Blog paroissial

« J'ai été esclave en Lybie »

« J’ai été esclave en Libye »

En 2015, victime du trafic d’êtres humains, Yacouba Konaté a été vendu en Libye comme du vulgaire bétail. De cette saison en enfer, l’Ivoirien garde des cicatrices. Il s’est aussi découvert, au creux de l’épreuve, une force insoupçonnée. Aujourd’hui réfugié en France, il travaille et a fondé une famille. Retour sur une histoire singulière prise au piège de l’Histoire.
Yacouba Lucky Konate à Paris, le 8 novembre 2020
Sébastien Leban pour la Croix l’hebdo

 

« Tu vas jouer dans la chambre, d’accord ? » Rien n’y fait, Salma fait demi-tour et revient vers son père. Yacouba Konaté offre un dernier câlin et renvoie la petite dans ses pénates. À 2 ans à peine, Salma ne doit rien entendre de ce qui va être dit. À son âge, on mérite – encore un peu – d’être préservée des horreurs du monde. Que faut-il lui cacher, exactement ? Que son père a été vendu comme esclave ? Qu’il a travaillé sous la menace constante des kalachnikovs ? Que, certains jours, il a eu faim à en pleurer ? Un peu tout cela. Car Yacouba, esclave en Libye, a connu toutes ces douleurs à ne plus savoir qu’en faire. « Là-bas, t’es un sous-homme », lâche-t-il, le regard lointain, comme tourné vers l’intérieur. Son calvaire a duré cinq mois, d’août 2015 à janvier 2016, « mais c’est comme si ça avait duré cinquante ans ». Il laisse passer un long silence et ajoute : « Après ça, on comprend le monde autrement. »

L’Ivoirien aurait pu mourir sous les coups, mourir de soif, peut-être même mourir de chagrin mais il est là, dans son petit HLM de Seine-et-Marne, vivant. Fichtrement vivant même, convaincu que le meilleur reste à venir. « La Libye, finalement, ce n’était pas mon terminus ! », lance-t-il. Le père de famille vient de passer le cap de la quarantaine. Il sourit comme ceux qui ont nargué la mort, un sourire en forme de défi. « J’ai traversé le pire, je ne veux plus perdre une seconde de ma “life”. »

Par quoi est-il passé ? Il cherche les mots, enfouis loin, et retisse petit à petit le fil de son histoire. Août 2015, un passeur tunisien lui promet l’Europe, en échange de 550 €. Le deal est tentant : la Libye, véritable porte d’entrée vers l’Italie, se trouve là, juste en face. Marché conclu. Ils sont une bonne trentaine, le jour J, à embarquer à bord d’un long pick-up. « On nous a serrés comme des pastèques. Et puis ils ont mis une grande bâche sur nos têtes. » Respire qui peut. L’Ivoirien fantasme déjà les côtes italiennes. Il fonce, en réalité, droit vers la nuit. Et à toute allure. « Là-bas, les types connaissent le désert comme la paume de leur main ! », se souvient-il, un brin épaté. Peut-être. Mais si les pick-up tracent dans le Sahara, c’est avant tout pour échapper aux milices en embuscade. Les cargaisons de ce genre attisent les convoitises des seigneurs de guerre locaux. Les migrants sont le nouvel « or noir » de la région.

La frontière passée, Yacouba est jeté dans un minuscule entrepôt avec 87 compagnons. « Une pièce de six mètres sur deux. » À cet instant précis, il vous fixe droit dans les yeux car il sait que vous ne le croirez pas. Et il répète chaque mot. Calmement. Distinctement. « Oui, oui. On était 88 dans une pièce de six mètres sur deux. » Huit personnes par m2, est-ce seulement possible ? « Pour tous tenir là-dedans, il fallait s’enlacer les uns les autres », explique-t-il en se levant pour mimer la scène. Des emmurés vivants. Le calvaire dure plusieurs jours. Lorsqu’on libère le petit groupe, on découvre un homme mort. « Certains, en sortant de là, n’arrivaient plus à marcher. » Et lui, comment a-t-il tenu ? « Un petit bonhomme en moi me disait : ”Sois fort, on va traverser ça.’’ Et, quand c’était trop dur, j’essayais d’extraire mon âme de mon corps. C’est un truc, en fait. Ça permet de moins sentir la douleur. »

Pire que le chaos

Yacouba connaissait déjà la Libye. Il y avait passé huit mois après avoir fui sa Côte d’Ivoire natale lors de la crise post-électorale de 2010. À l’époque, il y était venu trimer dur et économiser un peu avant de repartir. La Libye a la réputation d’être brutale – et ouvertement raciste – mais elle a toujours attiré la main-d’œuvre africaine. Pétrole oblige ! Après avoir vadrouillé ici et là sur le continent, l’Ivoirien y repasse donc à l’été 2015 avec, cette fois, l’Europe pour objectif. Entre-temps, le pays a changé. « C’est devenu pire que le chaos. Un monde dans le monde. » Après la destitution de Mouammar Kadhafi en 2011 et la lente « afghanisation » du pays, le trafic d’êtres humains est devenu le business juteux du coin. Amer paradoxe : les gangs criminels traitent les réfugiés comme moins que rien mais le trafic d’êtres humains, lui, se chiffre en centaines de millions de dollars.

Les milices locales ont beau brasser des sommes colossales, elles ne reculent devant rien pour quelques billets supplémentaires. Yacouba en sait quelque chose. « À notre arrivée, les passeurs nous ont tout pris. Tout ! Pour vérifier qu’on n’avait plus rien, ils nous ont mis tout nus – nus comme le jour où tu viens au monde ! –, nous ont fait nous accroupir et tousser pour voir si on n’avait pas des billets dans le rectum. » Pendant ce temps, on découd méthodiquement les ourlets de leurs vêtements, des fois qu’un billet s’y trouverait, finement enroulé. Vient ensuite le racket des familles. Les trafiquants exigent des migrants qu’ils appellent leurs proches pour obtenir une rançon – quelques centaines, parfois quelques milliers d’euros – en échange de leur libération. On inflige à certains de sérieux sévices, histoire de mettre la pression sur les familles. Gare toutefois à ne pas payer trop vite… Cela peut trahir une certaine aisance financière et inciter les passeurs à réclamer davantage ! Yacouba, lui, appelle une amie tunisienne, Salma. Elle paie. Combien ? Il l’ignore. « Quand je suis arrivé en France, je l’ai tout de suite contactée pour savoir. Elle n’a jamais voulu me dire. » Au fait, Salma, comme sa fille ? « Oui. J’ai donné à ma petite le nom de celle qui m’avait sauvé la vie. »

Libéré ! Enfin, en théorie… Sous les cieux libyens, la liberté n’a pas le même sens qu’ailleurs. « D’autres mecs m’attendaient pour me reprendre… Là-bas, les milices se mettent d’accord dans ton dos », soupire-t-il. Et d’ajouter sur le ton de la blague : « Quand on te libérait du temps de Kadhafi, on te libérait vraiment ! » Derrière ce chaos, on découvre en fait un trafic de migrants très codifié : passeurs et milices en tout genre se les rachètent entre eux mais les cédent aussi à des centres de détention clandestins. Ces derniers peuvent à leur tour les louer sur des fermes, des chantiers, etc. Il arrive – c’est plus rare – qu’ils soient vendus à de riches particuliers.

Vendus en gros ou au détail    
Yacouba atterrit, lui, chez un « chef de famille » dans la région de Sabratha (dans le nord-ouest du pays). Combien a-t-il été vendu ? Là encore, il l’ignore. « C’était une vente en gros. On était une petite dizaine à être achetés en même temps. » L’Ivoirien n’a pas connu la vente au détail, celle où l’acheteur palpe les biceps de sa future acquisition en faisant la moue… histoire de faire baisser son prix. « J’ai échappé à cela, Dieu merci. » Il intègre une belle demeure, « une villa bien balaise », sourit-il, des étoiles plein les yeux. À peine le temps de s’émerveiller qu’on lui indique le garage à partager avec d’autres misérables. « En Libye, c’est comme si chacun avait une prison privée chez lui. »

Le groupe comprend qu’il faudra trimer dur pour recouvrer sa liberté. « Faut racheter sa tête ! », leur rabâche-t-on. S’ensuit un quotidien de brimades et d’humiliations. Yacouba travaille la plupart du temps aux champs, sous la menace constante des kalachnikovs. Certains jours, lui et ses camarades sont gardés par de simples gamins. Armés, là encore. Les repas sont sommaires : du pain, de l’eau, du lait, des gâteaux secs et – les jours fastes – des sardines en boîte. On traite les esclaves de « hallouf ». « Ça veut dire ”corvéable à merci” en arabe », explique-t-il. La traduction exacte n’est pas tout à fait celle-là. Elle est plus dégradante encore : hallouf signifie « porc ». L’Ivoirien le sait-il ? Qu’importe, il ne s’arrête pas à ce genre de détail. Il fallait survivre. Point. Passant à nouveau de main en main, Yacouba atterrit dans un centre de détention clandestin. Un cauchemar. « Là-bas, les gardiens ne travaillaient pas le week-end, et on pouvait rester jusqu’à soixante-douze heures sans manger. Là, tu pleures de faim. » Certains en viennent à boire leur urine. « On n’était vraiment plus rien. » Une ombre d’homme.

L’Ivoirien a traversé tout cela sans sombrer. Sans connaître le dégoût de soi qui consume parfois les victimes. Ce dégoût de soi que la romancière américaine Toni Morrison disséquait comme personne en narrant la vie des esclaves des plantations sudistes : « Tout Blanc avait le droit de se saisir de votre personne pour un oui ou pour un non. Pas seulement pour vous faire travailler, vous tuer ou vous mutiler, mais pour vous salir. Vous salir si gravement qu’il vous serait à jamais impossible de vous aimer. Vous salir si profondément que vous en oubliiez qui vous étiez » (1).

Le quadra, lui, n’a jamais oublié qui il était. « Dans les moments durs, je faisais en sorte que mon moi supérieur domine mon moi inférieur. » Il chantait aussi. Le soir venu, lorsque les gardiens désertent, Yacouba mêle sa voix aux derniers murmures du jour : « Je chantais sur la révolte, l’amour, le pardon…, ça m’aidait. Les autres aussi, je crois. » À chacun sa façon de rendre le réel plus supportable, c’était la sienne. Ses compagnons l’ont, eux aussi, aidé à tenir. « J’ai appris là-bas que, plus on donne aux autres, plus on s’en sort. » Mais encore ? « Par exemple, je gardais parfois une partie de ma nourriture pour l’offrir à ceux qui avaient plus faim que moi, ça aide à oublier sa propre souffrance et à tenir mentalement. » Être réifié comme jamais et, à cet instant précis, déployer un supplément d’âme… Bluffant tour de passe-passe.

Le règne de l’arbitraire 

Fin 2015, alors qu’il n’attend plus rien, Yacouba est libéré. Pourquoi là, pourquoi maintenant ? Impossible de le dire. « Peut-être qu’au bout d’un moment on n’est plus efficace ? », suggère-t-il. Possible. Pour le comprendre, il faut surtout bien comprendre la logique des milices. Leur objectif : capitaliser sur les migrants en rançonnant les familles, en les revendant à d’autres bandes. En clair, elles cherchent avant tout du flux. Résultat, on tombe dans leurs griffes comme on est libéré : de façon totalement arbitraire.

L’Ivoirien réussit finalement à embarquer pour l’Europe. Il accoste en Sicile en janvier 2016. « C’était l’hiver. Je n’avais pas de chaussures, pas de tee-shirt, rien ! », rigole-t-il. « Enfin si, j’avais un short… Celui-ci d’ailleurs ! », dit-il, en exhibant celui qu’il porte ce jour-là. Un short auquel il reste attaché. On croit y déceler une forme de fétichisme. À tort. « Quand on a manqué de tout, on ne gaspille plus, c’est tout. » Yacouba rejoint ensuite l’Hexagone grâce à l’aide d’une poignée de bénévoles. Grâce à cette solidarité de l’ombre faite d’anonymes toujours désintéressés. Il s’installe à Savigny-le-Temple, en région parisienne, et obtient le droit d’asile.

Les plaines arides de Libye sont loin mais elles rôdent encore parfois. Elles reviennent même le hanter certains jours. « Oublier, c’est impossible. » Il n’est pas le seul dans ce cas. Grégoire Blaise Essono, réfugié à Grenoble après avoir été esclave lui aussi, ressasse en boucle certains souvenirs. « Un jour, en Libye, je suis passé dans la rue devant une femme âgée qui, en me voyant, s’est emportée contre son fils en disant : ‘‘Il y a 1 000 dinars qui passe devant nous et, toi, tu restes là sans rien faire !’’ Pour elle, je n’étais que ça, 1 000 dinars », soupire le Camerounais. Lansana Yattara, venu du Ghana, garde lui surtout en mémoire les coups : « En Libye, j’ai été battu, battu, battu… Je ne pensais qu’à une chose : rester en vie. » À son regard las et ses paroles confuses, on comprend qu’il a passé toute son énergie à une seule chose : survivre.

À toutes ces douleurs s’en ajoute une autre, plus inattendue : celle d’être pris pour un affabulateur. « Quand je suis arrivé en France, certains ne me croyaient pas quand je disais avoir été vendu comme esclave. Un jour, on m’a même conseillé de me faire soigner ! », se souvient Alpha Kaba, réfugié aujourd’hui à Bordeaux (lire « Pour aller plus loin » p. 30). Tout change en novembre 2017 avec la diffusion sur CNN d’une vente aux enchères d’esclaves près de Tripoli. La vidéo saisit d’effroi la communauté internationale. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, se déclare « horrifié » ; les chancelleries occidentales dénoncent un « crime contre l’humanité » ; l’Union africaine annonce l’ouverture d’une commission d’enquête. « À partir de là, on m’a cru », cingle Alpha Kaba.

Yacouba, lui, n’a jamais vu sa parole mise en doute. S’il a consulté, ce n’est pas tant pour « se faire soigner » que pour mettre des mots sur son passé. Sans grand succès. « J’ai vu une psy mais quand je lui racontais ce que j’avais vécu, elle se mettait à pleurer… Du coup, j’ai arrêté. » Il en rit. On s’en étonne, d’ailleurs. Entre deux détails sordides, le quadragénaire se montre en effet jovial, parfois drôle. Presque trop gai pour l’être vraiment. On lui fait remarquer, mais il persiste : « Depuis la France, je n’ai plus jamais été triste. Ce que j’ai vécu en Libye, j’ai décidé de laisser là-bas. » Difficile dans ses propos de distinguer ce qui relève du constat, du volontarisme ou du pari. En l’écoutant, ce sont les mots de la scénariste Marceline Loridan-Ivens, survivante des camps, qui viennent à l’esprit : « J’ai été quelqu’un de gai (...)pour me venger d’être triste » (2).

Débrouillard, l’Ivoirien s’est dégoté deux jobs, l’un dans la vidéosurveillance, l’autre au sein de la task force (force opérationnelle) de la SNCF. Il est passé par la « salle de muscu » entre temps et n’est pas peu fier, aujourd’hui, d’arborer ses épaules de Rambo. Il enchaîne les heures, travaille de nuit et cale son réveil « sur 3 heures du mat’ ». Pas un soupir, pas une complainte. « Quand tu as vécu ce que j’ai vécu, je peux te dire que tu fêtes tous les jours ton anniversaire ! », lâche-t-il, rigolard, enfoncé dans son canapé, coincé entre la table à manger et l’étendoir à linge. Sa compagne vient de donner naissance à leur second, un garçon. Il faudra pousser un peu les murs de leur petit HLM, mais « ça ira, ça ira ».

Le Jeune Yacou

Yacouba a un rêve : vivre de sa musique. Il se produit déjà ici et là. Son premier spectacle, Le Jeune Yacou, dans lequel il retrace son odyssée libyenne, a rencontré un joli succès. Il a même été programmé l’an dernier au festival « off » d’Avignon. Une consécration. Pensez, être applaudi après n’avoir été plus rien… Amateur pour le moment, il avoue être parfois rattrapé par l’émotion sur scène. « Avant, ça m’aurait gêné. Plus maintenant. Parfois, les larmes doivent couler. » Covid ou pas, il continue de composer : « Ce sera dur, mais je ne lâche pas. »

Au jour le jour, le père de famille évoque rarement son parcours d’exilé. Il a fait une entorse il y a peu, après avoir été traité de « blédard » par une petite bande de jeunes. Blessé, il leur a tout déballé, la Libye, la traversée de Méditerranée, l’exil, tout. Pourquoi ? « Histoire d’envoyer un peu de respect. » Et il ne s’est pas arrêté là : « Je leur ai dit aussi qu’ils étaient bien chanceux de vivre en France, d’avoir toutes ces opportunités. On peut tout faire ici ! Même un doctorat ! » Ils l’ont écouté, l’ont-ils entendu ? Optimiste, Yacouba veut croire que oui. Et ses collègues, savent-ils par quoi il est passé ? Il n’a pas le souvenir d’en avoir parlé mais ça a fini par se savoir. Ce jour-là, un collègue – bouleversé – lui a spontanément offert son sandwich. « C’était très sympa, mais ça m’a un peu mis mal à l’aise. » Yacouba veut bien tout, mais surtout pas de la pitié.

La Libye, on en réchappe

Aujourd’hui, il aimerait oublier mais se souvient de tout. Une aubaine pour la justice française : une poignée d’enquêteurs sillonne en effet l’Hexagone à la recherche de migrants ayant subi le même sort que lui en Libye. Objectif : poursuivre en France d’éventuels responsables de la traite comme ce fut le cas de certains criminels rwandais émigrés en France. Les enquêteurs ont ainsi recueilli les témoignages de Yacouba, Alpha et les autres et leur ont soumis des clichés de possibles suspects.

L’Ivoirien salue l’initiative et souhaite qu’on rende justice à tous ses frères de silence disparus dans les replis du désert libyen. Un petit groupe de Gambiens lui revient en mémoire. « C’était des types hyper-courageux. Ils s’étaient évadés… Ils ont finalement été rattrapés, exécutés et jetés dans une fosse commune. » Combien sont-ils à avoir été enterrés à la va-vite, sans stèle ni rien ? Impossible de le dire : les migrants arrivent clandestinement en Libye, tombent dans les griffes de gangs tout aussi clandestins avant d’être exécutés… clandestinement là encore. Oubliés parmi les oubliés.

S’il salue le volontarisme de la justice, Yacouba comprend moins en revanche qu’on renvoie les migrants en Libye. Les accords passés entre Tripoli et l’Union européenne prévoient que les garde-côtes libyens interceptent les Zodiacs dérivant en Méditerranée. Entre janvier et juin 2020, près de 6 000 d’entre eux ont ainsi été rattrapés en pleine mer et renvoyés en Libye. Ce que dénonce Amnesty international, Human Rights Watch et nombre d’ONG dans leur sillage. « Comment peut-on les renvoyer là-bas ? », demande Yacouba. Lui et ses camarades savent, dans leur chair même, quelque chose que les Européens peinent à comprendre : on ne quitte pas la Libye, on en réchappe.

Profitant de l’inattention de son père, Salma a fait une réapparition discrète au salon. Son paternel, qui finit par l’apercevoir, lui ouvre grand les bras.
- « Lui raconterez-vous tout cela, un jour ? »
- « On verra », élude-t-il. « Enfin si. Je lui dirai que rien n’est jamais acquis », reprend-il.
- « Rien d’autre ? »
- « Si. Je lui dirai aussi que rien n’est impossible ! », lâche-t-il, le visage soudain solaire.

Père et fille se perdent dans un même rire. « Qui vivra verra », dit le proverbe. Yacouba, avec son short élimé, sa volonté d’airain et sa gamine sur les genoux, semble dire : « Je vivrai, vous verrez. »

Pourquoi nous l’avons fait ?

Novembre 2017, la chaîne d’information CNN filme une vente d’esclaves en Libye. La vidéo provoque une émotion immédiate et une condamnation planétaire. Et puis l’actualité reprend sa course folle. Ce trafic d’un autre âge disparaît des radars médiatiques. Qui sont ses victimes ? Qu’ont-elles enduré ? Quel regard portent-elles sur elles-mêmes, et sur le monde, après cela ? Autant de questions restées en suspens… L’indignation s’est déportée sur d’autres effrois, d’autres scandales, d’autres combats aussi.

Nous avons voulu donner la parole à l’une de ces victimes, choisie parmi d’autres : Yacouba Konaté, un Ivoirien vendu comme esclave en Libye et aujourd’hui réfugié en France. Il se raconte avec des mots simples et directs. Sans pathos, ni circonvolution sémantique. À l’écouter, on touche du doigt une réalité plus abominable encore que celle imaginée.

Il nous dit aussi quelque chose de plus inattendu, de plus inespéré : la résilience est possible. On peut, même après le pire, résister aux assauts de l’abattement, aux sirènes du tragique. Et, après tout, c’est aussi ça l’actualité.

                                                                               Source : Marie Boëton pour La Croix

Yacouba Lucky Konate à Paris, le 8 novembre 2020 - Sébastien L

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

25.08 | 11:19

paroissienne futur proche

...
29.06 | 11:02

Bonjour Monsieur Jean-Baptiste LUCAS?
Je vous ai adressé un message internet (courriel) sur votre boîte personnel.
SVP l'avez-vous bien reçu ?
Merci d'avance

...
18.02 | 11:33

Bonjour serais t-il possible d'avoir les date pour cette année pour batise une petite emma qui est née le 23 décembre 2019 on est de bourseul merci

...
18.01 | 10:24

Bonjour,
Je souhaiterais connaître les dates et lieux de baptême pour un enfant de moins de 2 ans en mai/juin 2020. Merci

...
Vous aimez cette page
Bonjour !
Créez votre site internet tout comme moi! C'est facile et vous pouvez essayer sans payer
ANNONCE