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La basilique Sainte-Sophie redevient une mosquée. Les juges ont conforté la volonté politique de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc voulait refaire du musée d’Istanbul une mosquée.
Une décision qui suscite une vague d’émotion en Turquie et plus largement dans le monde chrétien.
Mustapha Kemal, en 1934, voulait faire de Sainte-Sophie un symbole de la laïcité en la transformant en musée. Ce vendredi 10 juillet 2020, elle redevient une mosquée. 

Ainsi la basilique Sainte-Sophie pourra redevenir mosquée. Après deux années de procédure, le Conseil d’État d’Ankara, sollicité par plusieurs associations, a rendu public son avis ce vendredi 10 juillet.

La plus haute juridiction administrative du pays a dénoncé la validité d’un décret gouvernemental du 22 novembre 1934, qui avait fait de l’édifice un musée selon le souhait du président de l’époque Mustapha Kemal, qui voulait en faire un symbole de la laïcité.

Un acte politique

La question apparaît plus politique que religieuse ou patrimoniale. Quelques minutes après la décision du Conseil d’État, le président turc Recep Tayyip Erdogan le confirmait : les musulmans pourront prier à Sainte-Sophie. La décision des magistrats arrive à point nommé dans une période difficile pour le chef de l’État au pouvoir depuis dix-huit ans. C’est un signal fort à destination des partis islamo-conservateurs.

Construit au VIe siècle par les Byzantins et consacrée en 537, le vaste édifice avait été transformé en mosquée en 1453, lors de la prise de Constantinople par les troupes ottomanes du sultan Mehmet II le Conquérant. Fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, avait souhaité « offrir à l’humanité » ce joyau patrimonial. La décision sur Sainte Sophie peut être comprise comme une nouvelle attaque contre son héritage politique.

Inquiétudes en Turquie et à l’étranger

Les réactions sont vives et contrastées en Turquie. « Aux yeux de certains, les déclarations récentes d’Erdogan sur Sainte-Sophie montrent une forme d’obstination, voire d’acharnement, un peu incompréhensible », commentait le 3 juillet l’historien Bayram Balci, directeur de l’Institut français d’études anatoliennes. « Beaucoup ont d’autres soucis, comme le ralentissement de l’économie et le retour des touristes ».

La Grèce, l’Unesco, la Russie ou les États-Unis avaient marqué leur inquiétude. Pour le patriarche orthodoxe Kirill de Moscou, « une menace envers Sainte-Sophie est une menace pour l’ensemble de la civilisation chrétienne, et donc envers notre spiritualité et notre histoire. » Ces derniers jours encore, l’Unesco tentait d’ultimes discussions, invitant « les autorités turques à entamer le dialogue avant toute prise de décision qui pourrait porter atteinte à la valeur universelle du site. »

Le capital touristique

Vendredi 10 juillet, c’est par un tweet qu’Erdogan a annoncé le transfert de la gestion de Sainte-Sophie du ministère de la culture aux affaires religieuses : « Il a été décidé que Sainte-Sophie sera placée sous l'administration de Diyanet (l’Autorité des affaires religieuses) et sera rouverte aux prières. » « Nous constatons que l’inquiétude des millions de Chrétiens n’a pas été entendue », a réagi le porte-parole de l’Église russe Vladimir Legoïda.

Reste que des solutions médianes pourraient être envisagées, préservant le capital touristique de la basilique inscrite au patrimoine mondial depuis 1985 – 3,8 millions de visiteurs en 2019 -, tout en ouvrant Sainte-Sophie à la prière à d’autres moments de la journée. Un statut qui pourrait s’aligner sur l’organisation de la Mosquée bleue.
     Source La Croix - Christophe Henning (avec AFP) - Photo : Luisa Ricciarini/Leemage

Tour à tour basilique byzantine, mosquée ottomane et musée laïque, la « merveille des merveilles » est toujours convoitée par le pouvoir islamo-conservateur turc.


Quelle est son histoire ?

Les plus de 3 millions de touristes qui foulent chaque année ses dalles de marbre le constatent sans peine : Sainte-Sophie d’Istanbul a eu trois vies, au moins. Sous ses voûtes aériennes, de vastes médaillons noirs célèbrent, en lettres d’or, Allah, Mohammed et les premiers califes de l’islam, tandis que les mosaïques byzantines se chargent de rappeler au visiteur les origines chrétiennes de l’édifice. Sa structure, du reste, est bien celle d’une basilique, même si quatre minarets encadrent désormais sa silhouette massive. Mais depuis 1934, Sainte-Sophie n’est plus un lieu de culte, ni chrétien ni musulman. Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne et laïciste convaincu, en a fait un « musée offert à l’humanité », aujourd’hui sous l’égide du ministère turc de la culture.

Bâti sur les restes d’une église du IVe siècle, ce chef-d’œuvre est né au VIe siècle. Justinien règne alors sur l’Empire romain d’Orient et contribue, par ses constructions, à l’épanouissement de l’art byzantin. Nichée au cœur de Constantinople, Sainte-Sophie est sans conteste la plus grandiose de ses réalisations. Consacrée en 537, moins de six ans après le début des travaux, la monumentale basilique est dédiée au Christ, « sagesse de Dieu » selon la théologie orientale (son nom vient du grec Haghia Sophia et signifie « sagesse divine »). « Constantinople est alors la nouvelle Rome, la nouvelle capitale du monde chrétien, explique Jean-François Colosimo, théologien orthodoxe et directeur des éditions du Cerf. Au centre de cette capitale se trouve le temple de la sagesse divine, qui lie la terre et le ciel. » Sainte-Sophie deviendra le siège du patriarcat orthodoxe et accueillera le couronnement des empereurs byzantins.

En 1204, les croisés venus d’Occident profanent la basilique, tuent et violent même en son sein selon des écrits de l’époque, par haine des orthodoxes autant que par volonté de piller les richesses du lieu.

La deuxième vie de Sainte- Sophie commence en 1453. Après neuf mois de siège, Constantinople tombe aux mains des Turcs. Le soir même, le sultan Mehmet II vient prier à Sainte-Sophie, désormais dédiée au culte musulman. Le patriarcat grec-orthodoxe est chassé, et le monument prend le nom de « Aya Sofya ». Dans un premier temps, l’intérieur n’est que légèrement transformé : son passé d’église doit rester bien visible, pour signaler à quel point sa prise constitue une victoire pour les Ottomans. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, sous la poussée des religieux, que toutes les mosaïques chrétiennes sont recouvertes de plâtre. Au cours des siècles, Sainte-Sophie servira de modèle pour la construction des autres mosquées d’Istanbul, avant de devenir un musée en 1934.

En quoi est-ce un monument d’exception ?

Conçue pour être une construction unique, Sainte-Sophie l’est restée tout au long de son histoire. Avec ses 55 mètres de hauteur et 30 mètres de diamètre, son dôme fut pendant mille ans, jusqu’à la construction de la basilique Saint-Pierre à Rome, le plus grand du monde. L’ensemble, prouesse née de la science d’architectes mathématiciens et du labeur de plus de 10 000 ouvriers, est un temple imposant mais d’une légèreté absolue. « Les bâtisseurs ont projeté un ensemble qui sort du sol pour atteindre le ciel, et qui représente le monde sous la voûte céleste, s’émerveille Jean-François Colosimo. C’est un univers massif mais qui laisse partout passer la lumière. Un lieu de révélation, d’épiphanie, une image du cosmos transfiguré par l’incarnation du Christ. »

L’édifice a par ailleurs traversé des dizaines de tremblements de terre venant régulièrement ébranler la capitale turque. Ces séismes ont bien provoqué des fissures et même plusieurs effondrements de la coupole, mais la basilique est toujours restée debout depuis le milieu du VIe siècle. Quel est donc le secret de Sainte-Sophie ? « Le monument n’est pas d’une rigidité absolue, indique encore Jean-François Colosimo. Par leur élasticité, les matériaux corrigent les tensions très fortes qui pèsent sur l’édifice et qui finiraient, sinon, par le casser en deux. »

L’état actuel de la structure n’en reste pas moins une inconnue majeure, et il se peut qu’elle soit endommagée. « En tout cas, elle est en rénovation permanente depuis des années », observe Sébastien de Courtois, écrivain et historien, spécialiste des chrétiens d’Orient, installé à Istanbul. Il refuse néanmoins de céder à l’alarmisme de certains quant à l’imminence d’un écroulement… Quoi qu’il en soit, l’édifice reste sous surveillance : des capteurs sismiques y ont été installés en 1991.

Sainte-Sophie peut-elle redevenir une mosquée ?

Ces deux dernières années, des prières et récitations du ­Coran ont été organisées au sein de l’édifice pendant le ­Ramadan : des épisodes qui ne manquent pas de susciter l’émoi et l’indignation de la communauté internationale, notamment de la Conférence des Églises européennes rassemblant 125 Églises d’Europe (KEK). En outre, deux églises-musées également appelées Sainte-Sophie ont été enregistrées comme mosquées en 2011 et 2013 en Turquie : celle d’Iznik, l’ancienne Nicée, dans l’ouest du pays, et celle de Trabzon, l’ancienne Trébizonde, sur les bords de la mer Noire.

Faire à nouveau de Sainte-Sophie d’Istanbul un lieu de culte musulman est une revendication récurrente des milieux islamistes turcs depuis une quinzaine d’années et, désormais, du pouvoir turc lui-même. L’argument le plus souvent invoqué est l’absence de valeur juridique du décret de 1934 qui a fait de ce monument un musée : il n’aurait jamais été publié au Journal officiel et la signature d’Atatürk serait un faux. Par ailleurs, dès les années 1950, le gouvernement conservateur d’Adnan Menderes a fait raccrocher, en haut des piliers de la nef, les larges panneaux circulaires comportant des calligraphies arabes, alors qu’Atatürk les avait fait enlever.

Jean-François Colosimo n’exclut pas que le président Erdogan aille au bout de cette entreprise. « Pour lui, ce serait une manière de régler ses comptes avec Atatürk et sa laïcité, mais aussi avec les Grecs, qui ont sans cesse été opposés aux Turcs au cours de l’histoire (or Sainte-Sophie est un monument grec byzantin, NDLR), avec le christianisme, et enfin avec l’Occident, en montrant qu’il fait ce qu’il veut et qu’il n’hésite plus à imposer la religion partout. Les oppositions le galvanisent plus qu’elles ne l’inquiètent. » Une chose néanmoins pourrait l’en dissuader, affirme le spécialiste : la désapprobation de Vladimir Poutine, protecteur auto-proclamé de l’orthodoxie, dont Sainte-Sophie demeure un symbole historique.

                 Source la Croix  Mélinée Le Priol - photo Luisa Ricciarini/Leemage

Reprises des cultes :
les préconisations sanitaires du gouvernement

 

 

Le décret publié dans la nuit du samedi 23 mai permet la reprise immédiate des célébrations religieuses, mais donne des recommandations précises pour limiter les risques liés au coronavirus : port du masque, 4 m² par personnes, désinfections des mains…

Sommé par le Conseil d’État de modifier son décret concernant les célébrations dans les lieux de cultes, le gouvernement a assorti le nouveau décret, publié dans la nuit de vendredi 22 à samedi 23 mai, d’une série de « recommandations générales en matière de la lutte contre la pandémie de Sars-Cov-2 lors des cérémonies cultuelles ».

Ces recommandations, qui s’étendent sur trois pages, sont le fruit de discussions entre le gouvernement et les responsables de cultes, qui avaient présenté des propositions détaillées pour une reprise des cérémonies dans les meilleures conditions possible, malgré la pandémie de Covid-19. La concertation a eu lieu avec les membres de la Conférence des responsables de culte en France (l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, la Conférence des évêques de France, le Conseil français du culte musulman, le Consistoire central israélite de France, la Fédération protestante de France, et l’Union bouddhiste de France).

« Assurer la distanciation physique »

Dans son ordonnance du 18 mai enjoignant de permettre la reprise des célébrations, le Conseil d’État avait d’ailleurs mentionné le fait que « certaines institutions religieuses (ont) présenté des propositions en la matière depuis plusieurs semaines ». Pour ces propositions, les évêques de France s’étaient inspirés entre autres du très détaillé Plan de retour aux activités cultuelles habituelles, construit par la Province dominicaine de Toulouse, avec l’aide de professionnels de la santé et du risque en entreprise, mais aussi des mesures prises par les Conférences épiscopales d’autres pays européens.

Les organisateurs des activités cultuelles doivent « assurer la distanciation physique » entre les participants, un mètre au moins séparant chaque fidèle lors des cérémonies. Par ailleurs, une surface de 4 m2 par personne détermine le seuil maximal de remplissage dans les édifices religieux, seuil qui peut être inférieur si l’agencement intérieur y oblige. « Au moins un membre identifiable de l’organisation est responsable des phases d’entrée et de sortie » et doit veiller à « limiter la formation de rassemblements aux abords de l’édifice » et s’assurer « du respect des limitations de fréquentation en fonction de la taille de l’édifice ». Cette limitation peut aussi s’appuyer sur « une inscription à distance préalable » pour « limiter l’afflux au-delà de la fréquentation autorisée ».

Veiller aux flux de personnes afin qu’elles ne se croisent pas

Le port d’un masque est obligatoire dans les édifices religieux pour les personnes de plus de 11 ans. L’espace minimal d’un mètre entre chaque personne doit être matérialisé au sol dans les espaces d’attente dans et en dehors de l’édifice. Les organisateurs des cérémonies doivent veiller aux flux de personnes afin qu’elles ne se croisent pas, notamment lorsque plusieurs cérémonies sont organisées successivement pour limiter l’affluence.

Une désinfection obligatoire des mains est organisée au moment de l’entrée et de la sortie de l’édifice, du gel hydroalcoolique devant être mis à disposition. « Les objets rituels ainsi que les matériaux et objets potentiellement en contact avec les mains et les muqueuses sont désinfectés avant chaque cérémonie. Leur utilisation successive entre personnes est limitée au strict nécessaire », précisent encore les recommandations gouvernementales.

Le gel hydroalcoolique sera aussi utilisé par les célébrants au cours des cérémonies. S’il y a plusieurs officiants, ceux-ci doivent respecter entre eux la distanciation d’un mètre.

Reprise des cultes, la porte s’entrouvre

À noter que certains diocèses, comme celui de Strasbourg, particulièrement touché par l’épidémie de Covid, ont déjà pris des mesures plus strictes que celles transmises par le gouvernement. Dans une ordonnance épiscopale datée du 9 mai, Mgr Ravel demande notamment une distance de 2 mètres entre chaque personne, que soient désinfectés entre chaque office les bancs et les portes, et que l’assemblée ne chante pas. A Paris, Mgr Aupetit a demandé une distance minimale de 1,5 mètre entre chaque fidèle, que les battants des portes restent ouverts pour éviter de les toucher, et que les bénitiers soient vidés.

                                                        Clémence Houdaille, La Croix édition Web

La reprise des messes est imminente. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la date exacte n’était pas encore connue, mais la décision très nette du Conseil d’État, lundi 18 mai, a clôt la polémique sur la date de « déconfinement » des cultes. Saisie par Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien-Démocrate (PCD) et plusieurs associations catholiques traditionalistes, la plus haute juridiction administrative a estimé que le décret du 11 mai, qui interdit tout rassemblement dans les lieux de culte, constitue « une atteinte grave et manifestement illégale » à la liberté de culte. Il ordonne au gouvernement de « lever l’interdiction générale et absolue de réunion dans les lieux de culte » et d’édicter des mesures « strictement proportionnées aux risques sanitaires. » L’exécutif a huit jours pour le faire. Le soulagement est grand pour de nombreux catholiques. Après deux longs mois privés d’eucharistie, ils pourront célébrer la Pentecôte ensemble, le 31 mai… À bonne distance les uns des autres !

Des consignes drastiques

À la veille de retrouver les bancs des églises, la question agite les responsables ecclésiaux : à quoi ressemblera la messe « déconfinée » ? La Conférence des évêques de France (CEF), en dialogue avec le gouvernement, s’apprête à envoyer des « recommandations » sanitaires aux évêques. Prenant les devants, Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, diocèse très meurtri par l’épidémie, a édicté des consignes drastiques pour la « reprise progressive des offices » dans une ordonnance épiscopale du 9 mai. Désinfection régulière des églises, sens unique de circulation, gel hydroalcoolique, port du masque obligatoire pour les fidèles (au moins à l’entrée et à la sortie), pour les prêtres lors des processions d’entrée, de sortie et pendant la distribution de la communion, distance de deux mètres entre les fidèles, 150 personnes maximum par office… Ces règles chamboulent de fond en comble la liturgie à laquelle sont habitués les paroissiens. La communion sera distribuée par des personnes masquées ou derrière une vitre en Plexiglas, en évitant tout contact physique avec la main du fidèle. Quant aux personnes « appartenant aux groupes à risques », c’est-à-dire âgées ou souffrant d’une pathologie, elles sont invitées à « discerner si leur venue est opportune. »

Des messes privées

Ailleurs en France, en particulier dans les régions moins touchées par le virus, la vie ecclésiale reprend peu à peu. Avec prudence, mais parfois dans un cadre moins strict. Depuis le 11 mai, des prêtres célèbrent des messes privées, les rassemblements de dix personnes étant désormais autorisés. Le Père Florian Racine, curé de Saint-Maximin (Var), où le virus a peu circulé, célèbre ainsi trois ou quatre messes par jour. « Nous démultiplions les messes dans des chapelles privées des environs, indique-t-il. Comme nos communautés paroissiales ne sont pas très grandes, en milieu rural, et que nous avons suffisamment de prêtres, nous pouvons répondre aux demandes des fidèles, qui éprouvaient une vraie soif. » Le prêtre espère que sa communauté sera bientôt réunie dans l’église paroissiale. Pendant tout le confinement, les portes en sont restées ouvertes, et les prêtres y ont accueilli les fidèles. « Le lien avec eux n’a jamais été coupé, mais, reconnaît le P. Racine, la vie communautaire nous manque. »

Retour sur trois semaines de polémique

Ces dernières semaines, si certains fidèles avaient soutenu le gouvernement dans son choix de maintenir l’interdiction des célébrations religieuses, une partie des catholiques avaient plaidé pour une reprise rapide, arguant que les gestes barrières et la distanciation sociale peuvent être mis en œuvre au sein des églises.

À la suite des annonces du Premier ministre, qui avait indiqué le 28 avril, que les célébrations ne pourraient se tenir avant le 2 juin, la Conférence des évêques de France (CEF) avait fait savoir, dans un communiqué, qu’elle prenait acte « avec regret de cette date qui est imposée aux catholiques et à toutes les religions de notre pays ». Néanmoins, la CEF n’avait pas fait de recours contre le maintien de l’interdiction.

De son côté, le pape François avait appelé en Italie à la « prudence » et prôné « l’obéissance » aux mesures gouvernementales. Par ailleurs, en France, les représentants des autres cultes – protestant, juif, musulman – n’avaient pas contredit les décisions sanitaires prises au sommet de l’État.

Alors que la polémique enflait, le 4 mai, le Premier ministre avait finalement précisé qu’il était « prêt à étudier » une reprise des offices religieux le 29 mai, soit deux jours avant la Pentecôte. Ainsi, les juifs auraient pu également se réunir pour Chavouot, la fête juive célébrant le don de la Torah sur le mont Sinaï qui se déroule jusqu’au 30 mai. Mais les musulmans n’auraient pas pu célébrer à la mosquée la fête de l’Aïd-el-Fitr le 24 mai, créant l’incompréhension parmi eux.

Le recteur de la Grande mosquée de Paris avait ainsi dénoncé le changement de pied du gouvernement et menacé de saisir la justice « pour dénoncer un fait grave de discrimination manifeste » envers le culte musulman. Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, avait pour sa part reconnu dans les colonnes du journal Le Monde que « la date du 29 mai peut faire naître chez des citoyens un sentiment d’un traitement différencié entre les fêtes religieuses ». Mais il avait précisé qu’il n’avait pas réclamé l’ouverture des lieux de culte le 24 mai, pour l’Aïd-el-Fitr, évoquant la nécessité d’une reprise « progressive » de l’activité des mosquées.

                                                        Source : Agnès Chareton - le Pèlerin

Laudato si’ : Nous sommes tous de la terre

Avec Laudato si’, le pape François cherche à unifier les différents aspects de la vie humaine en montrant l’étroite interdépendance du rapport à Dieu, à soi, aux autres mais aussi à la terre. Comment comprendre l’intégration de cette nouvelle relation dans la réflexion théologique ?

 

La théologie et la spiritualité chrétiennes nous ont habitués à nous intéresser avant tout à la relation qui unit l’homme et son Créateur, au détriment du lien qui nous unit à la terre et à toutes les créatures qu’elle contient. Le pape François développe une vision du monde fondée sur une approche relationnelle qui met en jeu trois partenaires : Dieu, l’homme et la terre. C’est la portée de l’intégration de ce troisième terme que je propose d’examiner ici.

Retour à la terre

La mention de la Terre apparaît dès le premier paragraphe de l’encyclique, dans la citation du Cantique des créatures de Saint François. Mais la louange pour « sœur notre mère la terre » est aussitôt interrompue par un constat dramatique : « cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. (…) Parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée qui ‘gémit en travail d’enfantement’ (Rm 8, 22) » (LS 2).

Ce thème de la Terre comme un sujet qui souffre jusqu’à l’assimiler aux pauvres vient des théologies de la libération. En présentant la terre comme un sujet qui souffre, le pape François fait prendre conscience que la situation de notre planète est la conséquence d’un paradigme culturel dominé par l’économie et la technique qui ferme les yeux sur les dégâts qu’il occasionne. Cela signifie aussi que nous ne sortirons pas de la crise sans un changement de paradigme, sans l’instauration d’un nouveau rapport avec la terre. Pour le pape François, la tradition judéo-chrétienne, qui est dépositaire d’un « trésor de sagesse », peut y contribuer à condition de la revisiter à nouveaux frais, puisque nous y avons été infidèles. Parcourant à grandes enjambées les Écritures, il illustre combien cette relation entre l’homme et sa terre est constitutive de l’histoire du salut, mais aussi qu’elle est aussi très fragile.

Une solidarité foncière à la terre et à tout ce qu’elle contient

« Nous oublions que nous-mêmes, nous sommes poussière (cf. Gn 2, 7). Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure », écrit le pape François au tout début de son encyclique (LS 2). Habitants de la Terre, nous sommes aussi faits du même matériau qu’elle et nous vivons des ressources qu’elle nous offre. Nous sommes constitutivement liés à la nature : « Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie, et nous sommes enchevêtrés avec elle. » (LS 139).

Ce lien avec la nature est inscrit au cœur de la législation biblique qui propose à l’homme des normes pour ses relations avec ses semblables, mais aussi avec les autres êtres vivants (cf.LS 68), et avec la terre : « Le développement de cette législation a cherché à assurer l’équilibre et l’équité dans les relations de l’être humain avec ses semblables et avec la terre où il vivait et tra­vaillait. Mais en même temps c’était une recon­naissance que le don de la terre, avec ses fruits, appartient à tout le peuple. Ceux qui cultivaient et gardaient le territoire devaient en partager les fruits, spécialement avec les pauvres, les veuves, les orphelins et les étrangers » (LS 71). C’est pour cette raison, affirme encore le pape, que l’Écriture dénie « toute prétention de propriété absolue » (LS 67). Quand l’homme se comporte en propriétaire absolu de la terre, c’est non seulement la planète qui est en danger mais aussi les pauvres et les générations futures. « La terre est un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous » (LS 93), y compris pour ceux qui viendront après nous. « Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures » (LS 67).

La lecture du Nouveau testament permet d’approfondir cette relation à la terre. « Pour la compréhension chrétienne de la réa­lité, le destin de toute la création passe par le mys­tère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 16). » (LS 99).

A la lumière du mystère du Christ

La terre voit sa dignité renouvelée quand le Fils, « par qui tout a été créé, s’est uni à cette terre quand il a été formé dans le sein de Marie ». Dieu est fondamentalement solidaire de la terre : « une personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix » (LS 99). Avec l’incarnation, ce n’est pas seulement la chair de l’homme qui se trouve revêtue d’une nouvelle dignité, mais la terre elle-même et tout ce qu’elle contient. Ceci transparaît dans la sorte de relation que Jésus entretient avec le monde créé. Il vivait en harmonie avec la Création : par le travail de ses mais, il était au contact direct quotidien avec la ma­tière créée par Dieu ; il commandait à la mer et aux vents… « Le Seigneur pouvait inviter les autres à être attentifs à la beauté qu’il y a dans le monde, parce qu’il était lui-même en contact permanent avec la nature et y prêtait une attention pleine d’affection et de stupéfaction » (LS 97).

Seigneurie universelle

C’est encore à la lumière du mystère de la Résurrection que le pape invite à considérer le monde créé. « Le Nouveau Testament ne nous parle pas seulement de Jésus terrestre et de sa relation si concrète et aimable avec le monde. Il le montre aussi comme ressuscité et glorieux, présent dans toute la création par sa Seigneurie universelle. (…) De cette manière, les créatures de ce monde ne se présentent plus à nous comme une réalité purement naturelle, parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude. Même les fleurs des champs et les oiseaux qu’émerveillé il a contemplés de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse » (LS 100).

Le pape lit ainsi l’Écriture comme nous invitant, de part en part, « à reconnaître la relation paternelle que Dieu a avec toutes ses créatures » (LS 69) et à nous rapporter à elles en conséquence en les aimant de la même manière. Pour faire un usage responsable des choses de ce monde, il nous faut en reconnaître la valeur qu’elles ont devant Dieu qui les a créées par amour : « La création est de l’ordre de l’amour. L’amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création » (LS 77). Toutes les créatures sont en conséquence importantes à ses yeux (LS 96). Il devrait en être de même pour nous.

Le cadre que développe le pape François fournit aussi une interprétation théologique de la crise écologique en termes de ruptures des trois relations fondamentales qui nous constituent. « Selon la Bible, les trois re­lations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché. L’harmonie entre le Créa­teur, l’humanité et l’ensemble de la création a été détruite par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu, en refusant de nous reconnaître comme des créatures limitées. Ce fait a déna­turé aussi la mission de « soumettre » la terre (cf. Gn 1, 28), de « la cultiver et la garder» (Gn 2, 15). Comme résultat, la relation, harmonieuse à l’origine entre l’être humain et la nature, est devenue conflictuelle (cf. Gn 3, 17-19) » (LS 66).

Des relations fragiles dans un monde fragile

Le pape illustre son propos avec l’épisode du meurtre d’Abel par Caïn (Cf. Gn 4, 9-11) qui montre combien le déséquilibre dans l’une des trois relations fondamentales se répercute sur les deux autres et brise l’harmonie d’ensemble. « Dans le récit concernant Caïn et Abel, nous voyons que la jalousie a conduit Caïn à commettre l’injustice extrême contre son frère. Ce qui a pro­voqué à son tour une rupture de la relation entre Caïn et Dieu, et entre Caïn et la terre dont il a été exilé » (LS 70).

Cet épisode biblique manifeste que « tout est lié ». En conséquence, chacun doit prendre soin de ces relations fondamentales : « La négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin, envers lequel j’ai le devoir d’attention et de pro­tection, détruit ma relation intérieure avec moi-même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre. Quand toutes ces relations sont négligées, quand la justice n’habite plus la terre, la Bible nous dit que toute la vie est en danger » (LS 70) : la vie biologique mais aussi la vie sociale : la politique, la liberté, la justice sont menacées (LS 53). Ceci se traduit par des institutions précaires (cf. LS 142), des instances locales fragiles (cf. LS 173) qui ne sont plus en mesure d’apporter la protection dont l’homme et la planète ont pourtant besoin pour perdurer. En cela, la problématique écologique est une tache éminemment politique qui oblige chaque communauté à s’interroger sur le monde que nous voulons laisser à ceux qui nous succèdent, sur ses orientations fondamentales, son sens et ses valeurs. « Si cette question de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas que nos préoccupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs. Mais si cette question est posée avec courage, elle nous conduit inexorablement à d’autres interrogations très directes : pour quoi passons-nous en ce monde, pour quoi venons-nous à cette vie, pour quoi travaillons-nous et luttons-nous, pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? » (LS 160).

Reconduire les créatures à leur Créateur

La crise que nous endurons actuellement permet de mesurer « la grandeur, l’urgence et la beauté du défi » (LS 15) que doit affronter l’humanité. Elle nous oblige à nous interroger sur nos conceptions du progrès, du développement, de la liberté, de l’avenir ; elle stimule notre imagination pour inventer d’autres manières de vivre. C’est dans la foi que le pape invite à vivre ce temps, dans l’espérance que Dieu n’abandonne jamais l’humanité dans les difficultés, même quand les hommes en sont responsables : « Dieu, qui veut agir avec nous et compte sur notre coopération, est aussi capable de tirer quelque chose de bon du mal que nous commettons » (LS 80). Mais c’est aussi un mobile éminemment positif qui doit conduire les chrétiens à être des fers de lance en matière d’écologie : leur souci pour la terre n’est pas motivé par la peur d’une catastrophe plus ou moins imminente, mais vient de la vocation propre de l’être humain, « appelé à reconduire toutes les créatures à leur Créateur » (LS 83), jusqu’à la transfiguration finale de toute la réalité créée. « Nous ajoutons ainsi un argument de plus pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créa­tures. La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous », écrit encore le pape François.

« Beaucoup de choses doivent être réorien­tées, mais avant tout l’humanité a besoin de chan­ger », écrit le pape au début du chapitre consacré à l’éducation et à la spiritualité écologique (LS 202). Ce changement de culture ne se fera pas sans un renouvellement intérieur et passera par l’émergence de nouvelles pratiques. Sans entrer dans le détail des pistes d’action et de réflexion proposées par l’encyclique, je voudrais simplement retenir deux pistes de réflexion qui me semblent particulièrement suggestives pour poursuivre la réflexion.

Sauver la terre de l’absence de Dieu

L’encyclique du pape François manifeste que la tradition chrétienne peut contribuer utilement à la réflexion et donner des orientations pour l’action en faveur d’une plus grande justice pour la terre. Avec cette conviction que le monde, pour être préservé, doit d’abord être sauvé de l’absence de Dieu. Car une terre sans Dieu sera vite perçue comme sans valeur propre et donc ouverte à une exploitation sans vergogne.

Le pape François parle à ce sujet de « relativisme pratique », expliquant qu’en ignorant ou en rejetant Dieu, l’homme se met lui-même au centre et « il finit par donner la priorité absolue à ses intérêts de circonstance, et tout le reste devient relatif » (LS 122). Et parce que tout se vaut, il peut maltraiter l’environnement, manipuler le vivant, exploiter son prochain en le traitant comme un pur objet « l’obligeant aux travaux forcés, ou en faisant de lui un esclave à cause d’une dette » (LS 123). « Il y a en cela une logique qui permet de comprendre comment certaines attitudes, qui provoquent en même temps la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale, s’alimentent mutuellement», écrit encore le pape (LS 122).

Pour rendre justice à la terre, il nous faut rendre justice à Dieu en lui rendant ce qui lui revient : la louange et la gratitude pour tout ce qu’il a créé. « Ô Dieu, Un et Trine, communauté sublime d’amour infini, apprends-nous à te contempler dans la beauté de l’univers, où tout nous parle de toi. Éveille notre louange et notre gratitude pour chaque être que tu as créé. Donne-nous la grâce de nous sentir intimement unis à tout ce qui existe », lit-on dans la prière finale de l’encyclique (LS 246). À l’école de saint François d’Assise, patron des écologistes, le pape François indique une attitude spirituelle de fond : la reconnaissance de la beauté de la Création par laquelle Dieu communique quelque chose de lui-même. Même dans la vie la plus éphémère ou dans l’être en apparence le plus insignifiant (LS 77).

Créer un climat et une culture de protection et de changement

« Sortir de la spirale d’autodestruction dans laquelle nous nous enfonçons… » (LS 163) : voilà l’urgence de notre temps telle que la résume le pape François. Pour cela, il convient de faire émerger une « nouvelle synthèse » (LS 112), pour « retrouver une harmonie sereine avec la création » (LS 225) que l’humanité a perdue. Nous ne sortirons pas de la crise écologique sans dépasser la vision partielle du monde que tend à imposer le paradigme technico-économique dominant qui est à l’origine de la crise actuelle. Seul un dialogue sans arrière-pensée (entre foi et raison, entre politique et économie, entre disciplines scientifiques, entre les différents mouvements écologistes, entre traditions religieuses…) permettra d’élaborer des réponses à la hauteur des enjeux actuels. Dans l’émergence de cette nouvelle culture, le pape François a la conviction que « tous, nous pouvons colla­borer comme instruments de Dieu pour la sauve­garde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités » (LS 15), et qu’aucune initiative, qu’elle soit personnelle ou collective, n’est négligeable. Pour favoriser une « culture de la protection » (LS 231), l’important est d’engager des processus, même s’ils ne semblent pas avoir d’efficacité immédiate (LS 178), qui contribueront au « développement de nouvelles convictions, attitudes et formes de vie » (LS 202) pour le bien de tous et de la terre.

Dans l’émergence de cette nouvelle culture, les pauvres ont aussi certainement beaucoup à nous enseigner : parce qu’ils vivent de la terre et en savent la grandeur et la beauté ; parce qu’ils sont les premières victimes des dommages causés à cette terre. C’est donc en nous mettant leur écoute, que nous pourrons aussi porter un regard nouveau sur le monde, nous dégager d’une conception matérialiste et consumériste du bonheur et du progrès. Les pauvres peuvent nous apprendre beaucoup, car ils savent faire beaucoup pour l’écologie avec des moyens limités (LS 148). Leur créativité et leur générosité sont une espérance pour la terre.

Dominique Greiner, assomptionniste, rédacteur en chef religieux de La Croix.

Commentaires

29.06 | 11:02

Bonjour Monsieur Jean-Baptiste LUCAS?
Je vous ai adressé un message internet (courriel) sur votre boîte personnel.
SVP l'avez-vous bien reçu ?
Merci d'avance

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18.02 | 11:33

Bonjour serais t-il possible d'avoir les date pour cette année pour batise une petite emma qui est née le 23 décembre 2019 on est de bourseul merci

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18.01 | 10:24

Bonjour,
Je souhaiterais connaître les dates et lieux de baptême pour un enfant de moins de 2 ans en mai/juin 2020. Merci

...
06.01 | 13:30

Mon mari a changé radicalement vers moi, ne communique plus. Il me manque de respect et m'accuse faussement d'infidélité à cause de potins méchants ... mais je suis simplement stupéfait par les résultats du prêtre manuka qui a fait le charme de la réunion

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Bonjour !
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