur. Risquez parce que c’est vous qui réaliserez vos rêves, parce que la vie n’est pas une loterie : la vie se réalise. Et tous, nous avons la capacité de le faire.

Le saint pape Jean XXIII disait : « Je n’ai jamais connu de pessimiste qui ait conclu quelque chose de bien » (interview de Sergio Zavoli à Mgr Capovilla, dans Jesus, N.6, 2000). Nous devons apprendre cela, parce que cela nous aidera dans la vie. Le pessimiste te met par terre, il ne te fait rien faire. Et la peur te rend pessimiste. Pas de pessimisme. Risquer, rêver et en avant.

© Source Zenit, Traduction Hélène Ginabat

Face au chômage des jeunes,
« il faut de la créativité »,
une « créativité courageuse »,
déclare le pape François

Rencontre avec les «Jésuites européens en formation»

Face au chômage des jeunes  « il faut de la créativité », une « créativité courageuse », déclare le pape François qui déplore que la finance internationale n’arrive pas à remettre la personne humaine, homme et femme, à sa « place » c’est-à-dire « au centre ».

Le pape François a reçu en audience les participants à la rencontre « Jésuites européens en formation », qui se déroulait à Rome, mercredi 1er août 2018, dans la Petite salle jouxtant la Salle Paul VI.

Après son discours, le pape a pris le temps de répondre à une question d’un des participants sur le problème du chômage des jeunes. Le texte, en italien, a été publié par le Saint-Siège le 1er août également.

Le pape a souligné les conséquences tragiques du chômage des jeunes: « Suicide, dépendances et sortie vers la guérilla sont les trois options que les jeunes ont aujourd’hui, quand il n’y a pas de travail. C’est important : comprendre le problème des jeunes ; faire sentir [à ce jeune] que je le comprends, et c’est cela communiquer avec lui. Et puis se remuer pour résoudre ce problème. »

Voici notre traduction de la question (en anglais) et de la réponse du pape François (en italien), en ce temps de préparation au Synode sur les jeunes, en octobre prochain.

AB

Question – Merci de vos paroles, Saint-Père. Le thème de nos rencontres est la communication, les jeunes. Une fois, quelqu’un m’a dit qu’être religieux ou prêtre signifie qu’il y a une chose à laquelle nous ne serons jamais confrontés, c’est le chômage. Mais beaucoup de jeunes, même avec une formation de haut niveau, courent aussi le risque du chômage. Je trouve que c’est un défi pour moi, pour voir les choses de leur point de vue, parce que je sais que la Compagnie de Jésus et l’Église auront toujours une tâche pour moi, quelque part. Je trouve que c’est un grand défi pour la communication : c’est une expérience du chômage que je sais que je n’aurai jamais. Je trouve que c’est quelque chose de difficile…

Pape François – Peut-être est-ce un des problèmes les plus aigus et les plus douloureux pour les jeunes parce que cela touche vraiment le cœur de la personne. La personne qui n’a pas de travail se sent privée de sa dignité. Je me souviens d’une fois, dans mon pays, une dame est venue me dire que sa fille, universitaire, parlait plusieurs langues mais ne trouvait pas de travail. Je me suis remué avec quelques laïcs et ils ont trouvé un travail. Cette femme m’a écrit un mot dans lequel elle disait : « Merci, Père, parce que vous avez aidez ma fille à retrouver sa dignité ». Ne pas avoir de travail ôte la dignité. Et plus encore : ce n’est pas le fait de ne pas pouvoir manger, parce qu’on peut aller à la Caritas et on recevra de quoi manger. Le problème est de ne pas pouvoir rapporter le pain à la maison : cela ôte la dignité.

Quand je vois – vous voyez – tant de jeunes sans travail, nous devrons nous demander pourquoi. Vous trouverez certainement la raison : il y a une réorganisation de l’économie mondiale où l’économique, qui est concrète, laisse la place à la finance qui est abstraite. Au centre, il y a la finance et la finance est cruelle : elle n’est pas concrète, elle est abstraite. Et on joue là avec un imaginaire collectif qui n’est pas concret, mais qui est liquide ou gazeux. Et au centre, il y a cela : le monde de la finance. À sa place, il aurait dû y avoir l’homme et la femme.

Aujourd’hui, c’est, je crois, le grand péché contre la dignité de la personne : la déplacer de sa place centrale. L’an dernier, en parlant avec une dirigeante du Fonds monétaire international, elle m’a dit qu’elle avait eu le désir de promouvoir un dialogue entre l’économie, l’humanisme et la spiritualité. Et elle m’a dit : « J’y suis parvenue. Et puis je me suis enthousiasmée et j’ai voulu le faire entre la finance, l’humanisme et la spiritualité. Et je n’y suis pas parvenue parce que l’économie, même celle de marché, peut s’ouvrir à l’économie sociale de marché, comme l’avait demandé Jean-Paul II ; en revanche, la finance n’en est pas capable, parce que tu ne peux pas saisir la finance : elle est « gazeuse ». La finance ressemble, à l’échelle mondiale, à la chaîne de saint Antoine ! Ainsi, avec ce déplacement de la personne du centre et en mettant au centre une chose comme la finance, qui est « gazeuse », cela génère des vides dans le travail.

J’ai voulu dire cela en général, parce qu’il y a là les racines du problème du manque de travail, soulevé par ta question : « Comment puis-je comprendre, communiquer et accompagner un jeune qui est dans cette situation de chômage ? » Mes frères, il faut de la créativité ! Dans chaque cas. Une créativité courageuse pour chercher comment affronter cette situation. Mais ce n’est pas une question superficielle que tu as posée. Le nombre de suicides chez les jeunes augmente mais les gouvernements – pas tous – ne publient pas le chiffre exact : ils publient jusqu’à un certain point, parce que c’est un scandale. Et pourquoi ces jeunes se pendent-ils, se suicident-ils ?

La raison principale de presque tous les cas est le manque de travail. Ils sont incapables de se sentir utiles et ils finissent… D’autres jeunes ne veulent pas affronter le suicide mais ils cherchent une aliénation intermédiaire avec les dépendances et la dépendance, aujourd’hui, est une fuite de ce manque de dignité. Pensez que derrière chaque dose de cocaïne – c’est ce que l’on pense – il y a une grande industrie mondiale qui permet cela et, probablement – je n’en suis pas sûr – le plus grand mouvement d’argent dans le monde. D’autres jeunes, sur leur téléphone portable, voient des choses intéressantes comme projet de vie : au moins, il y a du travail… C’est réel, cela se produit ! « Ah, je prends l’avion et je vais me faire enrôler par Daech : au moins j’aurai mille dollars en poche tous les mois et quelque chose à faire ! ».

Suicide, dépendances et sortie vers la guérilla sont les trois options que les jeunes ont aujourd’hui, quand il n’y a pas de travail. C’est important : comprendre le problème des jeunes ; faire sentir [à ce jeune] que je le comprends, et c’est cela communiquer avec lui. Et puis se remuer pour résoudre ce problème. Le problème a une solution, mais il faut trouver la manière, il faut une parole prophétique, il faut une inventivité humaine, il faut faire beaucoup de choses. Se salir les mains… Ma réponse à ta question est un peu longue, mais ce sont tous les éléments pour prendre une décision dans la communication avec un jeune qui n’a pas de travail. Tu as bien fait d’en parler, parce que c’est un problème de dignité.

Et que se passe-t-il quand un jésuite n’a pas de travail ? Là, c’est un gros problème ! Parle vite avec ton père spirituel, avec ton supérieur, fais un bon discernement sur la raison…

 Source : Zénit  - Traducttion Hélène GINABAT - 6 août 2018