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« J’ai été esclave en Libye »

En 2015, victime du trafic d’êtres humains, Yacouba Konaté a été vendu en Libye comme du vulgaire bétail. De cette saison en enfer, l’Ivoirien garde des cicatrices. Il s’est aussi découvert, au creux de l’épreuve, une force insoupçonnée. Aujourd’hui réfugié en France, il travaille et a fondé une famille. Retour sur une histoire singulière prise au piège de l’Histoire.
Yacouba Lucky Konate à Paris, le 8 novembre 2020
Sébastien Leban pour la Croix l’hebdo

 

« Tu vas jouer dans la chambre, d’accord ? » Rien n’y fait, Salma fait demi-tour et revient vers son père. Yacouba Konaté offre un dernier câlin et renvoie la petite dans ses pénates. À 2 ans à peine, Salma ne doit rien entendre de ce qui va être dit. À son âge, on mérite – encore un peu – d’être préservée des horreurs du monde. Que faut-il lui cacher, exactement ? Que son père a été vendu comme esclave ? Qu’il a travaillé sous la menace constante des kalachnikovs ? Que, certains jours, il a eu faim à en pleurer ? Un peu tout cela. Car Yacouba, esclave en Libye, a connu toutes ces douleurs à ne plus savoir qu’en faire. « Là-bas, t’es un sous-homme », lâche-t-il, le regard lointain, comme tourné vers l’intérieur. Son calvaire a duré cinq mois, d’août 2015 à janvier 2016, « mais c’est comme si ça avait duré cinquante ans ». Il laisse passer un long silence et ajoute : « Après ça, on comprend le monde autrement. »

L’Ivoirien aurait pu mourir sous les coups, mourir de soif, peut-être même mourir de chagrin mais il est là, dans son petit HLM de Seine-et-Marne, vivant. Fichtrement vivant même, convaincu que le meilleur reste à venir. « La Libye, finalement, ce n’était pas mon terminus ! », lance-t-il. Le père de famille vient de passer le cap de la quarantaine. Il sourit comme ceux qui ont nargué la mort, un sourire en forme de défi. « J’ai traversé le pire, je ne veux plus perdre une seconde de ma “life”. »

Par quoi est-il passé ? Il cherche les mots, enfouis loin, et retisse petit à petit le fil de son histoire. Août 2015, un passeur tunisien lui promet l’Europe, en échange de 550 €. Le deal est tentant : la Libye, véritable porte d’entrée vers l’Italie, se trouve là, juste en face. Marché conclu. Ils sont une bonne trentaine, le jour J, à embarquer à bord d’un long pick-up. « On nous a serrés comme des pastèques. Et puis ils ont mis une grande bâche sur nos têtes. » Respire qui peut. L’Ivoirien fantasme déjà les côtes italiennes. Il fonce, en réalité, droit vers la nuit. Et à toute allure. « Là-bas, les types connaissent le désert comme la paume de leur main ! », se souvient-il, un brin épaté. Peut-être. Mais si les pick-up tracent dans le Sahara, c’est avant tout pour échapper aux milices en embuscade. Les cargaisons de ce genre attisent les convoitises des seigneurs de guerre locaux. Les migrants sont le nouvel « or noir » de la région.

La frontière passée, Yacouba est jeté dans un minuscule entrepôt avec 87 compagnons. « Une pièce de six mètres sur deux. » À cet instant précis, il vous fixe droit dans les yeux car il sait que vous ne le croirez pas. Et il répète chaque mot. Calmement. Distinctement. « Oui, oui. On était 88 dans une pièce de six mètres sur deux. » Huit personnes par m2, est-ce seulement possible ? « Pour tous tenir là-dedans, il fallait s’enlacer les uns les autres », explique-t-il en se levant pour mimer la scène. Des emmurés vivants. Le calvaire dure plusieurs jours. Lorsqu’on libère le petit groupe, on découvre un homme mort. « Certains, en sortant de là, n’arrivaient plus à marcher. » Et lui, comment a-t-il tenu ? « Un petit bonhomme en moi me disait : ”Sois fort, on va traverser ça.’’ Et, quand c’était trop dur, j’essayais d’extraire mon âme de mon corps. C’est un truc, en fait. Ça permet de moins sentir la douleur. »

Pire que le chaos

Yacouba connaissait déjà la Libye. Il y avait passé huit mois après avoir fui sa Côte d’Ivoire natale lors de la crise post-électorale de 2010. À l’époque, il y était venu trimer dur et économiser un peu avant de repartir. La Libye a la réputation d’être brutale – et ouvertement raciste – mais elle a toujours attiré la main-d’œuvre africaine. Pétrole oblige ! Après avoir vadrouillé ici et là sur le continent, l’Ivoirien y repasse donc à l’été 2015 avec, cette fois, l’Europe pour objectif. Entre-temps, le pays a changé. « C’est devenu pire que le chaos. Un monde dans le monde. » Après la destitution de Mouammar Kadhafi en 2011 et la lente « afghanisation » du pays, le trafic d’êtres humains est devenu le business juteux du coin. Amer paradoxe : les gangs criminels traitent les réfugiés comme moins que rien mais le trafic d’êtres humains, lui, se chiffre en centaines de millions de dollars.

Les milices locales ont beau brasser des sommes colossales, elles ne reculent devant rien pour quelques billets supplémentaires. Yacouba en sait quelque chose. « À notre arrivée, les passeurs nous ont tout pris. Tout ! Pour vérifier qu’on n’avait plus rien, ils nous ont mis tout nus – nus comme le jour où tu viens au monde ! –, nous ont fait nous accroupir et tousser pour voir si on n’avait pas des billets dans le rectum. » Pendant ce temps, on découd méthodiquement les ourlets de leurs vêtements, des fois qu’un billet s’y trouverait, finement enroulé. Vient ensuite le racket des familles. Les trafiquants exigent des migrants qu’ils appellent leurs proches pour obtenir une rançon – quelques centaines, parfois quelques milliers d’euros – en échange de leur libération. On inflige à certains de sérieux sévices, histoire de mettre la pression sur les familles. Gare toutefois à ne pas payer trop vite… Cela peut trahir une certaine aisance financière et inciter les passeurs à réclamer davantage ! Yacouba, lui, appelle une amie tunisienne, Salma. Elle paie. Combien ? Il l’ignore. « Quand je suis arrivé en France, je l’ai tout de suite contactée pour savoir. Elle n’a jamais voulu me dire. » Au fait, Salma, comme sa fille ? « Oui. J’ai donné à ma petite le nom de celle qui m’avait sauvé la vie. »

Libéré ! Enfin, en théorie… Sous les cieux libyens, la liberté n’a pas le même sens qu’ailleurs. « D’autres mecs m’attendaient pour me reprendre… Là-bas, les milices se mettent d’accord dans ton dos », soupire-t-il. Et d’ajouter sur le ton de la blague : « Quand on te libérait du temps de Kadhafi, on te libérait vraiment ! » Derrière ce chaos, on découvre en fait un trafic de migrants très codifié : passeurs et milices en tout genre se les rachètent entre eux mais les cédent aussi à des centres de détention clandestins. Ces derniers peuvent à leur tour les louer sur des fermes, des chantiers, etc. Il arrive – c’est plus rare – qu’ils soient vendus à de riches particuliers.

Vendus en gros ou au détail    
Yacouba atterrit, lui, chez un « chef de famille » dans la région de Sabratha (dans le nord-ouest du pays). Combien a-t-il été vendu ? Là encore, il l’ignore. « C’était une vente en gros. On était une petite dizaine à être achetés en même temps. » L’Ivoirien n’a pas connu la vente au détail, celle où l’acheteur palpe les biceps de sa future acquisition en faisant la moue… histoire de faire baisser son prix. « J’ai échappé à cela, Dieu merci. » Il intègre une belle demeure, « une villa bien balaise », sourit-il, des étoiles plein les yeux. À peine le temps de s’émerveiller qu’on lui indique le garage à partager avec d’autres misérables. « En Libye, c’est comme si chacun avait une prison privée chez lui. »

Le groupe comprend qu’il faudra trimer dur pour recouvrer sa liberté. « Faut racheter sa tête ! », leur rabâche-t-on. S’ensuit un quotidien de brimades et d’humiliations. Yacouba travaille la plupart du temps aux champs, sous la menace constante des kalachnikovs. Certains jours, lui et ses camarades sont gardés par de simples gamins. Armés, là encore. Les repas sont sommaires : du pain, de l’eau, du lait, des gâteaux secs et – les jours fastes – des sardines en boîte. On traite les esclaves de « hallouf ». « Ça veut dire ”corvéable à merci” en arabe », explique-t-il. La traduction exacte n’est pas tout à fait celle-là. Elle est plus dégradante encore : hallouf signifie « porc ». L’Ivoirien le sait-il ? Qu’importe, il ne s’arrête pas à ce genre de détail. Il fallait survivre. Point. Passant à nouveau de main en main, Yacouba atterrit dans un centre de détention clandestin. Un cauchemar. « Là-bas, les gardiens ne travaillaient pas le week-end, et on pouvait rester jusqu’à soixante-douze heures sans manger. Là, tu pleures de faim. » Certains en viennent à boire leur urine. « On n’était vraiment plus rien. » Une ombre d’homme.

L’Ivoirien a traversé tout cela sans sombrer. Sans connaître le dégoût de soi qui consume parfois les victimes. Ce dégoût de soi que la romancière américaine Toni Morrison disséquait comme personne en narrant la vie des esclaves des plantations sudistes : « Tout Blanc avait le droit de se saisir de votre personne pour un oui ou pour un non. Pas seulement pour vous faire travailler, vous tuer ou vous mutiler, mais pour vous salir. Vous salir si gravement qu’il vous serait à jamais impossible de vous aimer. Vous salir si profondément que vous en oubliiez qui vous étiez » (1).

Le quadra, lui, n’a jamais oublié qui il était. « Dans les moments durs, je faisais en sorte que mon moi supérieur domine mon moi inférieur. » Il chantait aussi. Le soir venu, lorsque les gardiens désertent, Yacouba mêle sa voix aux derniers murmures du jour : « Je chantais sur la révolte, l’amour, le pardon…, ça m’aidait. Les autres aussi, je crois. » À chacun sa façon de rendre le réel plus supportable, c’était la sienne. Ses compagnons l’ont, eux aussi, aidé à tenir. « J’ai appris là-bas que, plus on donne aux autres, plus on s’en sort. » Mais encore ? « Par exemple, je gardais parfois une partie de ma nourriture pour l’offrir à ceux qui avaient plus faim que moi, ça aide à oublier sa propre souffrance et à tenir mentalement. » Être réifié comme jamais et, à cet instant précis, déployer un supplément d’âme… Bluffant tour de passe-passe.

Le règne de l’arbitraire 

Fin 2015, alors qu’il n’attend plus rien, Yacouba est libéré. Pourquoi là, pourquoi maintenant ? Impossible de le dire. « Peut-être qu’au bout d’un moment on n’est plus efficace ? », suggère-t-il. Possible. Pour le comprendre, il faut surtout bien comprendre la logique des milices. Leur objectif : capitaliser sur les migrants en rançonnant les familles, en les revendant à d’autres bandes. En clair, elles cherchent avant tout du flux. Résultat, on tombe dans leurs griffes comme on est libéré : de façon totalement arbitraire.

L’Ivoirien réussit finalement à embarquer pour l’Europe. Il accoste en Sicile en janvier 2016. « C’était l’hiver. Je n’avais pas de chaussures, pas de tee-shirt, rien ! », rigole-t-il. « Enfin si, j’avais un short… Celui-ci d’ailleurs ! », dit-il, en exhibant celui qu’il porte ce jour-là. Un short auquel il reste attaché. On croit y déceler une forme de fétichisme. À tort. « Quand on a manqué de tout, on ne gaspille plus, c’est tout. » Yacouba rejoint ensuite l’Hexagone grâce à l’aide d’une poignée de bénévoles. Grâce à cette solidarité de l’ombre faite d’anonymes toujours désintéressés. Il s’installe à Savigny-le-Temple, en région parisienne, et obtient le droit d’asile.

Les plaines arides de Libye sont loin mais elles rôdent encore parfois. Elles reviennent même le hanter certains jours. « Oublier, c’est impossible. » Il n’est pas le seul dans ce cas. Grégoire Blaise Essono, réfugié à Grenoble après avoir été esclave lui aussi, ressasse en boucle certains souvenirs. « Un jour, en Libye, je suis passé dans la rue devant une femme âgée qui, en me voyant, s’est emportée contre son fils en disant : ‘‘Il y a 1 000 dinars qui passe devant nous et, toi, tu restes là sans rien faire !’’ Pour elle, je n’étais que ça, 1 000 dinars », soupire le Camerounais. Lansana Yattara, venu du Ghana, garde lui surtout en mémoire les coups : « En Libye, j’ai été battu, battu, battu… Je ne pensais qu’à une chose : rester en vie. » À son regard las et ses paroles confuses, on comprend qu’il a passé toute son énergie à une seule chose : survivre.

À toutes ces douleurs s’en ajoute une autre, plus inattendue : celle d’être pris pour un affabulateur. « Quand je suis arrivé en France, certains ne me croyaient pas quand je disais avoir été vendu comme esclave. Un jour, on m’a même conseillé de me faire soigner ! », se souvient Alpha Kaba, réfugié aujourd’hui à Bordeaux (lire « Pour aller plus loin » p. 30). Tout change en novembre 2017 avec la diffusion sur CNN d’une vente aux enchères d’esclaves près de Tripoli. La vidéo saisit d’effroi la communauté internationale. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, se déclare « horrifié » ; les chancelleries occidentales dénoncent un « crime contre l’humanité » ; l’Union africaine annonce l’ouverture d’une commission d’enquête. « À partir de là, on m’a cru », cingle Alpha Kaba.

Yacouba, lui, n’a jamais vu sa parole mise en doute. S’il a consulté, ce n’est pas tant pour « se faire soigner » que pour mettre des mots sur son passé. Sans grand succès. « J’ai vu une psy mais quand je lui racontais ce que j’avais vécu, elle se mettait à pleurer… Du coup, j’ai arrêté. » Il en rit. On s’en étonne, d’ailleurs. Entre deux détails sordides, le quadragénaire se montre en effet jovial, parfois drôle. Presque trop gai pour l’être vraiment. On lui fait remarquer, mais il persiste : « Depuis la France, je n’ai plus jamais été triste. Ce que j’ai vécu en Libye, j’ai décidé de laisser là-bas. » Difficile dans ses propos de distinguer ce qui relève du constat, du volontarisme ou du pari. En l’écoutant, ce sont les mots de la scénariste Marceline Loridan-Ivens, survivante des camps, qui viennent à l’esprit : « J’ai été quelqu’un de gai (...)pour me venger d’être triste » (2).

Débrouillard, l’Ivoirien s’est dégoté deux jobs, l’un dans la vidéosurveillance, l’autre au sein de la task force (force opérationnelle) de la SNCF. Il est passé par la « salle de muscu » entre temps et n’est pas peu fier, aujourd’hui, d’arborer ses épaules de Rambo. Il enchaîne les heures, travaille de nuit et cale son réveil « sur 3 heures du mat’ ». Pas un soupir, pas une complainte. « Quand tu as vécu ce que j’ai vécu, je peux te dire que tu fêtes tous les jours ton anniversaire ! », lâche-t-il, rigolard, enfoncé dans son canapé, coincé entre la table à manger et l’étendoir à linge. Sa compagne vient de donner naissance à leur second, un garçon. Il faudra pousser un peu les murs de leur petit HLM, mais « ça ira, ça ira ».

Le Jeune Yacou

Yacouba a un rêve : vivre de sa musique. Il se produit déjà ici et là. Son premier spectacle, Le Jeune Yacou, dans lequel il retrace son odyssée libyenne, a rencontré un joli succès. Il a même été programmé l’an dernier au festival « off » d’Avignon. Une consécration. Pensez, être applaudi après n’avoir été plus rien… Amateur pour le moment, il avoue être parfois rattrapé par l’émotion sur scène. « Avant, ça m’aurait gêné. Plus maintenant. Parfois, les larmes doivent couler. » Covid ou pas, il continue de composer : « Ce sera dur, mais je ne lâche pas. »

Au jour le jour, le père de famille évoque rarement son parcours d’exilé. Il a fait une entorse il y a peu, après avoir été traité de « blédard » par une petite bande de jeunes. Blessé, il leur a tout déballé, la Libye, la traversée de Méditerranée, l’exil, tout. Pourquoi ? « Histoire d’envoyer un peu de respect. » Et il ne s’est pas arrêté là : « Je leur ai dit aussi qu’ils étaient bien chanceux de vivre en France, d’avoir toutes ces opportunités. On peut tout faire ici ! Même un doctorat ! » Ils l’ont écouté, l’ont-ils entendu ? Optimiste, Yacouba veut croire que oui. Et ses collègues, savent-ils par quoi il est passé ? Il n’a pas le souvenir d’en avoir parlé mais ça a fini par se savoir. Ce jour-là, un collègue – bouleversé – lui a spontanément offert son sandwich. « C’était très sympa, mais ça m’a un peu mis mal à l’aise. » Yacouba veut bien tout, mais surtout pas de la pitié.

La Libye, on en réchappe

Aujourd’hui, il aimerait oublier mais se souvient de tout. Une aubaine pour la justice française : une poignée d’enquêteurs sillonne en effet l’Hexagone à la recherche de migrants ayant subi le même sort que lui en Libye. Objectif : poursuivre en France d’éventuels responsables de la traite comme ce fut le cas de certains criminels rwandais émigrés en France. Les enquêteurs ont ainsi recueilli les témoignages de Yacouba, Alpha et les autres et leur ont soumis des clichés de possibles suspects.

L’Ivoirien salue l’initiative et souhaite qu’on rende justice à tous ses frères de silence disparus dans les replis du désert libyen. Un petit groupe de Gambiens lui revient en mémoire. « C’était des types hyper-courageux. Ils s’étaient évadés… Ils ont finalement été rattrapés, exécutés et jetés dans une fosse commune. » Combien sont-ils à avoir été enterrés à la va-vite, sans stèle ni rien ? Impossible de le dire : les migrants arrivent clandestinement en Libye, tombent dans les griffes de gangs tout aussi clandestins avant d’être exécutés… clandestinement là encore. Oubliés parmi les oubliés.

S’il salue le volontarisme de la justice, Yacouba comprend moins en revanche qu’on renvoie les migrants en Libye. Les accords passés entre Tripoli et l’Union européenne prévoient que les garde-côtes libyens interceptent les Zodiacs dérivant en Méditerranée. Entre janvier et juin 2020, près de 6 000 d’entre eux ont ainsi été rattrapés en pleine mer et renvoyés en Libye. Ce que dénonce Amnesty international, Human Rights Watch et nombre d’ONG dans leur sillage. « Comment peut-on les renvoyer là-bas ? », demande Yacouba. Lui et ses camarades savent, dans leur chair même, quelque chose que les Européens peinent à comprendre : on ne quitte pas la Libye, on en réchappe.

Profitant de l’inattention de son père, Salma a fait une réapparition discrète au salon. Son paternel, qui finit par l’apercevoir, lui ouvre grand les bras.
- « Lui raconterez-vous tout cela, un jour ? »
- « On verra », élude-t-il. « Enfin si. Je lui dirai que rien n’est jamais acquis », reprend-il.
- « Rien d’autre ? »
- « Si. Je lui dirai aussi que rien n’est impossible ! », lâche-t-il, le visage soudain solaire.

Père et fille se perdent dans un même rire. « Qui vivra verra », dit le proverbe. Yacouba, avec son short élimé, sa volonté d’airain et sa gamine sur les genoux, semble dire : « Je vivrai, vous verrez. »

Pourquoi nous l’avons fait ?

Novembre 2017, la chaîne d’information CNN filme une vente d’esclaves en Libye. La vidéo provoque une émotion immédiate et une condamnation planétaire. Et puis l’actualité reprend sa course folle. Ce trafic d’un autre âge disparaît des radars médiatiques. Qui sont ses victimes ? Qu’ont-elles enduré ? Quel regard portent-elles sur elles-mêmes, et sur le monde, après cela ? Autant de questions restées en suspens… L’indignation s’est déportée sur d’autres effrois, d’autres scandales, d’autres combats aussi.

Nous avons voulu donner la parole à l’une de ces victimes, choisie parmi d’autres : Yacouba Konaté, un Ivoirien vendu comme esclave en Libye et aujourd’hui réfugié en France. Il se raconte avec des mots simples et directs. Sans pathos, ni circonvolution sémantique. À l’écouter, on touche du doigt une réalité plus abominable encore que celle imaginée.

Il nous dit aussi quelque chose de plus inattendu, de plus inespéré : la résilience est possible. On peut, même après le pire, résister aux assauts de l’abattement, aux sirènes du tragique. Et, après tout, c’est aussi ça l’actualité.

                                                                               Source : Marie Boëton pour La Croix

Yacouba Lucky Konate à Paris, le 8 novembre 2020 - Sébastien L

"Communiqué de presse - Paris, le 29 novembre 2020

DÉCISION DU CONSEIL D’ÉTAT DU 29 NOVEMBRE 2020 :
LE DROIT A ÉTÉ RÉTABLI ET LA RAISON RECONNUE


Par sa décision rendue ce matin, 29 novembre, le Conseil d’État a suspendu la mesure gouvernementale qui limitait à 30 le nombre de personnes autorisées à assister aux cérémonies religieuses dans les lieux de culte. 

La haute juridiction enjoint le « Premier ministre de modifier sa décision d’autoriser la reprise des cultes à compter du week-end des 28 et 29 novembre dans la limite de trente personnes, et d’appliquer à la participation du public aux cérémonies une jauge de 30 % de la capacité globale d’accueil du lieu de culte concerné, dans les respects des mesures sanitaires ».

Le juge des référés du Conseil d’État a jugé que cette limitation était disproportionnée et portait ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de culte.

Les célébrations religieuses peuvent reprendre sans cette limitation de 30 personnes. Ces célébrations devront cependant se dérouler dans le strict respect des mesures sanitaires en vigueur, en tenant compte de la capacité d’accueil de chaque église, ainsi que cela avait été proposé par la Conférence des évêques de France.
 

La CEF considère que le droit a ainsi été rétabli et la raison reconnue. Elle forme cependant le vœu que le recours judiciaire reste l’exception dans le dialogue avec les autorités de notre pays.
 

Que ce temps de l’Avent nous prépare à célébrer Noël et accueillir le Seigneur qui vient."

Ces évêques qui refusent
de compter les fidèles pour la reprise des messes

Plusieurs évêques appellent à accueillir tous les fidèles qui se présenteront à la messe dimanche. Et ce même après l’annonce de Jean Castex imposant une jauge de trente personnes dans les lieux de culte. La révolte gronde.

 

L'évêque de Versailles, Mgr Éric Aumônier refuse de « demander aux curés l’application de mesures inapplicables compte-tenu du nombre de messes qu’il faudrait ainsi programmer le dimanche dans les églises des Yvelines ».

 

Un vent de rébellion souffle sur l’Eglise. Ecœurés par le maintien de la jauge à 30 personnes pour la reprise des messes dimanche 28 novembre, de nombreux évêques sont décidés à ne plus se soumettre. Y compris certains qui étaient connus pour leurs position modérée dans le débat sur les messes. Non seulement la Conférence des évêques de France a déposé ce vendredi matin un nouveau recours auprès du Conseil d’Etat, mais plusieurs membres de l’épiscopat appellent les prêtres de leur diocèse à ne pas compter les fidèles pour la messe dimanche. « Je ne vois pas les curés désigner les trente personnes qui auraient le droit de venir à la messe et les centaines d’autres qui seraient priés de rester chez elles », confiait jeudi soir le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, à Famille Chrétienne.

 

Lire aussi Mgr Éric de Moulins-Beaufort : « Cette jauge de 30 personnes va créer des situations ingérables »

 

Refus de s’ériger « en comptables »

 

« Quand l’Église est au service des plus pauvres, elle ne fait pas le tri. Elle ne le fera pas non plus pour l’accueil des fidèles », indique Mgr Michel Aupetit vendredi matin dans un communiqué du diocèse de Paris. L’archevêque de Paris s’était  s’était insurgé mercredi dernier contre cette mesure « totalement stupide », et avait déclaré : « Peut-être que M. Darmanin enverra des policiers avec des matraques pendant la messe, on va bien voir. Ce serait quand même un spectacle assez étonnant ». Dans son communiqué de ce vendredi, il appelle les curés des églises de Paris à « célébrer dans le strict respect des distances et des gestes barrière, comme ils l’ont toujours fait. Chacun veillera à limiter le remplissage de son église sans pour autant laisser qui que ce soit à la porte ». Mgr Aupetit annonce dans le même temps le dépôt, à titre personnel, d’un recours auprès du Conseil d’Etat.

 

A Perpignan, Mgr Norbert Turini, fut l’un des premiers évêques à publier un communiqué repris aussitôt dans les médias, pour inviter ses prêtres à « ne pas s’ériger en “comptables” de leurs assemblées dominicales et donc de ne pas rejeter si tel était le cas, la 31e personne et les suivantes qui se présenteraient. » Et d’ajouter : « J’en prends l’entière responsabilité et si cela s’avère nécessaire j’en répondrai personnellement devant les pouvoirs publics. »

 

Lire aussi Messes limitées à 30 personnes : les catholiques furieux contre le maintien de la jauge

 

A Rennes, Toulon, Valence, Versailles…

 

A Rennes, « les prêtres n’ont pas à compter les fidèles dans le but d’en exclure... Ils accueilleront donc les fidèles qui viendront », dans « le strict respect des gestes barrières », a déclaré Mgr Pierre d’Ornellas dans un communiqué. Même exhortation à Versailles, où Mgr Éric Aumônier et son auxiliaire déclarent ne pouvoir « demander aux curés l’application de mesures inapplicables compte-tenu du nombre de messes qu’il faudrait ainsi programmer le dimanche dans les églises des Yvelines. L’Eglise ne peut s’engager dans une sélection des fidèles « autorisés » à participer à la messe. ». Ils annoncent déposer un référé auprès du Conseil d’État. A Toulon, « il ne sera pas fait de sélection, de ségrégation, ni de limitation dans le Peuple de Dieu qui se présentera à l’Eglise », a déclaré à son tour Mgr Dominique Rey dans un communiqué publié vendredi après-midi.

 

L'évêque de Strasbourg mêle humour et ironie à son indignation dans un communiqué : « Bien que n’ayant fait que l’École Polytechnique (X77) je pensais savoir-faire une règle de trois et appliquer une présence proportionnelle à nos immenses églises. J’apprends qu’il n’en est rien. » Il ajoute que « L’habitude gouvernementale semble désormais bien prise de ne jamais tenir compte des propositions émanant de l’épiscopat français, propositions pourtant prudentes, intégrant l’extrême gravité de la crise dans laquelle nous sommes et en phase avec la détresse des personnes et des entreprises. » Exhortant ses fidèles à s'investir auprès des plus pauvres en cette période, il annonce déposer également un référé liberté en justice.

 

A Valence, « les églises restent ouvertes et il n’est pas possible pour nous d’interdire l’entrée à une personne dans une église », indique Mgr Pierre-Yves Michel. Il « demande au plus grand nombre de respecter les gestes barrières et la distanciation, et de se rapprocher le plus possible de ce qui est demandé. » Cette fois, le ministre de l’Intérieur Gérard Darmanin enverra-t-il vraiment la police aux portes des églises ? Les prêtres comptent en tout cas sur leurs fidèles pour se discipliner, et, quand cela est possible, se répartir sur les différentes messes prévues dans la journée. 

                                                                  Source Magazine Famille Chrétienne

Viendra-t-on à bout de l’épidémie de Covid-19 ?

Recueilli par Isabelle Mayault (à Genève) pour La Croix

Le cap du million de décès dans le monde dus au Covid-19 vient d’être franchi. Sylvie Briand, directrice à l’OMS des risques épidémiques et pandémiques, revient pour « La Croix » sur l’évolution actuelle de la pandémie, l’état de la recherche sur les vaccins et traitements, et les moyens d’endiguer la transmission dans les mois à venir.

Sylvie Briand
Directrice à l’OMS des risques épidémiques (Source : Sylvie Briand)

La Croix : Neuf mois après la déclaration d’urgence sanitaire internationale, comment l’OMS évalue-t-elle l’évolution actuelle de la pandémie ? Doit-on redouter un deuxième million de décès dans le monde dans les neuf mois à venir ?

Sylvie Briand : C’est très difficile à dire. Si on ne fait rien, oui, ce scénario est à redouter. Mais personne ne veut baisser les bras. Entre le début de la pandémie et maintenant, les États ont appris les leçons de la première vague. Ils ont mis en place des mesures correctives pour renforcer les systèmes de santé.

À présent la question qui se pose à chaque pays est : quelle est votre capacité à traiter le virus tout en maintenant les services de soins essentiels ? Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est que les interventions préconisées par l’Organisation mondiale de la santé, lorsqu’elles se font bien, fonctionnent, que ce soit le traçage des contacts, qui vise à casser le plus en amont possible les chaînes de transmission, ou l’application des gestes barrières. Encore faut-il les mettre en place très tôt, car une fois que le virus a commencé à circuler, il est bien sûr plus difficile de ralentir sa transmission. Or, c’est la clé pour protéger les systèmes de santé.

Certaines régions du monde, au vu de l’évolution actuelle, suscitent-elles une inquiétude particulière à vos yeux ?

S. B. : L’hémisphère Nord s’apprête à entrer dans la saison hivernale, une saison propice au développement des virus grippaux et respiratoires, qui correspond aussi à la reprise des classes et des universités, créant ainsi plus d’occasions de rassemblements en milieu clos. Il faut arriver à bien s’y préparer, sans pour autant stopper la vie sociale, mais en protégeant les populations les plus à risque : les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies cardio-vasculaires.

Quels progrès a-t-on réalisés dans la compréhension de la transmission de la maladie ?

S. B. : Quand l’épidémie a commencé, il y a plus de neuf mois, on ne savait rien de ce virus. En particulier, on ne savait pas s’il allait se comporter comme les autres virus respiratoires. Nous connaissons désormais très bien son mode de transmission : les gouttelettes respiratoires, qui s’échangent lors de contacts directs de personne à personne, ou avec un objet contaminé. Comme les populations n’ont pas d’immunité, il faut réduire au maximum cette transmission. C’est là que le masque joue un rôle important. C’est une barrière physique qui retient ces fameuses gouttelettes respiratoires. Seul, il ne suffit pas. Mais il est indispensable dans les transports en commun, ou tout autre lieu clos non ventilé où il n’est pas toujours possible de respecter la distance physique.

Comment expliquer que l’Afrique soit plutôt épargnée par le Covid-19 ?

S. B. : La première raison, c’est que la population est plus jeune, donc il y a moins de gens susceptibles de développer une forme grave de la maladie. Par ailleurs, des mesures ont été prises extrêmement tôt pour repousser l’arrivée du virus. Ce qui a limité son impact. Mais il faut se garder de crier victoire trop tôt.

Quels sont pour vous les éléments porteurs d’espoir en matière de vaccins et de traitements ?

S. B. : En ce qui concerne le vaccin, nous sommes dans les phases ultimes de développement, mais pour cela, des milliers de personnes doivent être testées, et un suivi effectué pour vérifier que tout se passe bien, à distance de l’injection. Mais ayons à l’esprit que même quand nous disposerons de vaccins, on ne pourra pas vacciner tout le monde. Ils seront donnés en priorité aux personnes à risque. Les traitements seront divers, administrés en fonction des différentes phases de développement que connaît la maladie. Le dexaméthasone, qui est un corticostéroïde, fonctionne bien chez les gens déjà en situation délicate, mais ça n’aurait pas de sens de le prescrire à quelqu’un qui a une petite fièvre ou des maux de tête.

La récente mission de l’OMS en Chine visait à mieux comprendre les conditions dans lesquelles le coronavirus est apparu. Cette question de l’origine du virus reste-t-elle importante aujourd’hui ?

S. B. : Il s’agissait d’une mission préparatoire de deux personnes, pour définir avec les autorités chinoises le cadre pour une mission plus importante à venir. Les premières personnes détectées en Chine l’ont toutes été au marché de Wuhan, mais on ne savait pas à l’époque si elles avaient mangé ou touché quelque chose dans le marché, ou si elles s’étaient contaminées les unes les autres. L’autre question cruciale était de comprendre à quelle vitesse le virus se transmettait. Aujourd’hui, on a répondu à ces questions par l’observation du virus. Et l’on comprend beaucoup mieux comment ralentir la transmission. Ça ne veut pas dire que la question de la source n’est pas intéressante. Mais comme certains chefs d’État ont ouvertement accusé la Chine d’être coupable de l’émergence du virus, des tensions ont émergé, que les scientifiques ne sont pas forcément à même de pouvoir aplanir.

L’OMS explique-t-elle la quasi-disparition de la maladie en Chine, où elle est apparue à la fin de 2019 ?

S. B. : Les Chinois ont pris des mesures drastiques. Ils ont construit deux hôpitaux en dix jours. Le confinement de Wuhan a été extrême, il a duré plus de deux mois. Cette approche marche dans certains endroits, mais elle n’est pas applicable partout.

Quelles leçons peut-on tirer pour les prochaines pandémies ?

S. B. : Cette pandémie a réveillé les gens, en particulier les décideurs, en montrant que le danger n’est pas que théorique, et que la solution n’est pas de se recroqueviller sur ses frontières, mais de voir comment ce risque pandémique peut se gérer tout en maintenant notre mode de vie. Donc la première leçon, ce serait : faire des ajustements. Et la deuxième, c’est l’importance de la communication. Il est essentiel de savoir bien calibrer le message pour que les mesures attendues soient mises en place et bien acceptées sans pour autant faire peur à tout le monde.

« Les jeunes chrétiennes pakistanaises
n’ont personne pour les soutenir »

 

Entretien recueilli par
Claire Lesegretain pour La Croix

 

Selon l’Aide à l’Église en détresse (AED), Maria Shahbaz, Pakistanaise chrétienne de 14 ans, kidnappée en avril puis convertie de force à l’islam et « mariée » à son ravisseur musulman, aurait réussi à s’échapper. Thomas Oswald, journaliste à l’AED revient pour « La Croix » sur ces conversions forcées à l’islam.

La Croix : Comment vous informez-vous sur la jeune chrétienne Maira Shahbaz ?

Thomas Oswald : Les informations nous viennent des ONG pakistanaises que l’Aide à l’Église en détresse (AED) soutient, notamment la Commission Justice et paix de la Conférence des évêques du Pakistan. Des journalistes occidentaux qui travaillent pour l’AED se sont rendus là-bas et sont en lien avec l’avocat de la famille, Me Khalil Tahir Sandhu, et avec une amie de la famille de Maira Shabhaz. Enfin, l’AED a reçu, grâce à l’avocat, une copie des déclarations de Maira à la police, dans lesquelles elle décrit comment elle a été enlevée et les atrocités qu’elle a subies en captivité.

Comment Maira Shahbaz a-t-elle pu s’échapper ?

T. O. : Nous savons seulement qu’elle s’est enfuie du domicile de son ravisseur musulman, Mohamad Nakash, près de Faisalabad, et que désormais toute sa famille, à savoir sa mère et ses trois frères et sœurs (le père est parti il y a quelques années déjà) est en fuite, se déplaçant d’un endroit à un autre par crainte de représailles.

Selon une amie de la famille, Lala Robin Daniel, la jeune fille aurait affirmé : « Nakash et ses complices ont menacé de tuer toute ma famille. Ma vie était en danger lorsque j’étais aux mains des ravisseurs. Nakash m’a violée sauvagement à plusieurs reprises ». L’adolescente est traumatisée et ne peut pas parler. Elle ne veut pas être emmenée chez le médecin, de peur d’être découverte.

Sait-on comment Maira Shahbaz a été obligée de se convertir à l’islam ?

T. O. : Elle a affirmé qu’elle avait été trompée par son ravisseur en signant des documents vierges. Elle a ajouté que Mohamad Nakash et ses complices l’avaient menacé de publier sur Internet une vidéo de son viol si elle n’acceptait pas leurs demandes.

Que peut faire Me Khalil Tahir Sandhu ?

T. O. : Sur plainte de la famille, il a demandé l’arrestation de Mohamad Nakash pour infractions sexuelles sur mineure : selon des sources proches de sa famille, celui-ci aurait même obligé Maira à se prostituer. Me Tahir Sandhu a également demandé aux tribunaux d’annuler ce mariage et de reconnaître l’usage de la violence pour obtenir la conversion à l’islam de sa cliente. De son côté, le ravisseur présumé a demandé l’arrestation de la mère de la victime, Nighat, de ses oncles et de Lala Robin Daniel, en affirmant qu’ils auraient enlevé son épouse.

Quelle est la marge de manœuvre de la justice pakistanaise ?

T. O. : La justice pakistanaise varie du tout au tout dans ses jugements, selon les lieux et les juges. Fin juin, à la suite de la plainte de la famille de Maira, un tribunal de district de Faisalabad avait ordonné que la victime soit libérée par son ravisseur et placée dans un foyer pour femmes. Mais, le 4 août, la Haute cour de Lahore a infirmé ce verdict et ordonné que la jeune fille soit rendue à l’homme qui l’avait enlevée.

→ À LIRE. Une minorité chrétienne au Pakistan discriminée et violentée

Compte tenu des événements et des certificats prouvant son âge (14 ans), la justice devrait normalement pencher en faveur de Maira. D’ailleurs, l’imam de la mosquée sunnite de Jhang Bazar, dans la banlieue de Faisalabad, a eu le courage de déclarer, lors du jugement d’août, qu’il n’était pas responsable du certificat de mariage qui avait été présenté à la justice.

L’État pakistanais est fragile : les juges, bien souvent, s’assoient sur le droit constitutionnel par crainte des islamistes radicaux qui gangrènent les tribunaux. On peut donc penser que « l’affaire » Maira Shabhaz n’a pas fini de donner lieu à des luttes d’influence. La meilleure solution, pour Maira et les siens, serait donc qu’ils quittent discrètement le pays et attendent que les choses se tassent.

Combien d’enlèvements de jeunes chrétiennes se produisent chaque année dans le monde ?

T. O. : Selon le dernier Rapport sur la liberté religieuse dans le monde publié par l’AED, l’enlèvement et la conversion forcée des femmes appartenant à des minorités religieuses, souvent accompagnés de violences sexuelles, sont récurrents au Pakistan et en Égypte. Certains de ces enlèvements sont opportunistes, mais d’autres sont effectués par des groupes organisés.

Au Pakistan, on estime à au moins un millier le nombre de jeunes filles enlevées chaque année. Mais à la différence des jeunes filles sikhs (leur communauté importante fait peur au Pakistanais) et hindoues (leur communauté est protégée par l’Inde voisine), les chrétiennes n’ont personne pour les soutenir. Récemment, à la suite de l’enlèvement d’une jeune hindoue, son père a organisé une grande manifestation dans sa ville, ce qui n’est pas pensable pour des chrétiens, généralement très pauvres et peu éduqués.

Selon la Commission pakistanaise des droits de l’homme et le Mouvement pakistanais pour la solidarité et la paix, les enlèvements de femmes se multiplient. Or très souvent, les autorités affirment aux parents que leur fille s’est convertie et s’est mariée de son plein gré, si bien que ceux-ci finissent par retirer leur plainte.

                Source propos recueilli par Claire Lesegretain pou La Croix

Commentaires

13.04 | 16:33

Bonjour
Nous aimerions baptiser notre fille sur Bourseul cet été, quelles sont les dates sur bourseul pour JUin Juillet Août où cela est possible? Cordialement

...
08.02 | 10:43

Bonjour jai besoin d un acte de baptêmes de mr Tony Potrel baptisté à bourseul en 1982. Je baptise mon fils le 6 mars et j en est besoin. Merci

...
04.02 | 14:48

Bonjour,
serait-il possible d'avoir les dates de préparation au baptême, nous baptiserons notre fille le 22 mai 2021 à Pléven. Merci par avance

...
25.08 | 11:19

paroissienne futur proche

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Bonjour !
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